mardi 21 novembre 2017

Une Eglise accueillante, vraiment ?

Lecture de Ruth 2, 1-16 

Lecture de Hebreux 13, 1-3.5-6 

Prédication : «Enfants d’un même père, une invitation à l’amour et à l’accueil »

Chers frères et sœurs,

Quand vous rencontrez un étranger, comment réagissez-vous ? Oh un étranger, ce n’est pas forcément quelqu’un qui nous vient d’un autre pays, mais c’est peut-être d’abord quelqu’un « d’étrange » pour moi, entendez par là quelqu’un qui me semble étrange, à moi, à ma culture, à mon environnement. Quelqu’un de « différent », en somme.

Et de l’autre côté, ça vous est déjà arrivé de débarquer dans un milieu qui vous était « étranger » ? Comment vous étiez-vous senti ?

Cette semaine, j’étais en Angleterre pour une semaine de formation continue sur les « Fresh expression of Church », des impulsions nouvelles ou « fraiches », « rafraichissantes » disons plutôt, pour les Eglises. Les formateurs ont commencé par nous montrer cette publicité que je vous partage ce matin.


On en rigole, mais ce n’est pas vraiment drôle d’être un étranger pour d’autres, ou de débarquer dans un environnement étrange pour nous.  Et pour l’Eglise, que peut signifier cette publicité ? 

Etre étranger, cela peut aussi être quand, à l’Eglise, débarque quelqu’un d’extérieur, qui ne vient jamais à l’Eglise. Peut-être pourrait-il dire ceci : « Mais qu’est-ce que je fiche là avec ces mots qui me paraissent d’un autre temps, ces habitudes et ces codes qui me sont étrangers ? » Aujourd’hui, nous en sommes arrivés à un point où la culture religieuse fait tellement défaut dans la majorité de la population qu’un fossé s’est créé entre les personnes qui connaissent et ont baigné dans une culture religieuse, et les gens qui y sont totalement extérieur. Ce sont les étrangers modernes !



Alors quand quelqu’un peut-être un peu étrange pour nous, les personnes habituées à l’Eglise, débarque dans un milieu qui lui semble étrange, voire hostile comme on le voit dans la publicité, que fait-on ? On les regarde comme ces gros durs regardent ces couples débarquer, l’air de dire : « si tu veux venir chez nous, faut t’adapter, adopter nos codes, mettre des tatouages et boire de la bière » ? Ou bien on leur ouvre une porte, un chemin, pour les aider à venir au cœur de la communauté pour qu’ils puissent eux aussi découvrir ce que l’on a de plus précieux : l’Evangile ?

Car vous êtes d’accord, il en faut du courage, de l’abnégation voire de la témérité pour oser faire le pas, et franchir ce fossé culturel pour aller à l’Eglise! De la même manière, il est faut du courage pour oser quitter son pays, sa culture, pour essayer de s’intégrer dans une autre culture. Certains n’ont pas le choix. Comme Ruth.

Alors oui : comment accueille-t-on dans notre paroisse, dans nos villages, dans nos réseaux, l’étranger, celui qui nous est « étrange », ou celui pour qui nous sommes « étranges » ?

Dans le livre de Ruth, Booz montre la voie à suivre : il sait accueillir Ruth dans toute son humanité, parce qu’il a compris ce qu’elle avait fait. Accueillir, ce n’est donc pas  juste être gentil sympa bonnard avec la personne qui croise ma route, c’est surtout chercher à comprendre son parcours de vie qui fait de cette personne une sœur ou un frère en humanité. Me mettre à sa place et me sentir proche d’elle ou de lui va m’aider à l’accueillir pleinement, à lui ouvrir des chemins pour s’intégrer.

