samedi 31 mars 2018

Non, Pâques ne sera pas "trop chou"

Prédication du dimanche 1er avril 2018, culte de Pâques à Savigny)


Chers paroissiens,

Avez-vous vu vous aussi cet article sur internet qui parlait de la dernière campagne d’une grande marque alimentaire suisse (dont la couleur est orange) pour Pâques ? Cet article révélait que la campagne de cette année avait été censurée ! Et pourquoi cela ? Parce que l’idée initiale des développeurs était de placer une croix du Christ sur les oeufs de Pâques en plaçant ainsi une forme de croix sur chaque oeuf en chocolat. Le slogan qui figurait sur ces pubs était le suivant : "Pâques, t'y croix?" 


Excellent, non ? Pour une fois que nos géants commerciaux remettent le sens au cœur de la fête… Gloire à Dieu, merci Seigneur… et puis je suis sorti de ma transe extatique de louange et j’ai réalisé que nous étions… le 1er avril ! (et je salue l'ami qui a fait ce montage sur ma demande). « I have a dream », a dit Martin Luther King dont nous fêterons mercredi le 50e anniversaire de son assassinat. J’ai rêvé d’un monde moins axé sur le consommation et l’argent, j’ai rêvé d’un monde qui assume ses fragilités et qui vive d’espérance.

Mais au lieu de cela, chers frères et sœurs, Dieu m’a donné cette grande chaîne alimentaire suisse, et son slogan (cette fois c’est le vrai, promis, pas de poisson d'avril): « Cette année, Pâques sera trop chou. » 

 Pâques, trop chou ? Quoi ??? J’ai dû mal comprendre, mais non c’est bien ce qui est écrit « trop chou ». Comme le théologien Pierre Bühler, je m’interroge : 
Certes, on s’adresse aux enfants, on les invite à venir chercher leur « lapinou » en peluche, en 3 variantes ! Et pour les obtenir, il faut collectionner des timbres, et pour avoir ces timbres, il faut que les parents achètent. La fête de Pâques, donc, est vue comme une bonne occasion de consommer ! Chaque temps de fête connaît sa commercialisation, plus ou moins efficace. D’ailleurs, à l’intérieur du dépliant où l’on colle les timbres, on voit une jeune vendeuse avec les bras pleins d’objets à acheter et la phrase « Nous réalisons nous-mêmes ce qui nous tient à cœur ». Acheter, acheter, pour réaliser ce qui nous tient à cœur…

Non Pâques n’est pas le monde des bisounours, ni des peluches adorables. Non Pâques n’est pas « trop chou ». En premier lieu, rappelons-nous que Pâques est ancré dans la souffrance de la croix de vendredi saint. Dans le sacrifice du Christ pour nous. Un sacrifice, ce n’est pas rien. Ce n’est en tout cas pas « trop chou ».

D’ailleurs l’actualité nous rappelle cela avec le sacrifice, à l’instar du Christ, du gendarme français Arnaud Beltrame qui, devant le terrorisme, a choisi de donner sa vie pour en sauver une autre. Comme le disait le journal La Vie, « cet acte est un miroir inversé de l’action terroriste qui, elle, consiste à se sacrifier en tuant. » Un sacrifice pour la vie, et non pour la mort. Comme le Christ l’a fait vendredi saint. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (Jn 15, 13), dit-il, lui-même, avant de quitter ses amis, alors qu’il sait le destin qui l’attend. Nous pouvons rendre grâce pour cet exemple que nous laisse ce gendarme. Son sacrifice portera du fruit, bien au delà de cette vie qu’il a permis de sauver.

Pâques, c’est donc d’abord un sacrifice qui n’est en tout cas pas « trop chou ».

Mais Pâques, c’est aussi une exigence, que nous rappelle l’apôtre Paul dans la lettre aux Colossiens, celle de passer du vieil homme à l’homme nouveau. Faites donc mourir ce qui en vous appartient à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais et cette cupidité, qui est une idolâtrie. (…) débarrassez-vous de tout cela : colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté sortie de vos lèvres. Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques. Bam. Nous en prenons plein la figure. L’homme nouveau, la femme nouvelle, cela demande bien des efforts, presque une ascèse, une éthique de vie. Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait. Voilà qui nous paraît plus abordable, enfin, quoi que. Compassion, bienveillance, humilité, douceur, patience, pardon, amour… c’est aussi un chemin exigeant qui est loin d’être « trop chou ».

