jeudi 3 janvier 2019

Foot et foi, un résumé de mon histoire de vie



Quand vous regardez votre parcours de vie, voyez-vous les petits signes de Dieu ? Car Dieu a des projets pour nous, des projets de bonheur. Et parfois quand je regarde en arrière, je me rends compte qu'il n'y a pas de Hasard. Ou plutôt si: Le Hasard, c'est le nom que prend Dieu pour rester incognito... Je profite de l'occasion, d'une part du calme après les fêtes, et d'autre part de ma première apparition sur un plateau TV sur Téléclub le 22 décembre dernier à l'occasion de Juve-Roma (pour parler de foot et foi) pour partager avec vous la relecture de mon parcours. Ou comment foot et foi sont en fait un beau résumé de mon parcours...

Le foot, c'était ma vie

Ado, post-ado, adulescent, je vouais ma vie au sport. C'était ma passion, ma vie. Je jouais 4 fois par semaine au foot, dans un club local, sans grand talent (si ce n'est pour les tacles), mais avec un plaisir immense. Un défenseur rugueux, voilà ce que j'étais, mais surtout un coéquipier qui ne trichais jamais. Capitaine sur la fin, j'avais à coeur de transmettre aux autres joueurs le gnak qui mène à la victoire, mais aussi la solidarité essentielle à ce sport. Au foot, si tu joues seul, tu n'es personne. Tu as besoin des autres. Tu as besoin du collectif.
Mon équipe de coeur, Lausanne-Sports, je l'ai suivie "partout et toujours". Dans tous les stades de Suisse, ou presque, et ailleurs en Europe. Capo, je lançais les chants aux autres supporters. Je les invectivais. "Colle mani", "sortez moi ces mains", "allez les gars, tous ensemble!" Le match? Je ne le voyais pas tellement, si ce n'est au travers des yeux de mes amis supporters, comme l'a écrit récemment un paroissien dans un journal local. Debout sur les grillages, souvent à torse nu, j'étais un peu fou, comme habité par cette passion de la vie qui la rendait si belle, et si triste parfois. Mais tellement pleine d'émotions en tout cas. J'ai lancé des chants en français, mais aussi en Suisse-Allemand (si, si) pour la Nati, au Portugal ou en Lettonie. Des grands moments de communion.

Mes années folles

Mes années 20, ce furent mes années folles, mes années foot. Je buvais foot, de mangeais foot, je chantais foot. J'écrivais foot, pour un modeste journal papier au regard acerbe et humoristique Carton Rouge, qui aujourd'hui a pris une belle ampleur. Pigiste, j'allais voir des matches de foot des talus, avec joie, toujours, même si je me les caillais sous la pluie. Je rêvais d'être journaliste sportif, j'avais même terminé à une honorable 7e place d'un grand concours de jeunes journalistes au CIO (avec le grand David Lemos pour vainqueur!). J'avais ma voie toute tracée. Les stades, c'était mes cathédrales.  Je ne pouvais officier que là-bas.

La vocation au ministère de pasteur

Et puis Dieu m'a appelé. C'était pas la lumière sur ma tête avec des anges qui chantent "alléluia". Mais presque.

Lors d’une de ces rencontres, une discussion – à la base presque anodine – avec l’aumônier de l’université s’est avérée décisive pour mon avenir. A sa question : « est-ce que tu t’intéresses à la théologie », je lui répondis je ne sais trop pourquoi « oui ». Le lendemain, il m’écrivait un mail en s’excusant de ne pas pouvoir reprendre les rennes du projet. Il concluait en disant qu’il était très heureux que je m’intéresse à la théologie, car selon lui j’étais quelqu’un qui pourrait apporter beaucoup à ce milieu. Cette nuit-là, je ne pus trouver le sommeil. Il faut dire que quelques jours plus tôt, un ami m’avait dit : « mais je sais le métier qui te conviendrait et qui rassemble les trois points qui t’intéressent : transmission, écriture et côté social, c’est… pasteur ! ».

Dès lors, j’ai compris que Dieu m’appelait pour œuvrer dans l’Eglise. En relisant mon histoire personnelle, j’ai réalisé que Dieu avait placé ça et là des signes que je n’avais évidemment pas vus. C'est souvent ainsi. Comme pour l'homme qui habite à côté dune rivière qui un jour est inondée, histoire découverte dans un épisode de ma série préférée (A la Maison Blanche):


Depuis 2011, je suis pasteur.  Et le foot, je ne l'ai jamais vraiment lâché. J'ai continué à vibrer pour le LS ou la Nati. J'ai continué à aimer taper dans le ballon, même si c'était plus rare. Avec des collègues, on a mis sur pied le tournoi de foot de notre Eglise vaudoise. Le foot a continué a faire partie de ma vie, mais il a passé au second plan.