Après, vous me direz peut-être : « mais en fait ce n’est pas une spécificité chrétienne que d’accueillir les autres êtres humains ! ». Oui et non. D’une part, bien sûr que les chrétiens ne détiennent pas le monopole de la solidarité, et heureusement ! Mais d’autre part, il faut bien se rendre compte que ce qui est à la base de notre solidarité et notre ouverture à celui qui est « étranger », c’est bel et bien cette reconnaissance de notre filiation divine. Oui, dans ce que je crois, Dieu est Père pour chacun de nous, quelle que soit notre origine, culture, et même religion ! Dès lors, en tant qu’enfant d’un même père, en tant que frères et sœurs en humanité, nous ne pouvons que nous sentir concernés par ces étrangers qui nous sont en fait proches par le lien que nous avons à Dieu !

Mais Dieu veut plus encore que juste se sentir concernés par ces étrangers. Dans l’épître aux Hébreux, on nous demande de pratiquer l’hospitalité, d’être accueillant, ouvert, prêt à aimer celui ou celle qui nous est « étrange ». Oui Dieu nous invite à persévérer dans l’amour fraternel. Pas juste pratiquer l’amour fraternel, mais « persévérer » dans celui-ci. J’aime ce mot « persévérer ». Il nous rappelle que l’amour de ce qui nous est étrange, de celui qui est différent de moi, n’est pas simple. Et cela peut commencer par l’amour de mon voisin qui n’a pas les mêmes habitudes que moi ! Vous le savez, Dieu est ce Père aimant pour chacune et chacun de nous, quoi que nous ayons fait dans notre passé, quelle que soient nos fautes, nos difficultés, Dieu nous aime ! Et c’est une bonne nouvelle ! Oui mais cela ne s’arrête pas là. Il y a une suite. En prolongement de son amour, Dieu a besoin de nous, pour transmettre son amour dans le monde. Et pour cela, Dieu nous demande de persévérer.

C’est pourquoi dans l’épître aux Hébreux, nous sommes appelés à pratiquer l’hospitalité, à se souvenir des prisonniers, de ceux qui sont maltraités, de ceux qui souffrent. Car Dieu n’a pas d’autres mains que les notre pour agir dans ce monde. Oui chers frères et sœurs, nous sommes appelés à être les anges de Dieu ! Oh ne me comprenez pas mal, nous ne sommes pas appelés à être des êtres parfaits, ou des Mimi Mati en puissance. Non le mot « ange » renvoie en fait au « messager ». Nous sommes appelés à être les messagers de Dieu dans le monde, ses amabssadeurs. N’oubliez pas de pratiquer l’hospitalité, car en l’exerçant, quelques-uns ont sans le savoir accueilli des anges. (…) contentez-vous de ce que vous avez ; car Dieu lui-même vous a dit : Je ne te délaisserai point, je ne t’abandonnerai pas. C’est cela le cœur de la mission chrétienne : accueillir les bras ouverts celui qui est nous est « étrange » pour lui signifier l’amour de Dieu, pour être pour lui un signe de cet amour inconditionnel. Comment voulez-vous que des gens sans culture religieuse puissent découvrir le trésor de l’Evangile s’ils n’arrivent pas à franchir le seuil de l’entrée de l’Eglise ? Ouvrir des portes, ouvrir nos cœurs, pour accueillir pleinement notre frère ou notre sœur en humanité.

Et plus encore ! L’idée des Fresh expressions of Church n’est pas d’attendre que les gens viennent, mais nous invite à aller vers l’extérieur pour construire avec eux! A la suite de Luther et des réformateurs qui parlent du sacerdoce universel, nous pouvons dire que nous sommes un peuple de prêtres, et au sein de ce peuple vous êtes tous des pasteurs en puissance, des anges de Dieu, qui pouvez accueillir l’étranger et lui parler de ce trésor qu’est l’Evangile.

Alors chers frères et sœurs, allez et aimez ! Quand vous rencontrez quelqu’un d’étrange, repensez à cette pub, imaginez ce qu’il peut ressentir et aimez-le ! Allez accueillir celui ou celle qui vous semble étrange et montrez-lui combien l’amour de Dieu est grand !


Amen

dimanche 29 octobre 2017

Que notre Eglise soit folle !

