mardi 25 octobre 2016

Le sens de ma vie

La semaine passée, première semaine des vacances d'octobre, j'étais en camp avec 34 catéchumènes et 19 JACKs de la région à Vaumarcus pour vivre un camp sur le thème du sens de la vie : "naître, vivre, mourir... ressusciter ?". Cette année en particulier, j'ai pu m'émerveiller devant ces jeunes qui découvrent les questions existentielles et réalisent combien la vie est belle et vaut la peine d'être vécue "en qualité". Et moi? J'en suis où dans ma vie? Quel est le sens de ma vie ? Naître, vivre, mourir, ressusciter, 4 mots fondamentaux que l'on peut s'approprier à tout âge. Car comme me disait une paroissienne sur Facebook: "y a-t-il des camps sur ce thème pour les adultes?"...

Naître ou ne pas naître, telle est la question


Alors que les contractions sur le ventre de mon épouse se font de plus en plus pressantes et que la venue de BB2 ("Prim'"), du coup, semble se rapprocher également (36e semaine de grossesse), je suis en plein dans la naissance. Comme pleins de catéchumènes, je m'émerveille de ce cadeau qu'est la vie, cadeau de Dieu qui nous est offert: quel incroyable miracle que la vie ! et quel miracle que de pouvoir donner la vie! Aujourd'hui dans l'attente de ce bébé à venir, je pense à tout mes paires qui n'arrivent pas à avoir des enfants alors que le désir est là. Je pense à ceux et celles qui vivent des drames, plus ou moins grands, avec la perte de foetus ou même de bébés ou d'enfants. Comme cette catéchumène, je prends conscience que la vie ne tient souvent qu'à un fil. Et qu'elle est toujours un miracle. Naître ou ne pas naître, telle est la question, car beaucoup de foetus ou de bébés ne viennent pas au monde. Que faire de cette vie "cadeau", de cette chance ? Comment naître à moi-même, devenir qui je suis ou qui je veux être, trouver ma voie?

L'émerveillement devant ce cadeau de la vie, devant ces bébés dont je suis père, me pousse sans cesse à me remettre en question, à me demander comment les accompagner au mieux dans cette aventure infinie qu'est la vie. Les aider à grandir, leur transmettre cet amour de la vie tout en leur donnant des conditions cadres qui leur permettre de se trouver et de se réaliser eux-mêmes. Car comme disait Khalil Gibran:
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
(Le Prophète)
Des JACKs m'ont fait ce témoignage touchant: "C'est toi qui nous forme et qui nous fais grandir. Tu prends énormément de ton temps pour nous apprendre les choses essentielles de la vie. Tu nous transmets ta foi. Grâce à toi, nous vivons des moments exceptionnels. On ne sent jamais de trop, jamais rejeté avec toi. Tu prends tout le monde sous ton aile tel un faucon royal". :-) C'est peut-être d'abord cela aider à naître: aimer, protéger et... laisser s'envoler.

Vivre chaque instant comme si c'était le dernier


Vivre, c'est une chance, un cadeau, mais qu'en faire? Qu'en faire pour que cela aie du sens? Comment trouver ma place, celle que je désire prendre, comment me réaliser, que choisir pour que cela fasse du sens pour moi ? Pas facile de répondre à ces questions, mais elles sont importantes à tout âge. Car ce qui était vrai à 15 ans ne l'est pas forcément à 25 ou 45 ou 65 ans. Notre chemin de vie est parfois tortueux, tout ce que nous croyons c'est que Dieu nous accompagne toujours sur ce chemin fait bien souvent de choix, professionnels, familiaux, etc. "Tu choisiras la vie!, dit Moïse avant que le peuple n'entre en terre promise. Evidemment, en théorie cela semble simple. Mais en pratique cela l'est beaucoup moins: quels choix sont porteurs de vie pour moi?

Vivre c'est aussi grandir, au fil des rencontres, se laisser transformer. La vie n'est pas figée, heureusement et encore une fois l'image du chemin est parlante: parfois la route est raide, difficile, parfois facile, parfois nous avons des choix à faire, comme à un carrefour, parfois c'est l'autoroute. Mais la vie est cette aventure avec Dieu dont nous parle Abraham: " Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va dans le pays que je te montrerai." (Gn 12,1) Quitter pour grandir. Un chemin de confiance avec Dieu.