Foot et foi pour ma première TV

Et en décembre dernier, on me demande d'aller sur un plateau télé pour parler de foot et foi. Comme un signe qui réactive cette passion de jeunesse. Pour moi, foot et foi sont reliés, par ma vie, mais aussi par tellement d'éléments:
  • Religion et sport
    • Religion = relier (horizontalement et verticalement) : communauté, sentiment d’appartenance
    • Religion = lien au sacré, au divin
    • Peut-on dire que les Stars comme CR7 sont divinisées ?
    • Religion = donne un sens à sa vie 
  • La communion : équipe et supporter, comme Jésus et ses disciples avec le vin, comme les chrétiens autour de la table de communion : communier, c’est vivre un moment fort les uns avec les autres en partageant une émotion exceptionnelle. C’est ce que vivent les joueurs de foot, je crois…
  • Les journalistes sportifs et les métaphores religieuses, voir le très bon article du prof. Olivier Bauer: https://www.letemps.ch/sport/journalistes-sportifs-adorentils-metaphores-religieuses
  • La foi des sportifs de haut niveau, un plus pour leur vie de sportif comme le disent Blaise Matuidi (« j’aimerais vous encourager à vivre votre foi, témoigner la joie d’être chrétien, allez au bout de vos rêves et rendez le monde meilleur »), Olivier Giroud qui est très actif dans l’humanitaire et qui a déclaré pendant la CDM : «De temps en temps je passe un petit moment avec Jésus, c'est un petit bouquin que j'aime bien. Je suis très croyant» ; À 21 ans, je me suis fait tatouer sur le bras droit un psaume tiré de la bible latine : "L’Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien". Voir aussi la belle histoire de Yapi Yapo qui a joué en Suisse ou Aurélien Collin qui témoigne de manière très humaine:


  • Foi et superstition: Fondamentalement y a pas de différence sinon que la religion c’est la mienne et la superstition, c’est les autres. Comme dit l’autre : « je suis pas supersitieux, ça porte malheur ! » Bon, ensuite: la foi c’est croire qu’il y a un Dieu, un Tout-Autre qui est radicalement différent de toutes les images qu’on s’est faites de lui (vous savez, le mec avec la barbe blanche sur son nuage, et je ne parle pas du traineau, hein ?) et que Dieu peut changer le cours des choses ; la superstition, c’est croire qu’on peut changer le cours des choses à distance par un geste, une attitude, une parole, une prière. Il ne faut pas oublier l'importance de la ritualité pour tout être humain. Si on regarde les enfants, il aiment les rituels. Les footballeurs sont pareils. En entrant sur le terrain, certains touchent le gazon, d’autres se signent, d’autres prient. Après avoir marqué, parfois certains montrent le ciel, en pointant peut-être vers le divin ou vers une personne décédée. La ritualité rassure. Zidane qui enfile d’abord la chaussette gauche ou les hockeyeurs qui se laissent pousser «la barbe des séries». 
  • Prière et victoire: peut-on demander la victoire de notre équipe favorite dans la prière? Pourquoi Dieu répondrait-il plus à une prière qu'à une autre. Non la prière donne de la force, de la sérénité, de la paix intérieure. Et ça aide, c'est sûr, mais ce n'est pas uniquement cela qui va faire gagner ou perdre un match. J'aime d'ailleurs cette citation du film "Oacar et la dame rose"
‒ A Dieu je peux tout lui commander ?, dit Oscar (un petit enfant de 10 ans). Des jouets, des bonbons, une voiture...
‒ Non, Oscar. Dieu n’est pas le Père Noël. Tu ne peux demander que les choses de l’esprit, comme du courage, de la patience, des éclaircissements. 
Et je pourrais continuer longtemps ainsi...

Voici l'émission:


Un peu stressé, j'ai aimé pouvoir humblement témoigner de ma passion pour le foot, pour la foi, pour la vie. Pour le Christ qui aujourd'hui me fait chanter, notamment du gospel.

Et si c'était un signe ?

Après l'émission, j'ai découvert par les réseaux sociaux Joël Thibault, pasteur qui accompagne les sportifs chrétiens et qui relaie les projets de Esprit Saint dans un Corps Saint. De beaux projets qui pourraient, qui sait, m'inspirer. A la manière de mon collègue Olivier Keshavjee qui a vécu un revirement entre ministère et passion, et si mon ministère pastoral prenait un jour un virage pour y exploiter ma passion du sport ?

mardi 11 décembre 2018

Chercher Dieu... ensemble ?

Nos Eglises romandes sont "dans le virage", tellement que parfois, on oublie de lever les yeux au-dessus du guidon. Dans sa lettre ouverte aux responsables du web romand, l'excellent et (im)pertinent Nicolas Friedli questionne les responsables du web romand autour de ce fameux virage... Et mets en avant l'excellent site Je cherche Dieu du pasteur Marc Pernot (Genève) encore mal connu! Le Neuchâtelois a même cette parole de sagesse:
Un visiteur qui va sur Je cherche Dieu, ce n’est pas un visiteur de perdu pour ton site!(sagesse Antique)
Oui, je le crois, nous pouvons, sur la toile, chercher Dieu... ensemble! Et recommander les blogs ou les site de valeur, comme JechercheDieu.ch en est un (majeur): questions spirituelles; réflexions théologiques ou existentielles; questions pratiques de vie d’Eglise; questionnements éthiques; y a en a pour tous les goûts!

Alors si toi aussi, tu cherches...

  • une réponse personnalisée à tes questions spirituelles
  • un blog pour approfondir sa foi en toute liberté
  • un site web interactif pour mieux comprendre le protestantisme réformé

... va sur le site Je cherche Dieu ! Et partage la Bonne Nouvelle, celle-ci, et la un-peu-plus-grand-quand-même qui vient le 25 de ce mois !