Pâques, c’est enfin des sentiments mélangés, comme l’expriment les femmes au tombeau. C’est la surprise, bien sûr, mais surtout la peur, la frayeur qui envahit ces femmes lorsque la pierre est roulée. Et même si l’homme en blanc leur dit « ne vous effrayez pas », elle finissent par sortir et s’enfuir « loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. », conclut l’Evangéliste Marc. Bien sûr, nous, chrétiens du XXIe siècle, nous avons tellement entendu cette bonne nouvelle, cette espérance transmise de génération en génération : « Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité, alléluia ! » Nous l’avons tellement entendu que nous en avons oublié son côté effrayant. Ces femmes ont peur, et je peux parier que nous aurions été tout autant effrayés si nous avions été à leur place. Non Pâques n’est pas « trop chou », Pâques est aussi « effrayant », avant de devenir « bonne nouvelle » et « joie ».

Alors vous l’aurez compris, je rejette complètement ce slogan « Pâques sera trop chou ». Mais demeure un vieux doute ancré en moi : et si ce slogan représentait tout ce dont la société de ce siècle se souvient de cette fête ? A la suite du théologien Pierre Bühler, je nous invite à ne pas oublier :
  • N’oublions pas ce que les évangiles racontent : Jésus est monté à Jérusalem à l’occasion de la Pâque juive ; n’oublions pas ces journées à Jérusalem qui furent ses dernières, où, rassemblé autour de la table avec ses amis, il insitua la Sainte Cène, celle représentée par De Vinci, ou cette version plus moderne publiée dans la Liberté.
  • N’oublions pas le jardin de Gethsémané où Jésus pria, pris par l’angoisse de l’attente avec ces mots : Père, si tu veux écarter de moi cette coupe… Pourtant, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise ! (Luc 22,42), où il fut jugé et condamné à mourir sur la croix ;
  • N’oublions pas que la foi chrétienne voit dans cette mort une victoire de la vie sur la mort, qui fait qu’elle appelle Jésus-Christ le crucifié ressuscité, proclamant que la vie est plus forte que la mort.
  • N’oublions pas que le mot même de Pâques vient d’un terme hébreu qui veut dire « passage », que donc la fête chrétienne de Pâques fait référence à la fête juive de la Pâque, Pessah, qui célèbre la sortie d’Égypte du peuple d’Israël. Une fête du passage de l’esclavage à la liberté, à laquelle la fête chrétienne fait écho en annonçant la libération à l’égard du règne de la mort.
  •  Et les lapins et les œufs, alors ? N’oublions pas qu’ils ne sont que des symboles qui renvoient à la fertilité, célébrant la renaissance de la vie au printemps, après un long hiver de la mort… 

Enfin, n’oublions pas que si Pâques est d’abord un passage, si éprouvant soit-il, il mène à la joie. Celle qui demeure. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite, dit le Christ à ses amis avant de les quiter.  Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. (…) Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. » Jésus, avant de s’en aller, savait que son sacrifice sur la croix mènereait à la joie : pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. La joie. Celle qui survient après avoir traversé tant d’épreuves et de difficultés. La joie inespérée. La joie imprenable, comme le dit la théologienne Lytta Basset.  La joie, par exemple de découvrir la vraie origine du lapin de Pâques dans cette icône. 


Que pour cette fête de Pâques, Dieu vous donne donc sa JOIE, parfaite, imprenable, pour ce passage. Non cette année, Pâques ne sera pas « trop chou », il sera plutôt un passage, semé de difficultés, mais un passage qui mène… à la joie !

Amen.

mardi 21 novembre 2017

Une Eglise accueillante, vraiment ?

Lecture de Ruth 2, 1-16 

Lecture de Hebreux 13, 1-3.5-6 

Prédication : «Enfants d’un même père, une invitation à l’amour et à l’accueil »

Chers frères et sœurs,

Quand vous rencontrez un étranger, comment réagissez-vous ? Oh un étranger, ce n’est pas forcément quelqu’un qui nous vient d’un autre pays, mais c’est peut-être d’abord quelqu’un « d’étrange » pour moi, entendez par là quelqu’un qui me semble étrange, à moi, à ma culture, à mon environnement. Quelqu’un de « différent », en somme.