Parfois je me dis que nous sommes un peu fous. Et moi le premier. Qu’est-ce qui m’a poussé à organiser un gros projet comme le PIG (Projet Itinérant Gospel 2.0) en plus de toutes mes autres activités professionnelles, sans oublier familiales, alors que, déjà, mon agenda débordait ? Combien de fois je me dis : « mais pourquoi tu t’es lancé là-dedans ? ». J’entends mon collègue et néanmoins amis me dire « Voyons Benjamin, est-ce bien raisonnable ? ». En 16 mois qu’aura duré ce projet, que de séances, de comités, de colloques, de mails, de discussions WhatsApp, de prises de têtes, d’entretiens individuels, d’événements Facebook, de récoltes de fonds, de répétitions de chants, de cultes, de ventes, de repas de soutien, de concerts, et tout et tout. N’était-ce pas là… pure folie ?

Et pourtant. L’Eglise d’aujourd’hui (et a fortiori celle de demain) n’a-t-elle pas précisément besoin de cette folie ? 

Car la folie, c’est, à travers la souffrance, une sacrée force de vie. L’apôtre Paul le dit lui-même : la prédication de croix n’est-elle pas folie (1 Corinthiens 1,18) ? Et pourtant, cette croix, symbole du mal et de la souffrance des humains, signe de ce Dieu crucifié, est bien source d’espérance, signe du salut de l’humanité.

Je le crois sincèrement, notre Eglise a besoin de folie, portée par cette folle espérance que la Vie est plus forte que la mort. Que cette folie porte du fruit ou non, peu importe. C’est en osant un chemin de folie que noter Eglise vivra. Car comme le dit le proverbe, le bonheur n’est pas au bout du chemin, il est le chemin.


Alors : que notre Eglise soit folle !

samedi 29 avril 2017

L’Eglise de demain sera communautaire et spirituelle ou ne sera pas

On le lit partout : les églises se vident, l’Eglise se meurt. Et si, comme on proclame lors d’un avènement d’un nouveau monarque, nous osions dire : L’Eglise (d’hier) est morte. Vive l’Eglise (de demain)!

Jeune pasteur avec deux ministères, d’une part dans la paroisse de Savigny-Forel dans la périphérie de Lausanne, et d’autre part dans la région Lavaux avec un ministère pour la jeunesse, j’observe au quotidien l’effritement ecclésial que nous décrivent les statistiques (présence dans les différents événements paroissiaux en baisse ou inscriptions au catéchisme en chute libre). Mais je remarque aussi un ancrage encore relativement important, en particulier dans certains milieux ruraux, ancrage dont nous pouvons encore profiter pour oser une parole forte dans les événements sociaux, notamment dans les villages.

Loin de désespérer, je suis donc partisan du verre à moitié plein : je suis convaincu que ce changement ecclésial, ce virage[1], sera positif. Certes, il y a un deuil à faire, celui de « l’Eglise de Grand-papa », florissante dans l’imaginaire des gens[2]. Force est de constater qu’elle n’est plus, simplement, qu’elle ne fait plus partie de notre réalité du XXIe siècle. Du coup, on peut légitimement se poser la question : l’Eglise va-t-elle disparaître ? Je ne le crois pas. Ou plutôt je suis sûr que non. L’Eglise existait hier, elle existera demain, sous une forme assurément, avec d’autres habitudes, d’autres structures, peut-être même d’autres ritualités, mais il y aura toujours des hommes et des femmes chercheurs de sens qui prendront le chemin de la suivance de Christ.

De mon point de vue du terrain, paroissial (avec toutes les générations) et régional (avec les jeunes), je ressens comme un double mouvement de cette évolution. D’une part, s’il y a un certain effritement de la pratique ecclésiale, il y a en revanche une grande demande de ritualité qui demeure très ancrée dans notre terroir. Le baptême, même s’il ne signifie pas toujours un engagement ecclésial régulier pour les familles, reste important pour beaucoup de distancés, tout comme le rite de la confirmation qui vient conclure le parcours de catéchisme. Je suis convaincu d’une chose : à l’avenir, l’Eglise offrira toujours ces rites, même s’ils peuvent évoluer, prendre d’autres formes, voire trouver de nouveaux rites pour mieux accompgner les rythmes de vie qui évoluent. Mais il y aura une demande pour de la ritualité. Car le rite est en fait un repère qui aide à trouver du sens. En cela, l’Eglise restera pourvoyeuse de sens, dont l’humain aura toujours besoin à l’avenir, qui plus est dans un monde post-post-moderne ultracomplexe et mouvant (donc inquiétant, déboussolant). A mon sens, un point fort de l’Eglise, à l’avenir, sera donc la ritualité, comme un prolongement de ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui, et avec une certaine place pour de nouveaux rites, pour reste en phase avec les rythmes de vie du siècle présent.