A lire en bonus la belle interview de Marc Pernot par ProtestInfo: Marc Pernot, le pasteur geek amateur de culte vintage


mardi 27 novembre 2018

"Récré-glise": une version vaudoise des Messy Church



En novembre 2017, je me rendais en Angleterre pour un stage découverte sur les Fresh Expressions of Church (ci-après FreshX), les expressions d'Eglise "fraiches", nouvelles, novatrices. Un an plus tard, la première rencontre inspirée d'une rencontre observée là-bas a été mise en pratique à Forel- Lavaux (Vaud) le 25 novembre. Cette rencontre festive pour enfants appelée "Récré-glise" (alliant le côté récréatif, ludique et convivial au côté ecclésial et spirituel) s'inspire directement des Messy Church. Suite à plusieurs sollicitations, je propose ici de poser quelques notions sur ce concept et bien sûr d'expliquer ce qui a été vécu, en espérant susciter des améliorations par votre lecture attentive et créative...

Pas vraiment une FreshX

Première remarque liminaire: la Messy Church n'est en fait pas une FreshX au sens strict du terme. Pour lancer une FreshX, en effet, on dit qu'il faut au minimum une année de réseautage, de rencontres, de prières, de repas (très important, les repas!) AVANT de faire quoi que ce soit, l'idée étant de créer la communauté avant de créer quelque chose de plus large sur le terrain. En ce qui concerne la Messy Church, modèle dont s'inspire directement la Récré-glise, c'est davantage une manière de vivre l'Eglise pour les enfants et les familles qu'une Eglise propre. Mais cela pourrait le devenir si une communauté se forme autour de ce projet et que ce projet se pérennise avec une fréquence plus soutenue.

Deuxième remarque liminaire: une Eglise qui veut croître a besoin des enfants et des familles. Ou dans le sens inverse: sans enfants et sans famille, l'Eglise ne peut pas grandir. Dans le contexte ecclésial actuel plutôt morose, je suis convaincu de la force de vie que constituent les familles. Bien sûr que nous devons accompagner les personnes âgées au mieux, mais nous devons aussi offrir de nouveaux modèles ecclésiaux aux famille pour coller au mieux à leur réalité d'aujourd'hui. La rencontre Récré-glise en fait partie à mon sens.

Troisième remarque liminaire (promis, après je passe au concret): pour vivre l'Eglise, nous avons besoin de bénévoles qui donnent mais aussi qui par cet engagement reçoivent. Et de ma petite expérience sur le terrain, j'ai appris qu'il est toujours plus facile de demander une petite chose à plein de gens qu'une grosse chose à une seule personne. Au sein de notre société en mal d'engagement sur le long terme, dans laquelle le stress et le manque de temps pèsent sur chacun, il me semble que c'est la seule manière que cela marche: demander des petits coups de mains à beaucoup de personnes. Ce qui implique avoir déjà un réseau bien sûr. Mais la chose positive avec cela, c'est que cela implique les bénévoles qui acceptent de donner un coup de main. il peut donc être intéressant de chercher des bénévoles aux marges de nos cercles habituels: sans ce petit engagement, tel couple de jeunes mariés, tel jeune JACK ou telle veuve n'auraient peut-être pas pu tisser les liens qu'ils vont créer en devenant bénévoles pour ce petit moment. Le fait que la première ait lieu le jour du culte du souvenir et que 3 personnes se soient annoncées partantes à donner un coup de main à une prochaine édition de Récré-glise à la fin du culte me conforte dans ce sens avec ce "Clin Dieu".

Aller au-delà 

Un intervenant en Angleterre le disait: "Suivre Jésus c'est toujours aller au-delà vers les gens qui sont au dehors". Comment nous permettons-nous, aujourd'hui, de rejoindre les gens qui sont au dehors de l'Eglise ? C'est une vraie question. Récré-glise est un type de réponse, il y en a plein d'autres. Peut-être qu'il faut rappeler que l'essentiel est d'essayer, sans vouloir graver dans le marbre pour 10 ans, et développer aussi une certaine culture de l'échec aussi : on peut développer quelque chose mais si on rate ce n’est pas grave... Alors nous pourrions dire: « merci d’avoir essayé », plutôt que : « j’t’avais bien dit que cela ne marcherait pas »...

Alors.

Passons aux choses concrètes.

En rentrant d'Angleterre, je me suis dit: "ces Messy Church, c'est pas si différent que ça de ce que l'on peut proposer parfois à l'éveil à la foi"! Plusieurs points sont essentiels:

  • La rencontre est "messy", en petchi dirait-on en bon vaudois, pleine de vie, et très libre. Les familles et surtout les enfants doivent être accueillis pleinement comme ils sont. Cela semble bateau, mais dans nos Eglises cela n'est pas toujours le cas. Le terme "récré" aussi l'importance du jeu et de la convivialité.
  • C'est un temps pour tous les enfants, de 0 à 10 ans, accompagnés par leurs parents, ce qui est essentiel surtout pour les moins de 6 ans; là encore, le but est de rassembler les familles dans leur ensemble pour qu'elles puissent vivre un temps convivial et spirituel ensemble, et non pas de segmenter par âge comme nous avons tendance à le faire habituellement; par exemple, une famille avec des enfants de 5 ans (éveil à la foi) et 8 ans (culte de l'enfance) peut venir au complet à Récr-glise. NB: se pose la question des plus grands, c'est tout un défi de trouver des responsabilités pour les plus grands s'il y en a 
  • La rencontre se déroule le dimanche en fin de journée (après la sieste des petits et après le goûter) et se termine par un repas offert. L'idée étant là encore de décharger les parents afin qu'ils puissent, en rentrant, ne pas avoir à se soucier du repas du soir. La nourriture fait partie du concept, car elle représente non seulement la convivialité mais aussi c'est là, à mon sens, que se construisent les liens communautaires. 
  • Le concept cherche à coller à la réalité des familles: horaire court et dynamique (16h30-19h) et liberté de venir, donc pas d'inscriptions (avec les groupes WhatsApp on arrive quand même à sonder un peu). Concernant la fréquence, nous allons en faire 2 cet hiver et ferons le point ensuite. Le Messy Church ont lieu une fois par mois, c'est beaucoup, mais ils mobilisent du coup beaucoup de bénévoles. 
  • Le thème choisi doit être simple. Ici en l'occurence j'avais repris une séquence de l'éveil à la foi. L'idéal est d'avoir un texte biblique narratif. Pour la première, nous avons pris l'histoire de Bartimée.