Et de l’autre côté, ça vous est déjà arrivé de débarquer dans un milieu qui vous était « étranger » ? Comment vous étiez-vous senti ?

Cette semaine, j’étais en Angleterre pour une semaine de formation continue sur les « Fresh expression of Church », des impulsions nouvelles ou « fraiches », « rafraichissantes » disons plutôt, pour les Eglises. Les formateurs ont commencé par nous montrer cette publicité que je vous partage ce matin.


On en rigole, mais ce n’est pas vraiment drôle d’être un étranger pour d’autres, ou de débarquer dans un environnement étrange pour nous.  Et pour l’Eglise, que peut signifier cette publicité ? 

Etre étranger, cela peut aussi être quand, à l’Eglise, débarque quelqu’un d’extérieur, qui ne vient jamais à l’Eglise. Peut-être pourrait-il dire ceci : « Mais qu’est-ce que je fiche là avec ces mots qui me paraissent d’un autre temps, ces habitudes et ces codes qui me sont étrangers ? » Aujourd’hui, nous en sommes arrivés à un point où la culture religieuse fait tellement défaut dans la majorité de la population qu’un fossé s’est créé entre les personnes qui connaissent et ont baigné dans une culture religieuse, et les gens qui y sont totalement extérieur. Ce sont les étrangers modernes !



Alors quand quelqu’un peut-être un peu étrange pour nous, les personnes habituées à l’Eglise, débarque dans un milieu qui lui semble étrange, voire hostile comme on le voit dans la publicité, que fait-on ? On les regarde comme ces gros durs regardent ces couples débarquer, l’air de dire : « si tu veux venir chez nous, faut t’adapter, adopter nos codes, mettre des tatouages et boire de la bière » ? Ou bien on leur ouvre une porte, un chemin, pour les aider à venir au cœur de la communauté pour qu’ils puissent eux aussi découvrir ce que l’on a de plus précieux : l’Evangile ?

Car vous êtes d’accord, il en faut du courage, de l’abnégation voire de la témérité pour oser faire le pas, et franchir ce fossé culturel pour aller à l’Eglise! De la même manière, il est faut du courage pour oser quitter son pays, sa culture, pour essayer de s’intégrer dans une autre culture. Certains n’ont pas le choix. Comme Ruth.

Alors oui : comment accueille-t-on dans notre paroisse, dans nos villages, dans nos réseaux, l’étranger, celui qui nous est « étrange », ou celui pour qui nous sommes « étranges » ?

Dans le livre de Ruth, Booz montre la voie à suivre : il sait accueillir Ruth dans toute son humanité, parce qu’il a compris ce qu’elle avait fait. Accueillir, ce n’est donc pas  juste être gentil sympa bonnard avec la personne qui croise ma route, c’est surtout chercher à comprendre son parcours de vie qui fait de cette personne une sœur ou un frère en humanité. Me mettre à sa place et me sentir proche d’elle ou de lui va m’aider à l’accueillir pleinement, à lui ouvrir des chemins pour s’intégrer.

Après, vous me direz peut-être : « mais en fait ce n’est pas une spécificité chrétienne que d’accueillir les autres êtres humains ! ». Oui et non. D’une part, bien sûr que les chrétiens ne détiennent pas le monopole de la solidarité, et heureusement ! Mais d’autre part, il faut bien se rendre compte que ce qui est à la base de notre solidarité et notre ouverture à celui qui est « étranger », c’est bel et bien cette reconnaissance de notre filiation divine. Oui, dans ce que je crois, Dieu est Père pour chacun de nous, quelle que soit notre origine, culture, et même religion ! Dès lors, en tant qu’enfant d’un même père, en tant que frères et sœurs en humanité, nous ne pouvons que nous sentir concernés par ces étrangers qui nous sont en fait proches par le lien que nous avons à Dieu !