Par ailleurs, je ressens aussi l’envie, chez de nombreux collègues, de dépoussiérer l’image de l’Eglise. Et il me semble qu’une tendance qui est en train d’émerger du terrain est l’envie de rendre l’Eglise toujours plus communautaire et joyeuse. L’Eglise de demain, pour reprendre une phrase bien connue, sera communautaire ou ne sera pas.L’Eglise, étymologiquement, est d’abord un rassemblement de personnes, et non pas juste un individu qui prie dans son coin. Trop longtemps, l’Eglise a véhiculé une image triste, austère, voire moralisatrice. De plus en plus, elle cherche à devenir un lieu chaleureux où l’on a du plaisir à se rassembler, à rire, à vivre, à former une communauté au même titre que l’apôtre Paul le décrit dans sa première lettre aux Corinthiens.[3]  Pourquoi les camps marchent-ils aussi bien chez les jeunes ? Bien qu’ils aient 1000 occupations, loisirs ou activités, bien qu’ils soient toujours connectés à leurs nombreux réseaux sociaux, les jeunes aiment cette vie en communauté, joyeuse et libérée, posée et priante aussi, mais avant tout conviviale et accueillante. Nous avons besoin de liens, besoin des autres, pour cheminer avec Dieu.

Alors la communauté de demain, cela pourrait être des Eglises de maison, petite et accueillantes, qui se rassemblent simplement chez les et les autres, ou encore des Eglises plus typées théologiquement ou spirituellement qui investissent d’anciens bâtiments ou des lieux a priori incongrus. Mais le lien est ce qui va primer. Lien entre les croyants, avec la communauté, lien avec Jésus le Christ, avec la spiritualité. Car l’Eglise de demain, en plus d’être communautaire, sera spirituelle ou ne sera pas. Comment être Eglise si l’on ne prie pas ? Comment cheminer avec Dieu si l’on n’a pas l’impression de grandir, dans la sa foi et dans sa vie (concrète et spirituelle) ?

Avec tout cela, qu’imaginer pour l’avenir ? Mon espoir, c’est que l’Eglise puisse strcturellement se simplifier, tout en restant proche des gens. Et surtout, tout en gardant une grande part de créativitié qui a fait sa force tout au long de l’histoire. Garder la proximité avec la population, tout en osant des formes nouvelles d’Eglise ou d’initiative folle : culte à la déchetterie, dans une ferme ou sur les pistes de ski, Spinéma à l’église projeté sur le bâtiment ou repas de Noël solidaire avec les migrants, présence sur les réseaux sociaux par des « capsules » ou série humoristique, etc. Beaucoup de perles qui se font déjà à gauche et à droite. Mais toute ont un point commun : oser. Oser aller à la rencontre des distancés, oser changer les (ses) habitudes, oser s’ouvrir à l’inattendu de Dieu. Pour cela, il me semble essentiel que les ministres conservent du temps pour des projets créatifs, en étant déchargé de certaines tâches, voire que des postes de « guetteurs » comme c’est le cas ailleurs puissent voir le jour. Ces guetteurs seraient des ministres qui, à temps plein, travailleraient aux « fresh expressions » de l’Eglise de demain, à imaginer des projets ici ou là, en lien avec les ministres locaux, pour dynamiser la vie communautaire. Peut-être que l’avenir de l’Eglise passe par là si nous voulons pouvoir construire des ponts avec les distancés d’aujourd’hui qui ne le seront qu’encore plus demain.