Avant de passer à la description de chaque temps, il est important de se poser la question du lieu. Il est à la fois nécessaire d'avoir un lieu avec plusieurs salles (l'idéal étant une grande et une petite), avec un lieu de repas avec cuisine, et d'y ajouter un lieu de culte (temple ?) à proximité, mais pas dans le même lieu. Pour la première, nous avons dû reprendre la voiture pour aller manger au village d'à côté (à cause d'un problème de réservation de la grande salle), ce qui n'était vraiment pas idéal. A Forel, nous avons le temple juste à côté du bâtiment communal qui a 3 salles (2 petites et 1 grande avec cuisine), ce qui est idéal si nous pouvons bénéficier de l'ensemble du complexe.

Passons au descriptif des temps:
  • 1er temps, accueil: soigner l'accueil et le ritualiser. Nous avons proposé une ronde dansante autour de la chanson du Prince d'Egypte "Avec la foi". L'agrémenter de biscuits et sirops peut aider les enfants à se sentir tout de suite accueillis. Se pose la question des retardataires comme partout, cela pourrait être bien d'avoir un petit jeu "en attendant". A réfléchir.
  • 2e temps, atelier: l'idée est de découvrir le thème par des ateliers libres et variés. Là, plusieurs bénévoles sont mobilisés pour animer ces ateliers (durée : 10-15' max). Bricolages, bien sûr, adaptés aussi pour les plus petits, mais aussi pâte à modeler, danse, cuisine, grimage, jeux, etc. suivant les charismes des animateurs. Les enfants, accompagnés de leur(s) parent(s) peuvent aller là où ils veulent et c'est bien ainsi! Pour nous, avoir 3 ateliers était idéal.
  • 3e temps, célébration: la célébration au temple se fait avec beamer
    • Rituel de début et accueil
    • Prière et chant*
    • Vidéo de l'histoire de Bartimée
    • Saynète improvisée de l'histoire avec les enfants suivi d'une brève discussion (on peut se poser la question de la pertinence d'un jeu théâtral mais cela fait participer les enfants et cela constitue ainsi aussi une partie "récré-ative")
    • Chant*
    • Ballon de prière (ballon "mappemonde" lancé avec 3 possibilités pour celui ou celle qui le reçoit: soit le renvoyer, soit choisir pour la prière un pays, soit demander la prière pour lui/elle)  
    • Notre Père gestué
    • Chant* final
    • Rituel de fin
    • *les chants se font avec gestes, les paroles au beamer
  • 4e temps, repas final: les enfants sont fatigués et deviennent bruyants, mais c'est un moment clé pour tisser des liens communautaires. A la fin du repas, on pourrait imaginer une petite animation pour les enfants qui ont terminé de manger, mais  le fait qu'il n'y ait rien poussent les parents à ne pas "pedzer" trop longtemps. Prévoir une bonne équipe cuisine (2 minimum) et rangements (2 minimum aussi) qui ne soient pas les mêmes personnes que pour les ateliers et hors parents, car les parents, s'ils ont parfois envie de donner un coup de main, doivent surtout s'occuper de leurs bambins. ;-) Le repas n'a pas besoin d'être compliqué (les pâtes ça passe toujours) mais les petites attentions (par ex sur les dessert) sont très appréciées. Faire passer une croustille pour couvrir les frais de la journée est une option. Rendre la journée gratuite (soutenue par des dons) en est une autre.

Proposition d'horaire

16h30 arrivée des enfants/famille (salle) - sirop/biscuits
16h40 accueil et ronde dansante avec thème musical « Avec la foi » (salle)
16h45 Ateliers bricolages/danse/jeux (salle)
17h15 Célébration (temple) avec histoire biblique jouée
18h00 Repas du soir
19h00 fin et rangements


Le bilan de cette première est largement positif. Dans une paroisse où il n'y avait presque plus d'enfants il y a 3 ans, nous étions plus de 25 personnes au repas (la moitiés d'enfants). Nous espérons que ce modèle pourra plaire au famille et que cela pourra faire "boule de neige". Ceci dit, le bilan chiffré est une chose, mais c'est surtout le bilan "vécu" des familles qui compte. Les échos était très bons, les gens enchantés. A reprendre plus tard avec les familles pour essayer de coller au mieux à leurs besoins. Une boîte à idée pourrait ainsi être mise à disposition.

Dernier point intéressant: une maman célibataire, sans lien avec l'Eglise, a débarqué avec son fils de 2 ans après que ma femme lui en avait parlé. Cet exemple montre bien que pour que cela marche, il faut garder une grande ouverture et profiter des divers réseaux (école, mamans, etc.) pour pouvoir toucher des gens hors de nos réseaux habituels.