Mais Dieu veut plus encore que juste se sentir concernés par ces étrangers. Dans l’épître aux Hébreux, on nous demande de pratiquer l’hospitalité, d’être accueillant, ouvert, prêt à aimer celui ou celle qui nous est « étrange ». Oui Dieu nous invite à persévérer dans l’amour fraternel. Pas juste pratiquer l’amour fraternel, mais « persévérer » dans celui-ci. J’aime ce mot « persévérer ». Il nous rappelle que l’amour de ce qui nous est étrange, de celui qui est différent de moi, n’est pas simple. Et cela peut commencer par l’amour de mon voisin qui n’a pas les mêmes habitudes que moi ! Vous le savez, Dieu est ce Père aimant pour chacune et chacun de nous, quoi que nous ayons fait dans notre passé, quelle que soient nos fautes, nos difficultés, Dieu nous aime ! Et c’est une bonne nouvelle ! Oui mais cela ne s’arrête pas là. Il y a une suite. En prolongement de son amour, Dieu a besoin de nous, pour transmettre son amour dans le monde. Et pour cela, Dieu nous demande de persévérer.

C’est pourquoi dans l’épître aux Hébreux, nous sommes appelés à pratiquer l’hospitalité, à se souvenir des prisonniers, de ceux qui sont maltraités, de ceux qui souffrent. Car Dieu n’a pas d’autres mains que les notre pour agir dans ce monde. Oui chers frères et sœurs, nous sommes appelés à être les anges de Dieu ! Oh ne me comprenez pas mal, nous ne sommes pas appelés à être des êtres parfaits, ou des Mimi Mati en puissance. Non le mot « ange » renvoie en fait au « messager ». Nous sommes appelés à être les messagers de Dieu dans le monde, ses amabssadeurs. N’oubliez pas de pratiquer l’hospitalité, car en l’exerçant, quelques-uns ont sans le savoir accueilli des anges. (…) contentez-vous de ce que vous avez ; car Dieu lui-même vous a dit : Je ne te délaisserai point, je ne t’abandonnerai pas. C’est cela le cœur de la mission chrétienne : accueillir les bras ouverts celui qui est nous est « étrange » pour lui signifier l’amour de Dieu, pour être pour lui un signe de cet amour inconditionnel. Comment voulez-vous que des gens sans culture religieuse puissent découvrir le trésor de l’Evangile s’ils n’arrivent pas à franchir le seuil de l’entrée de l’Eglise ? Ouvrir des portes, ouvrir nos cœurs, pour accueillir pleinement notre frère ou notre sœur en humanité.

Et plus encore ! L’idée des Fresh expressions of Church n’est pas d’attendre que les gens viennent, mais nous invite à aller vers l’extérieur pour construire avec eux! A la suite de Luther et des réformateurs qui parlent du sacerdoce universel, nous pouvons dire que nous sommes un peuple de prêtres, et au sein de ce peuple vous êtes tous des pasteurs en puissance, des anges de Dieu, qui pouvez accueillir l’étranger et lui parler de ce trésor qu’est l’Evangile.

Alors chers frères et sœurs, allez et aimez ! Quand vous rencontrez quelqu’un d’étrange, repensez à cette pub, imaginez ce qu’il peut ressentir et aimez-le ! Allez accueillir celui ou celle qui vous semble étrange et montrez-lui combien l’amour de Dieu est grand !


Amen

dimanche 29 octobre 2017

Que notre Eglise soit folle !

Parfois je me dis que nous sommes un peu fous. Et moi le premier. Qu’est-ce qui m’a poussé à organiser un gros projet comme le PIG (Projet Itinérant Gospel 2.0) en plus de toutes mes autres activités professionnelles, sans oublier familiales, alors que, déjà, mon agenda débordait ? Combien de fois je me dis : « mais pourquoi tu t’es lancé là-dedans ? ». J’entends mon collègue et néanmoins amis me dire « Voyons Benjamin, est-ce bien raisonnable ? ». En 16 mois qu’aura duré ce projet, que de séances, de comités, de colloques, de mails, de discussions WhatsApp, de prises de têtes, d’entretiens individuels, d’événements Facebook, de récoltes de fonds, de répétitions de chants, de cultes, de ventes, de repas de soutien, de concerts, et tout et tout. N’était-ce pas là… pure folie ?

Et pourtant. L’Eglise d’aujourd’hui (et a fortiori celle de demain) n’a-t-elle pas précisément besoin de cette folie ? 