La mort nous invite à la vie

Vis chaque instant comme si c'était le dernier, c'est un peu le message que l'on peut tirer de la mort. La mort est là, quoi qu'on en dise, quoi qu'on veuille, et elle nous invite à nous poser le sens de la vie: qu'est-ce que je désire vivre pour qu'arriver à la fin de ma vie, je puisse me dire "ah quelle belle vie j'ai eue!"
Alors, mange ton pain avec plaisir et bois ton vin d'un cœur joyeux, car Dieu a déjà approuvé tes actions. En toute circonstance, mets des vêtements de fête et n'oublie jamais de parfumer ton visage. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de la fugitive existence que Dieu t'accorde ici-bas. C'est là ce qui te revient dans la vie pour la peine que tu prends ici-bas. Utilise ta force à réaliser tout ce qui se présente à toi. En effet on ne peut pas agir ni juger, il n'y a ni savoir ni sagesse là où sont les morts que tu iras rejoindre. (Ecclésiaste 9, 7-10)
Au fond, la mort nous invite à la vie, elle nous invite à en profiter pleinement et à vivre une vie de qualité, car comme le dit l'Ecclésiaste, on ne sait pas à quel moment la mort peut surgir.

La mort n'a pas le dernier mot

Par ailleurs, la mort de Jésus de Nazareth sur la croix a ouvert une brèche de lumière. La mort n'a pas eu le dernier mot. La Vie est plus forte que la Mort. C'est l'espérance qui nous habite, nous les chrétiens, et modifie notre vision du monde. La mort n'est pas la fin, elle a été vaincue une fois pour toute en Jésus Christ et nous donne cette espérance pour nous aussi. La résurrection, c'est donc d'abord la vie après la mort, en laquelle je crois fermement, avec confiance, même si je ne sais pas très bien "où quoi comment?". J'ai confiance, Son amour n'a pas de fin.

Mais il y a aussi toutes les petites résurrections de nos vies, dans nos vies, qui nous montrent qu'après les ténèbres, il y a la lumière. "Il y eut un soir, il y eut un matin." Ce simple refrain du premier chapitre de la Genèse pour redit bien l'espérance que la lumière suit toujours les ténèbres. Après un deuil, il y a de la lumière. Sam le dit à sa manière dans le Seigneur des Anneaux:
C'est comme dans les grandes histoires, Monsieur Frodon. Celles qui importaient vraiment, celles où il y avait danger et ténèbres. Parfois on voulait pas connaître la fin car elle pouvait pas être heureuse, comment le monde pouvait redevenir comme il était avant avec tout le mal qui s'y était passé ? Et en fin de compte, elle ne fait que passer cette ombre, même les ténèbres doivent passer. Un nouveau jour viendra et lorsque le soleil brillera, il n'en sera que plus éclatant. [Sam]

C'est cette espérance, chers lecteurs, que j'avais envie de partager avec vous en ce jour. L'espérance que la Vie est plus forte que la Mort, et que cette vie est belle et vaut la peine d'être vécue pleinement, espérance qui nous mène à la reconnaissance pour la vie offerte.

Et vous, que ferez-vous de ce cadeau qu'est la vie ?

samedi 27 août 2016

Prédication du 28 août 2016: : « De Pokémon Go à Jésus, ouvrir les yeux »

Lecture de Luc 24, 13-26 et orgue (bref)

Lecture de Luc 24, 26-35 et orgue (bref)