Je termine cet article en vous invitant vraiment à écrire un commentaire avec, pourquoi pas, des idées à partager. Nous sommes toujours plus intelligents à plusieurs!

mercredi 1 août 2018

Discours du 1er août: le cervelas, symbole de la Suisse


Audio du discours 

Mesdames et Messieurs les Forellois et le Foreilloises, 

De retour de Madagascar avec 26 jeunes, j'ai une question à vous poser, aujourd'hui. Si vous deviez choisir un objet spécifiquement suisse qui symbolise le mieux notre beau pays, vous choisiriez quoi ? (sortir objets d’un sac) le lac Léman ? les montagnes ? oui mais, on est pas les seuls à en avoir… Alors quoi ? Le cénovis ? on aime ou on n’aime pas, mais en tout cas, il ne laisse pas indifférent… Pas très neutre, pas très suisse tout ça. Une topette de vin ? Bien sûr, nous savons que le vin d’ici VAUD alors que le vin d’ailleurs VALAIS, mais quand même… Le chocolat ? voyons, les Belges (et les Malgaches) notamment prétendraient que c’est une mauvaise blague… Les montres ? une panosse ? oui c’est vrai le Suisse moyen est ponctuel et propre mais est-il le seul à l’être?

Tiens ça me rappelle cette petite histoire d’un Autrichien qui désirait se lier d’amitié avec un Suisse.
-       Nos deux pays ont plein de choses en commun! », dit-il
-       Ah bon ? répond le Suisse. Et qu’avons-nous donc en commun ?
-       Eh bien les montagnes ; vous avez, tout comme nous, de magnifiques montagnes !
-       Minute, répond le Suisse, nos montagnes sont bien plus hautes que les vôtres !
L’Autrichien ne se laisse pas impressionner. 
-       Mais il y a aussi, chez vous comme chez nous, des lacs charmants et pittoresques.
-       Attendez, répond le Suisse, nos lacs à nous sont bien plus profonds !
L’Autrichien pourrait se décourager. Seulement il a de la Suisse dans les idées : 
-       Ecoutez, nous avons quand même tout pour nous entendre. Nos pays ont les mêmes couleurs sur leurs drapeaux : le rouge et le blanc. (je précise qu’il ne parlait pas de vin) Qu’en dites-vous ?
-       Ce que j’en dis ? rétorque le Suisse, c’est que notre drapeau est bien mieux que le vôtre : nous, dans notre drapeau, nous avons un plus, alors que vous, vous avez un moins !



C’est une blague racontée par un ami Autrichien, mais elle interpelle concernant le pluset le moins. Réfléchissez un instant à ce que vous mettriez dans la colonne des pluset dans la colonne des moinsconcernant notre patrie… J’en ai d’ailleurs déjà un peu parlé, de ces plus, avec les objets sortis : le paysage, les montagnes majestueuses, les plaisirs de la table (cénovis et chocolat, pas sûr que cela aille bien ensemble), le niveau de vie élevé (tout comme les factures d’assurances), la culture de la ponctualité et de la propreté …

On pourrait aussi ajouter d’autres éléments :
-       être à la pointe au niveau de la formation et de l’économie grâce à nos « cerveaux »
-       l’intégration réussie de diverses cultures en une seule confédération.
-       Etc.

Bon. Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps. L’objet que j’ai choisi, selon le site wikipédia, a été « inscrit en 2008 au patrimoine culinaire suisse (je ne savais même pas que cela existait !). Il pèse 100 grammes, pour une longueur de 12 cm et un diamètre de 3,8 cm. En 2007 il en a été consommé 25 000 tonnes en Suisse et annuellement il s’en produit 160 millions sur le territoire. Sa composition de base comprend environ 50 % de porc, un peu de bœuf, 20 % de veau, du lard, des couennes de lard, et d'eau (10 %), du jus de citron et du sucre, ce qui le rend craquant quand on le grille. » Je pense que vous avez deviné : il s’agit bien évidemment du cervelas !

Le cervelas, au-delà de son étymologie qui renvoie à « cerveau » et pourrait ainsi faire référence au haut niveau d’éducation de notre pays, c’est pour moi le symbole d’un mélange hasardeux qui finalement donne quelque chose de savoureux. C’est le symbole d’une intégration réussie, d’un mélange de divers éléments qui fonctionne. C’est le symbole de la convivialité, comme avec ce cervelas que vous grillez autour du feu. Bien sûr, ce n’est pas exactement de la haute gastronomie, bien sûr il n’est pas composé des matériaux les plus nobles qui soient. Bien sûr, il n’est parfait (ben oui c’est bien connu, le parfaitn’existe qu’en tube !). Oui  le cervelas a ses moins comme notre pays a bien sûr ses moinsaussi. Mais le message que je veux faire passer en ce jour, c’est que nous pouvons être reconnaissant pour notre patrie et tous ses plus. Vous rappelez-vous vos yeux brillants quand vous étiez enfant lorsqu’on vous annonçait qu’on allait griller un cervelas autour du feu ? Être dans la joie, être reconnaissant pour notre pays.