Rêver, imaginer, construire ensemble l’Eglise de demain, quoi de plus passionnant ? Le grand défi est de le faire ensemble, avec les 18% de pratiquants, mais aussi avec les 40% de distancés.  Le faire ensemble, en étandant le concernement au maximum. Le faire ensemble, dans cet équilibre équilibre fragile entre dipsonibilité au changement, souplesse, et conservation des activités dites « traditionnelles ».  

Et si l’on rêvait ensemble de l’Eglise de demain ? Moi je rêve d’une Eglise commauntaire et spirituelle, un Eglise de lien où l’on se sent bien et où l’on peut, ensemble, porter du fruit[4]. Et vous, de quelle Eglise rêvez-vous ?










[1] « L’Eglise est au milieu du virage », répète inlassablement  le président du Conseil Synodal de mon Eglise : je peux qu’abonder dans ce sens, tant il me semble qu’il y a à la fois un deuil à faire, celui de « l’Eglise au milieu du village », et à la fois un virage passionnant à prendre, malgré quelques dangers qu’il comporte, pour découvrir un avenir forcément différent mais pas forcément moins bien.
[2] L’était-elle vraiment, florissante ? C’est un autre débat…
[3] 1 Corinthiens 12.
[4] Jean 12, 12-17: Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure : si bien que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera. Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.

vendredi 28 avril 2017

Prédication pour les Rameaux 2017 : "Vous êtes le levain dans la pâte du monde !"

Prédication pour les Rameaux 2017 : Mt 13,31-33
Matériel : bol, spatule, fourchette, fouet, rouleau, moule ; BC en veste de cuisine (avec toque ?), prépare la pâte…

BENJAMIN (depuis le fond): Bon, alors on y va ! C’est le moment que je préfère : quand on sort la fournée des catéchumènes, tout chauds, tout beaux. D’ailleurs en ce jour des Rameaux, c’est le moment de mettre un pain final à leur catéchisme. Parce que bon, ça fait quand même 5 ans qu’on les cuisine ; les ingrédients vont finir par être périmés ! (un temps)

(sur la table) Alors… alors… ai-je bien tout ce qu’il faut ? La recette ? Ah oui, la voici : « Recette du parfait catéchumène, par Betty Grossi. ». Et les ustensiles ? (lisant) Un bol, une spatule à remuer… Une grosse spatule hein, parce qu’il y en a qui sont durs à remuer (je vise personne hein) Il faut aussi une fourchette pour piquer la pâte – en cas d’endormissement – et j’ai même apporté un fouet. Noooon, quand même pas pour eux, rassurez-vous. Par contre, j’ai le rouleau à pâte, oui, oui, il y a des fois où ça peut servir.

Bon, eh bien je crois que j’ai tout ! Ah, j’en oubliais le moule ! (regardant le moule) Bon, j’ai pris un moule, mais il y en a toujours qui ont de la peine à rentrer dedans… Et là vous vous dites : « C’est pour ça qu’il faut un rouleau à pâte ! » Eh oui ! Bon. Ensuite… du côté des ingrédients ? J’ai la farine, l’eau, du sel, du poivre… Ben oui, parce que l’important, c’est qu’on en fasse de bonnes pâtes, avec tous le même goût, et tous la même forme aussi… C’est ce qu’il faut dans notre société : identiques, croustillants à l’extérieur et mous à l’intérieur !

EMMANUEL: Ah non, ASSEZ ! Ce n’est pas possible d’entendre ça ! Mais qui est-ce qui m’a fichu un boulanger pareil !? Un gâche métier, voilà ce que tu es.

BENJAMIN : Ecoute Emmanuel, cher collègue et néanmoins amis, t’es gentil, mais là j’ai pas le temps : j’ai une fournée de catéchumènes à cuire (et je peux te dire que cette volée, ce sont des durs à cuire) ; je suis déjà assez comme ça dans le pétrin, je n’ai pas besoin d’un enfariné de collègue, qui plus est ancien cuisinier, pour me donner des leçons. Moi je m’y connais en boulangerie pastorale : de un parce que ça se voit à ma brioche, hein, et de deux, parce que c’est bien connu, mon humour va croissant !