Prédication 

T’as vu Lipoutou ? T’as vu Bullbizarre ? T’as vu Carapuce ? T’as vu… Pikachu ? Les avez-vous vus, par Savigny ou Forel, ou à Ouchy encore ? Peut-être ne les avez-vous pas vus, ces Pokémons, mais vous avez sûrement entendu parler du jeu qui fait actuellement le buzz, comme on dit chez les jeunes, ce qui est au top de la mode du moment pour jeunes (et aussi moins jeunes j’ai entendu) : le jeu « pokémon go ». Ce jeu, sur téléphone portable, est en fait une chasse à des pokémons, des bestioles imaginaires qui combattent les unes contres les autres. Le joueur se balade donc avec son natel et dans la réalité virtuelle du jeu, peut attraper des Pokémons, ou s’arrêter à un PokéStop, alors qu’évidemment, on ne peut pas la voir dans la réalité. Si vous allez à Ouchy un dimanche  (https://www.letemps.ch/societe/2016/07/26/fievre-pokemon-go-sest-emparee-douchy), c’est incroyable, plein de gens se baladent en regardant leur natel (mimer) en essayant d’attraper des Pokémons dans la réalité virtuelle du jeu. (un temps) Personnellement, jusqu’à il y a 2 semaines, je ne connaissais pas ce jeu de Pokémon Go. Des jeunes m’ont appris que ce jeu avait plein d’aspects positifs : il faisait marcher les gens (enfin, façon de parler : ils marchent, ils sont en mouvement en effet), et même il faisait se rencontrer des gens qui ne se connaissaient pas !


Quand j’ai entendu cela, j’ai été interpellé : quand une réalité invisible, qu’on ne peut pas voir avec les yeux, peut mettre les gens en marche, les faire se rencontrer et échanger… ça m’a fait pensé aux pèlerins d’Emmaüs ! Ces hommes étaient tellement pris dans leur tristesse, leur désespoir, qu’ils ne voyaient pas vu Jésus. T’as vu Jésus ? Je me rappelle de jeunes qui utilisaient souvent cette expression : « t’as vu Jésus, toi ! » pour dire que quelqu’un était un peu fou. T’as vu Jésus ? Non, les pèlerins ne l’ont pas vraiment vu, enfin ils ne l’ont pas reconnu et quand ils l’ont enfin reconnu, il n’était plus là.

Vous voyez où je veux en venir : au fond, Jésus c’est un peu comme Pokémon Go (toute proportion gardée). Jésus est d’une réalité invisible à nos yeux, pourtant il nous met en marche, il chemine avec nous. Comme le baptême au fond : le baptême, c’est le signe visible d’une réalité invisible, de l’amour de Dieu pour nous, pour toi Justin, et de notre réponse de vouloir cheminer avec lui. Comme tu le disais Justin, le baptême sur cette image, c’est le signe que le Seigneur est toujours au-dessus de nous, même si on est en solitude dans la flaque.

Peut-être que parfois nous sommes tellement pris par notre tristesse, notre désespoir, nos peurs ou simplement par la vie qui file à 100 km/h, que nous sommes comme les pèlerins : nous ne voyons pas Dieu qui se rend présent à nous, juste à côté de nous, oui parfois nous pouvons rater des montagne…

Alors oui, je le crois, Jésus chemine avec nous. Il nous porte aussi parfois, quand nous traversons des tempêtes, des épreuves, et Dieu sait s’il y en a dans ce bas monde, ce n’est pas que du cinema. Mais surtout, ce qui est extraordinaire avec Jésus, c’est qu’il change la vie. Après la croix, qui est pour moi le symbole de la souffrance, de la violence, de la haine, de la peur aussi, après la croix, il y a la vie qui est plus forte que la mort. « Pour que nous nous rassemblions face à la haine, Et que la vie, même vaincue, demeure toujours plus forte que la mort. Remplis-nous de ton amour et de ta bonté Afin que plus personne n’ait peur. » disais-je dans la prière au début de ce culte, inspirés de paroles de Martin Luther King. Aujourd’hui, ces paroles retentissent avec force : devant la menace du terrorisme ominprésente dans nos médias, nous avons peur. Oui nous vivons dans un monde de violence et de haine. Mais Jésus a tout changé.

Oh il ne va pas effacer tout le malheur du monde, non. Mais la brèche qu’il a ouverte par sa résurrection peut tout changer. Regardez les pèlerins d’Emmaüs qui en repartent joyeux : cette bonne nouvelle, cette espérance, va changer le monde. Face à la haine, face au désespoir, il y a désormais l’espérance.