Dans la Bible, au moment de prendre congé, l’apôtre Paul exhorte ses frères de Thessalonique avec ces mots :
Soyez toujours dans la joie, 
priez sans cesse, 
rendez grâce en toute circonstance (…). (1 Thess 5, 16-18)

Alors ce 1eraoût 2017, plutôt que de se focaliser sur tous les moins, sur ce qui péclote chez nous, je vous exhorte, chers frères et sœurs, à être reconnaissant pour les plus. Merci pour notre pays, notre canton, notre village. Merci pour les hommes et les femmes qui les conduisent, qui s’y engagent pour le bien commun. Merci pour les étrangers, les immigrés d’Italie, d’Espagne du Portgual, d’ex-Yougoslavie, et de tous les autres pays, qui à travers l’histoire sont venus et continuent à venir apporter leur petite touche au « cervelas suisse ». Non aujourd’hui, même si les temps nous disent le contraire, nous ne devons pas avoir peur, mais être dans la joie, dans la reconnaissance, pour chacune et chacune, pour le partage qui fait grandir le bien être.

Car le saviez-vous: « Le bonheur est la seule chose qui se double si on le partage.». C’est Albert Schweitzer qui le disait. Tel est mon vœu pour vous, chers concitoyennes et concitoyens. Dieu vous bénisse ! Vive le Pays de Vaud ! Vive la Suisse ! et vive le cervelas !

Benjamin Corbaz, le 1eraoût 2018, Forel

jeudi 5 juillet 2018

Discours de promotion 2018 : Nini ou Panini

Monsieur le Directeur,
Mesdames et Messieurs les Municipaux,
Mesdames et Messieurs les enseignantes et enseignants,
Et surtout, Mesdames et Messieurs les élèves, qui vous préparez à être dans quelques instants « certifiés »,

En tant que pasteur responsable jeunesse dans notre belle région Lavaux,  c’est une joie de prendre la parole lors de cette heureuse occasion et merci de m’avoir donné 45 minutes pour cette prise de parole. 
Heureux le pasteur qui comme Calvin peut donner un message pendant 45 minutes. (un temps) Plus sérieusement, rassurez-vous, je ne ferai pas la batoille et mettrai en pratique ce que m’a enseigné mon maître de stage il y a plusieurs années sur la longueur idéale d'un message: un discours doit toujours être comme une mini-jupe : assez courte pour attirer l'attention mais assez longue pour couvrir le sujet !

Ainsi, en écrivant ce discours, bien que je susse que vous eussiez héroïquement supporté de longues circonvolutions alambiquées et absconses, j’ai décidé de parler d’un sujet qui a fait l’actualité du printemps jusqu’à aujourd’hui… je veux parler bien sûr… non pas de mort de Johnny… non pas du mariage princier… non pas de la Coupe du Monde (mais on se rapproche)… non je veux parler des autocollants Panini. Vous savez, ces vignettes que l’on s’échange avant chaque Eurofoot ou Coupe du Monde, ceux qui coûtent bonbon, si j’ose dire, mais qui s’arrachent comme des petits pains (ça tombe bien, pour des panini). Ces autocollants ont depuis longtemps dépassé tous les phénomènes de mode, de la fameuse collection de timbres de grand-papa aux handspinner qui faisaient rage l’an passé je crois.

Les panini, me disait un ami sur FB, « c’est cher, ça génère une quantité ahurissante de déchets, sans parler des conflits et des frustrations liés aux échanges dans les cours d’écoles. Tout ça pour un album qui finira au fond d’un placard (dans le meilleur des cas).  Je suis… Perplexe. »

Et pourtant. « Nous sommes tous des Panini », titrait Boris Senff, chef de la rubrique culturelle de 24 heures. Un chanteur bien connu aurait pu lui aussi chanter : « on a tous en nous quelque chose d’un panini… »

682 étiquettes à collectionner, avec des têtes parfois ahurissantes, parfois effrayantes, parfois retouchées. Je me rappelle d’une collection en 1990 pour le Mundial en Italie pour laquelle nous avions imaginé avec mon frère faire une compétition pour décider de « la tronche du siècle ». Higuita, le gardien colombien fantasque au visage simien , l’avait remportée haut la main.

Une galerie photographique, donc, comme un reflet de l’humanité mondiale, d’une part. Frénésie pour des bouts de papiers autocollants comme un reflet de la « starisation » de notre société qui vénère les célébrités, d’autre part. Mais notons que ce ne sont pas uniquement les stars qui sont sur le panini, mais tous les joueurs. Y compris ceux de l’Iran, du Pérou ou du Panama dont même le plus grand amoureux de foot que je suis n’a jamais entendu parler. Tous ont leur visage. 



Et les visages comptent. Car ils nous marquent. Prenez le temps de regarder votre vosin, votre voisine. Son visage. Et fermez les yeux un instant. Ce visage vous reste. Vous pouvez aussi penser à une personne bien aimée. Votre prof de classe par exemple. Les visages comptent. Et on veut pouvoir s’en souvenir.