EMMANUEL: Ecoute, le problème, c’est que tu te trompes de recette : ce ne sont pas de bons catéchumènes, ou de bons chrétiens qu’il s’agit de fabriquer. C’est du Royaume des cieux qu’il s’agit ! Donc c’est toute la pâte humaine qui doit lever ! Et dis-moi : est-ce que tu as pensé au levain ?

BENJAMIN : Euh, ben oui, quand... levain est tiré, il faut le boire !

EMMANUEL: Mais non, pas celui-là. Le levain qui fait monter la pâte ! tu n’as pas écouté le texte biblique que j’ai lu tout à l’heure? Pourtant il était court ! Mathieu, peux-tu nous relire le dernier verset de l’Evangile selon ton nom stp ?

RELECTURE de l’Evangile de Matthieu 13,33

(un temps) EMMANUEL: Ah ! Tu as entendu ? C’est TOUTE la pâte qui doit lever, mais pour ça il faut le levain… Et le levain, c’est ce qui permet au Royaume des cieux de devenir réalité sur terre ! Sans levain, y a rien qui se passe. Nada. Que dalle. Que pouic.

BENJAMIN : Bon OK, c’est à nous d’être du levain dans la pâte, car j’ai compris, je suis bonne pâte.

EMMANUEL : Oui, car sans nous, Dieu ne peut rien faire sur terre ! Comme disait Bernanos : « Dieu n’a pas d’autres mains que les notres pour agir sur la terre »

BENJAMIN : Oui mais le problème, c’est que bien souvent, on oublie cela, et on attend surtout que Dieu intervienne, pour que vienne son Royaume : « que ton Règne vienne » dit la prière, alors vas-y ! A ce propos, un catéchumène m’a demandé : « Dieu, comment est-ce qu’on voit qu’il agit dans le monde ? »

EMMANUEL: Alors tu lui as raconté l’histoire de l’inondation ?


BENJAMIN : Vous connaissez l’histoire de l’inondation ? (Montant en chaire.) Eh bien c’est l’histoire d’un pasteur qui prépare un message sur la providence, l’aide que Dieu nous promet et sa fidélité tout au long de notre vie. Alors qu’il est assis à sa table en train d’écrire, tout à coup il entend un grand bruit. Des gens l’appellent dans la rue. C’est la rivière qui déborde, et il commence à y avoir une monstre inondation...

EMMANUEL : Ah oui, je connais cette histoire. Les villageois, avec de l’eau jusqu’à la taille, sont venus tout exprès sous les fenêtres du pasteur pour lui dire : « Venez avec nous, fuyez ! »

BENJAMIN : Mais non, laisse-moi raconter, rho ! Alors le pasteur se dit : puisque je crois à l’aide de Dieu, je ne vais quand même pas fuir comme tout le monde. Dieu m’aime, il va venir me sauver. Je ne bouge donc pas d’ici. Et il répond aux gens :

EMMANUEL : « Non merci ; Dieu m’aidera. »

BENJAMIN : Un peu plus tard, c’est un bruit de bateau à moteur qui l’interrompt. Il se penche à la fenêtre et voit que l’eau est montée jusqu’au 1er étage. Les pompiers sont venus sur un canot pour le sauver.

EMMANUEL : « Venez avec nous, fuyez ! »

BENJAMIN : Mais le pasteur pense encore une fois : Dieu m’aime, il va venir me sauver. Alors il répond :

EMMANUEL : « Non merci ; Dieu m’aidera ! »

BENJAMIN : Et il referme la fenêtre, tout fier d’être le seul à faire confiance à Dieu. Mais bientôt l’eau envahit son bureau et il doit monter sur le toit de la cure. Alors arrive un hélicoptère de la REGA. Et les sauveteurs lui crient par haut-parleur :

EMMANUEL : « Venez avec nous, fuyez ! »

BENJAMIN : Et ils lui demande de prendre l’échelle de corde qu’ils lui lancent… Mais le pasteur se cramponne à une cheminée, convaincu que Dieu l’aime, qu’il va venir le sauver. Du coup il répond encore :

EMMANUEL : « Non merci ; Dieu m’aidera ! » 

BENJAMIN : Finalement, le courant emporte tout sur son passage, et le pasteur, évidemment… meurt noyé !