Car la folie, c’est, à travers la souffrance, une sacrée force de vie. L’apôtre Paul le dit lui-même : la prédication de croix n’est-elle pas folie (1 Corinthiens 1,18) ? Et pourtant, cette croix, symbole du mal et de la souffrance des humains, signe de ce Dieu crucifié, est bien source d’espérance, signe du salut de l’humanité.

Je le crois sincèrement, notre Eglise a besoin de folie, portée par cette folle espérance que la Vie est plus forte que la mort. Que cette folie porte du fruit ou non, peu importe. C’est en osant un chemin de folie que noter Eglise vivra. Car comme le dit le proverbe, le bonheur n’est pas au bout du chemin, il est le chemin.


Alors : que notre Eglise soit folle !

samedi 29 avril 2017

L’Eglise de demain sera communautaire et spirituelle ou ne sera pas

On le lit partout : les églises se vident, l’Eglise se meurt. Et si, comme on proclame lors d’un avènement d’un nouveau monarque, nous osions dire : L’Eglise (d’hier) est morte. Vive l’Eglise (de demain)!

Jeune pasteur avec deux ministères, d’une part dans la paroisse de Savigny-Forel dans la périphérie de Lausanne, et d’autre part dans la région Lavaux avec un ministère pour la jeunesse, j’observe au quotidien l’effritement ecclésial que nous décrivent les statistiques (présence dans les différents événements paroissiaux en baisse ou inscriptions au catéchisme en chute libre). Mais je remarque aussi un ancrage encore relativement important, en particulier dans certains milieux ruraux, ancrage dont nous pouvons encore profiter pour oser une parole forte dans les événements sociaux, notamment dans les villages.

Loin de désespérer, je suis donc partisan du verre à moitié plein : je suis convaincu que ce changement ecclésial, ce virage[1], sera positif. Certes, il y a un deuil à faire, celui de « l’Eglise de Grand-papa », florissante dans l’imaginaire des gens[2]. Force est de constater qu’elle n’est plus, simplement, qu’elle ne fait plus partie de notre réalité du XXIe siècle. Du coup, on peut légitimement se poser la question : l’Eglise va-t-elle disparaître ? Je ne le crois pas. Ou plutôt je suis sûr que non. L’Eglise existait hier, elle existera demain, sous une forme assurément, avec d’autres habitudes, d’autres structures, peut-être même d’autres ritualités, mais il y aura toujours des hommes et des femmes chercheurs de sens qui prendront le chemin de la suivance de Christ.

De mon point de vue du terrain, paroissial (avec toutes les générations) et régional (avec les jeunes), je ressens comme un double mouvement de cette évolution. D’une part, s’il y a un certain effritement de la pratique ecclésiale, il y a en revanche une grande demande de ritualité qui demeure très ancrée dans notre terroir. Le baptême, même s’il ne signifie pas toujours un engagement ecclésial régulier pour les familles, reste important pour beaucoup de distancés, tout comme le rite de la confirmation qui vient conclure le parcours de catéchisme. Je suis convaincu d’une chose : à l’avenir, l’Eglise offrira toujours ces rites, même s’ils peuvent évoluer, prendre d’autres formes, voire trouver de nouveaux rites pour mieux accompgner les rythmes de vie qui évoluent. Mais il y aura une demande pour de la ritualité. Car le rite est en fait un repère qui aide à trouver du sens. En cela, l’Eglise restera pourvoyeuse de sens, dont l’humain aura toujours besoin à l’avenir, qui plus est dans un monde post-post-moderne ultracomplexe et mouvant (donc inquiétant, déboussolant). A mon sens, un point fort de l’Eglise, à l’avenir, sera donc la ritualité, comme un prolongement de ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui, et avec une certaine place pour de nouveaux rites, pour reste en phase avec les rythmes de vie du siècle présent.