De tout temps, l’être humain a voulu laisser sa trace sur terre. Et vous, chers jeunes, comment le ferez-vous ? J’aime m’adresser aux catéchumènes avec cette petite question : quel sens veux-tu donner à ta vie ? Petite question… que veux-tu en faire pour qu’à la fin de ta vie tu puisses te retourner et te dire « j’ai eu une belle vie » ? Devenir riche ? Devenir célèbre ? Etre heureux ? Apporter de la joie ? Aider ? Aimer ? Vis ta vie, oui, mais fais-en quelque chose de beau et de bon, pour toi et pour les autres ! Vis ta vie, comme avec les panini…

Car les panini, c’est un peu comme la vie dans notre société: c’est une course, une compétition, individuelle, les uns contre les autres, c’est acheter achter acheter tellement que même le géant orange s’y est mis. Le groupe québécois « Les cowboys fringants » le chantaient  d’ailleurs ici même en concert il y a environ 4 semaines : 

Venez célébrer cette Grand-messe / Vous vous sentez inutiles ? 
Consommez ! On a du stock / Pour combler l'trou de vos vies serviles ! 
(…) 
Finis les temples et les églises / Ceux de notre civilisation 
S'ront à la gloire des marchandises / Et du Dieu d'la Consommation 

Les Panini ont donc eux aussi, comme la force, leur côté obscure : compétition quitte à écraser les autres, star-system quitte à oublier les petites gens, consommation quitte à détruire la planète, etc.

Mais les Panini ont aussi leur côté lumineux et c’est là le paradoxe : dans une société individualiste qui cherche SON PROPRE bonheur, son propre succès, la course aux Panini ne peut se remporter seul. Elle force à l’échange, à créer du lien dans la rencontre, à s’entraider. Belle leçon de vie. Il y a quelques semaines, un « ami » sur FB que je sais de condition assez modeste, a débuté une collection de panini pour sa fille de 9 ans. Quand j’ai vu le nombre qui lui manquaient, je lui ai envoyé quasiment la moitié de mon tas de doubles afin de lancer sa collection. Trois semaines plus tard, je recevais un courrier à la maison avec une 30aines de vignettes qui m’ont permis de quasiment terminer ma collection avec ce petit mot : 

Un jour un homme bon a dit
Donne et tu recevras
La suite de ses paroles tu les connais mieux que moi
Alors en réalité c'est moi qui te remercie de m'avoir donné autant de carte au moment que j'en avais aucune à t'offrir 
Ce n'est qu'un juste retour des choses
Ou autrement dit je paye ma dette d'honneur ;-)

Donne… et tu recevras. C’est ce que je vis chaque jour dans mon ministère de pasteur, de jeune papa, de mari, de fan de foot. Donne et tu recevras. Un message pour vous aussi chers jeunes, une invitation à donner de vous-mêmes d’abord. De votre personne. De vos qualités. Partagez. Un peu comme sur FB, partagez ! Partagez les panini ou plus profondément partagez ce qui vous avez en vous !

Car n’oubliez pas cette citation d’Albert Schweizer, ce médecin protestant, qui a dit: « Le bonheur est la seule chose qui double si on la partage ! »
A vous de mettre cela en pratique, c’est bon pour vous. Meme s’il paraît que Florent Pagny nie. (oiseau sans nid c’est un pas nid nid)

Merci pour votre attention et une belle fête à chacune et chacun !

(Discours prononcé à Pully, les 5 et 6 juillet 2018)

samedi 31 mars 2018

Non, Pâques ne sera pas "trop chou"

Prédication du dimanche 1er avril 2018, culte de Pâques à Savigny)


Chers paroissiens,

Avez-vous vu vous aussi cet article sur internet qui parlait de la dernière campagne d’une grande marque alimentaire suisse (dont la couleur est orange) pour Pâques ? Cet article révélait que la campagne de cette année avait été censurée ! Et pourquoi cela ? Parce que l’idée initiale des développeurs était de placer une croix du Christ sur les oeufs de Pâques en plaçant ainsi une forme de croix sur chaque oeuf en chocolat. Le slogan qui figurait sur ces pubs était le suivant : "Pâques, t'y croix?" 


Excellent, non ? Pour une fois que nos géants commerciaux remettent le sens au cœur de la fête… Gloire à Dieu, merci Seigneur… et puis je suis sorti de ma transe extatique de louange et j’ai réalisé que nous étions… le 1er avril ! (et je salue l'ami qui a fait ce montage sur ma demande). « I have a dream », a dit Martin Luther King dont nous fêterons mercredi le 50e anniversaire de son assassinat. J’ai rêvé d’un monde moins axé sur le consommation et l’argent, j’ai rêvé d’un monde qui assume ses fragilités et qui vive d’espérance.

Mais au lieu de cela, chers frères et sœurs, Dieu m’a donné cette grande chaîne alimentaire suisse, et son slogan (cette fois c’est le vrai, promis, pas de poisson d'avril): « Cette année, Pâques sera trop chou. » 

 Pâques, trop chou ? Quoi ??? J’ai dû mal comprendre, mais non c’est bien ce qui est écrit « trop chou ». Comme le théologien Pierre Bühler, je m’interroge : 
Certes, on s’adresse aux enfants, on les invite à venir chercher leur « lapinou » en peluche, en 3 variantes ! Et pour les obtenir, il faut collectionner des timbres, et pour avoir ces timbres, il faut que les parents achètent. La fête de Pâques, donc, est vue comme une bonne occasion de consommer ! Chaque temps de fête connaît sa commercialisation, plus ou moins efficace. D’ailleurs, à l’intérieur du dépliant où l’on colle les timbres, on voit une jeune vendeuse avec les bras pleins d’objets à acheter et la phrase « Nous réalisons nous-mêmes ce qui nous tient à cœur ». Acheter, acheter, pour réaliser ce qui nous tient à cœur…

Non Pâques n’est pas le monde des bisounours, ni des peluches adorables. Non Pâques n’est pas « trop chou ». En premier lieu, rappelons-nous que Pâques est ancré dans la souffrance de la croix de vendredi saint. Dans le sacrifice du Christ pour nous. Un sacrifice, ce n’est pas rien. Ce n’est en tout cas pas « trop chou ».