EMMANUEL : Ah c’est gai, ton histoire !

BENJAMIN : Alors le pasteur arrive au ciel, et il enguirlande Dieu… (Descend en courant de la chaire.) Alors, qu’est-ce que tu fabriques, Dieu ? Je croyais que tu m’aimais. Je te faisais confiance. J’ai cru que tu allais m’aider ! (un temps) De quoi te plains-tu ? dit Dieu. Je t’ai envoyé des villageois, un canot de sauvetage et un hélicoptère… Mais qu’est-ce que tu fiches ici ?

EMMANUEL : … Oui, peut-être qu’on ne sait pas toujours voir, sentir, comprendre quand Dieu fait quelque chose dans notre vie, nous fait un signe.

BENJAMIN : Non ce n’est pas ainsi. En fait, on ne reçoit qu’un tout petit peu de levain pour faire monter la pâte. Ca paraît si dérisoire, mais ça peut tout changer. Dieu est discret et il compte sur nous pour rendre un peu plus beau le petit coin de monde où nous vivons, nos villages, notre canton. Parce que notre région le VAUD bien, hein ?
BENJAMIN : Si tu vois un point blanc sur le lac de Brêt, c’est un signe. Mouarf. Mais oui, tu as raison : on voudrait tellement que ce soit magique : allez hop, tout le Royaume des cieux d’un coup et Dieu qui s’y fait fracassant et qui du coup fracasse le mal. Boum !

EMMANUEL : Mais ce n’est pas ainsi.


EMMANUEL : Ben oui. Les médias adorent montrer tout ce qui va mal, mais de temps en temps, sur un coin de page, ou tout à la fin du téléjournal, on trouve un petit signe de bonté, de gentillesse, de générosité. C’est peut-être ça, le levain de Dieu.

BENJAMIN : Oui, il suffit d’un tout petit peu pour faire lever la pâte humaine. Mais ça ne se voit presque pas.  Mais tout de même, le levain travaille… Et la pâte monte, malgré tout.

EMMANUEL : Le levain travaille, ça veut dire que le mal n’a déjà plus toute la place, et tout le pouvoir. Une main tendue dans une situation difficile, un regard bienveillant et sans jugement au-delà des apparences et des étiquettes…

BENJAMIN : Le levain travaille, et la haine n’aura pas le dessus : des jeunes qui refusent le règne de la peur et du terrorisme. Le levain travaille, et si l’on pose la main sur le monde, on sent l’amour qui le fait bouger. Il ne faut rien qu’un tout petit peu de levain, mais ce levain…

EMMANUEL : C’est peut-être vous les jeunes !!! C’est peut-être AUSSI vous les moins jeunes : parents, grand-parents, paroissiens.

Oui chers jeunes, et chers moins jeunes, c’est à VOUS maintenant d’être levain dans la pâte, de réaliser le Royaume de Dieu sur terre, enfin ce que cela veut dire pour vous. A vous d’agir, avec cette confiance en vous que Dieu vous aime et qu’il chemine à vos côtés, quoi qu’il arrive. A vous d’oser demander sans cesse à Dieu son Saint Esprit, oser la vie avec Dieu, même si pour cela il faut persévérer. A vous de faire en sorte que ce monde soit beau, plein de respect, d’accueil de l’autre tel qu’il est. Comme un Père Abrams, et ses 4 fils. Comme un Bless the Lord my soul, où chacun est accueilli tel qu’il est en vérité. Oui c’est ça, à vous de faire un petit Taizé, ici sur terre. Portés par l’Esprit de Dieu en vous, que Dieu vous aide à être levain de la pâte de son Royaume. Un Pain c’est tout.


Amen.