Par ailleurs, je ressens aussi l’envie, chez de nombreux collègues, de dépoussiérer l’image de l’Eglise. Et il me semble qu’une tendance qui est en train d’émerger du terrain est l’envie de rendre l’Eglise toujours plus communautaire et joyeuse. L’Eglise de demain, pour reprendre une phrase bien connue, sera communautaire ou ne sera pas.L’Eglise, étymologiquement, est d’abord un rassemblement de personnes, et non pas juste un individu qui prie dans son coin. Trop longtemps, l’Eglise a véhiculé une image triste, austère, voire moralisatrice. De plus en plus, elle cherche à devenir un lieu chaleureux où l’on a du plaisir à se rassembler, à rire, à vivre, à former une communauté au même titre que l’apôtre Paul le décrit dans sa première lettre aux Corinthiens.[3]  Pourquoi les camps marchent-ils aussi bien chez les jeunes ? Bien qu’ils aient 1000 occupations, loisirs ou activités, bien qu’ils soient toujours connectés à leurs nombreux réseaux sociaux, les jeunes aiment cette vie en communauté, joyeuse et libérée, posée et priante aussi, mais avant tout conviviale et accueillante. Nous avons besoin de liens, besoin des autres, pour cheminer avec Dieu.

Alors la communauté de demain, cela pourrait être des Eglises de maison, petite et accueillantes, qui se rassemblent simplement chez les et les autres, ou encore des Eglises plus typées théologiquement ou spirituellement qui investissent d’anciens bâtiments ou des lieux a priori incongrus. Mais le lien est ce qui va primer. Lien entre les croyants, avec la communauté, lien avec Jésus le Christ, avec la spiritualité. Car l’Eglise de demain, en plus d’être communautaire, sera spirituelle ou ne sera pas. Comment être Eglise si l’on ne prie pas ? Comment cheminer avec Dieu si l’on n’a pas l’impression de grandir, dans la sa foi et dans sa vie (concrète et spirituelle) ?

Avec tout cela, qu’imaginer pour l’avenir ? Mon espoir, c’est que l’Eglise puisse strcturellement se simplifier, tout en restant proche des gens. Et surtout, tout en gardant une grande part de créativitié qui a fait sa force tout au long de l’histoire. Garder la proximité avec la population, tout en osant des formes nouvelles d’Eglise ou d’initiative folle : culte à la déchetterie, dans une ferme ou sur les pistes de ski, Spinéma à l’église projeté sur le bâtiment ou repas de Noël solidaire avec les migrants, présence sur les réseaux sociaux par des « capsules » ou série humoristique, etc. Beaucoup de perles qui se font déjà à gauche et à droite. Mais toute ont un point commun : oser. Oser aller à la rencontre des distancés, oser changer les (ses) habitudes, oser s’ouvrir à l’inattendu de Dieu. Pour cela, il me semble essentiel que les ministres conservent du temps pour des projets créatifs, en étant déchargé de certaines tâches, voire que des postes de « guetteurs » comme c’est le cas ailleurs puissent voir le jour. Ces guetteurs seraient des ministres qui, à temps plein, travailleraient aux « fresh expressions » de l’Eglise de demain, à imaginer des projets ici ou là, en lien avec les ministres locaux, pour dynamiser la vie communautaire. Peut-être que l’avenir de l’Eglise passe par là si nous voulons pouvoir construire des ponts avec les distancés d’aujourd’hui qui ne le seront qu’encore plus demain.

Rêver, imaginer, construire ensemble l’Eglise de demain, quoi de plus passionnant ? Le grand défi est de le faire ensemble, avec les 18% de pratiquants, mais aussi avec les 40% de distancés.  Le faire ensemble, en étandant le concernement au maximum. Le faire ensemble, dans cet équilibre équilibre fragile entre dipsonibilité au changement, souplesse, et conservation des activités dites « traditionnelles ».  

Et si l’on rêvait ensemble de l’Eglise de demain ? Moi je rêve d’une Eglise commauntaire et spirituelle, un Eglise de lien où l’on se sent bien et où l’on peut, ensemble, porter du fruit[4]. Et vous, de quelle Eglise rêvez-vous ?










[1] « L’Eglise est au milieu du virage », répète inlassablement  le président du Conseil Synodal de mon Eglise : je peux qu’abonder dans ce sens, tant il me semble qu’il y a à la fois un deuil à faire, celui de « l’Eglise au milieu du village », et à la fois un virage passionnant à prendre, malgré quelques dangers qu’il comporte, pour découvrir un avenir forcément différent mais pas forcément moins bien.
[2] L’était-elle vraiment, florissante ? C’est un autre débat…
[3] 1 Corinthiens 12.
[4] Jean 12, 12-17: Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure : si bien que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera. Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.