D’ailleurs l’actualité nous rappelle cela avec le sacrifice, à l’instar du Christ, du gendarme français Arnaud Beltrame qui, devant le terrorisme, a choisi de donner sa vie pour en sauver une autre. Comme le disait le journal La Vie, « cet acte est un miroir inversé de l’action terroriste qui, elle, consiste à se sacrifier en tuant. » Un sacrifice pour la vie, et non pour la mort. Comme le Christ l’a fait vendredi saint. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (Jn 15, 13), dit-il, lui-même, avant de quitter ses amis, alors qu’il sait le destin qui l’attend. Nous pouvons rendre grâce pour cet exemple que nous laisse ce gendarme. Son sacrifice portera du fruit, bien au delà de cette vie qu’il a permis de sauver.

Pâques, c’est donc d’abord un sacrifice qui n’est en tout cas pas « trop chou ».

Mais Pâques, c’est aussi une exigence, que nous rappelle l’apôtre Paul dans la lettre aux Colossiens, celle de passer du vieil homme à l’homme nouveau. Faites donc mourir ce qui en vous appartient à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais et cette cupidité, qui est une idolâtrie. (…) débarrassez-vous de tout cela : colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté sortie de vos lèvres. Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques. Bam. Nous en prenons plein la figure. L’homme nouveau, la femme nouvelle, cela demande bien des efforts, presque une ascèse, une éthique de vie. Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait. Voilà qui nous paraît plus abordable, enfin, quoi que. Compassion, bienveillance, humilité, douceur, patience, pardon, amour… c’est aussi un chemin exigeant qui est loin d’être « trop chou ».

Pâques, c’est enfin des sentiments mélangés, comme l’expriment les femmes au tombeau. C’est la surprise, bien sûr, mais surtout la peur, la frayeur qui envahit ces femmes lorsque la pierre est roulée. Et même si l’homme en blanc leur dit « ne vous effrayez pas », elle finissent par sortir et s’enfuir « loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. », conclut l’Evangéliste Marc. Bien sûr, nous, chrétiens du XXIe siècle, nous avons tellement entendu cette bonne nouvelle, cette espérance transmise de génération en génération : « Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité, alléluia ! » Nous l’avons tellement entendu que nous en avons oublié son côté effrayant. Ces femmes ont peur, et je peux parier que nous aurions été tout autant effrayés si nous avions été à leur place. Non Pâques n’est pas « trop chou », Pâques est aussi « effrayant », avant de devenir « bonne nouvelle » et « joie ».

Alors vous l’aurez compris, je rejette complètement ce slogan « Pâques sera trop chou ». Mais demeure un vieux doute ancré en moi : et si ce slogan représentait tout ce dont la société de ce siècle se souvient de cette fête ? A la suite du théologien Pierre Bühler, je nous invite à ne pas oublier :
  • N’oublions pas ce que les évangiles racontent : Jésus est monté à Jérusalem à l’occasion de la Pâque juive ; n’oublions pas ces journées à Jérusalem qui furent ses dernières, où, rassemblé autour de la table avec ses amis, il insitua la Sainte Cène, celle représentée par De Vinci, ou cette version plus moderne publiée dans la Liberté.
  • N’oublions pas le jardin de Gethsémané où Jésus pria, pris par l’angoisse de l’attente avec ces mots : Père, si tu veux écarter de moi cette coupe… Pourtant, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise ! (Luc 22,42), où il fut jugé et condamné à mourir sur la croix ;
  • N’oublions pas que la foi chrétienne voit dans cette mort une victoire de la vie sur la mort, qui fait qu’elle appelle Jésus-Christ le crucifié ressuscité, proclamant que la vie est plus forte que la mort.
  • N’oublions pas que le mot même de Pâques vient d’un terme hébreu qui veut dire « passage », que donc la fête chrétienne de Pâques fait référence à la fête juive de la Pâque, Pessah, qui célèbre la sortie d’Égypte du peuple d’Israël. Une fête du passage de l’esclavage à la liberté, à laquelle la fête chrétienne fait écho en annonçant la libération à l’égard du règne de la mort.
  •  Et les lapins et les œufs, alors ? N’oublions pas qu’ils ne sont que des symboles qui renvoient à la fertilité, célébrant la renaissance de la vie au printemps, après un long hiver de la mort… 

Enfin, n’oublions pas que si Pâques est d’abord un passage, si éprouvant soit-il, il mène à la joie. Celle qui demeure. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite, dit le Christ à ses amis avant de les quiter.  Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. (…) Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. » Jésus, avant de s’en aller, savait que son sacrifice sur la croix mènereait à la joie : pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. La joie. Celle qui survient après avoir traversé tant d’épreuves et de difficultés. La joie inespérée. La joie imprenable, comme le dit la théologienne Lytta Basset.  La joie, par exemple de découvrir la vraie origine du lapin de Pâques dans cette icône. 


Que pour cette fête de Pâques, Dieu vous donne donc sa JOIE, parfaite, imprenable, pour ce passage. Non cette année, Pâques ne sera pas « trop chou », il sera plutôt un passage, semé de difficultés, mais un passage qui mène… à la joie !

Amen.