Cette espérance, elle nous a habité lors de mon camp il y a 10 jours avec une petite vingtaine de jeunes de la région pour le PIG. Non ce n’est pas de cochon que nous parlons, même si dans le PIG tout est bon. Le PIG, c’est le Projet Itinérant Gospel : un projet pour les jeunes de la région où nous avons marché de Neuchâtel à Crêt-Bérard (avec des petits bouts en train, rassurez-vous) pour offrir chaque soir une célébration gospel dans les paroisses qui nous accueillaient. Marcher et unir nos voix à l’espérance du gospel, un beau programme pour une semaine forte en émotions et en délires.

Et pendant cette semaine, nous avons chanté ces chants gospel que chantaient les esclaves noirs dans les champs de coton. A l’époque, ils n’avaient plus d’espoir, et pourtant ils chantaient cette libération que Dieu leur apporte : comme Moïse, Dieu va venir nous sauver. Face au désespoir et à la haine, ils chantaient l’espérance.

L’espérance, c’est croire que le caillou que vous envoyez dans l’eau peut faire un ricochet (par la BD, hein Justin). Que la vie peut continuer. Que le mouvement de vie que vous donnez au caillou est plus fort que la mort, symbolisée par l’engloutissement par l’eau. La comparaison a ses limites, puisque le caillou finit toujours par tomber, alors notre espérance, c’est justement que la vie n’a pas de fin, comme un ricochet infini…

La bonne nouvelle de ce matin, c’est donc que la réalité invisible de Dieu vient tout changer : elle vient révéler en chacun de nous notre potentiel de vie qui nous conduit à cette espérance qui change tout et nous met en chemin. Souvent de manière inattendue, d’ailleurs. Dieu nous conduit souvent là où nous ne pensions pas. Pour le PIG, nous étions parti pour l’Ile Maurice d’abord, puis l’Italie (Projet Italie Gospel), et nous nous sommes finalement retrouvés à Cortaillod, Concise, Cossonay, Bussigny et Puidoux. L’inattendu de Dieu. Oui Dieu est présent, au cœur de nos vies, et souvent de manière surprenante, peut-être l’avez-vous déjà expérimenté. Il nous invite à marcher avec lui, à nous confier à lui, à nous mettre en marche, comme tu le fais ce matin, Justin, par ton baptême, comme ces jeunes l’ont fait pendant une semaine à travers les cantons de Neuchâtel et Vaud. Oh bien sûr, tout ne sera pas facile : la vie n’est pas un long fleuve tranquille, nous le savons. Mais portés par l’espérance que la vie est plus forte que la mort, que Jésus est vivant, même s’il est invisible à nos yeux, alors nous serons plus forts.

Sur une affiche devant une église en France, on peut lire ceci : « Tu es venu sur le parvis de ce église pour chercher des Pokémons, mais sais-tu que dans cette église il y a Quelqu’un qui te cherche et qui t’attend ? » Dieu, aussi invisible qu’un Pokémon, cherche pourtant et attend chacune et chacun de nous. Saurons-nous ouvrir nos yeux et marcher avec lui ?


Amen.

lundi 22 août 2016

Prédication du 21 août: "passer de la performance au père formant"

Lecture de 1 Corinthiens 9, 24-27
Lecture d’Ephésiens 2, 4-10 

Prédication : « Dans notre vie où nous courrons sans cesse, la grâce de Dieu nous libère de la pression de la performance ! »

Chers frères et sœurs en Christ,
Vous savez, quand vous avez des enfants, même si vous ne vous l’avouez qu’à demi-mot, vous espérez toujours que votre enfant fasse mieux que les autres :
– oh mon fils a marché très tôt ! Pas le tiens ? t’es sûr que c’est normal ?
– Tu devrais entendre mon enfant de 2 ans : il est super doué avec la parole. Tiens l’autre jour, il m’a fait une phrase complexe : ne sais-tu pas où Maman a mis mon doudou ?
– Le pot ? Oh ma fille est déjà dessus depuis longtemps. Pas ton fils ? Mais, il n’est pas plus grand qu’elle ?
– Oh le mien est très fort à l’école !
– La mienne est a gagné une course ! Le mien a marqué 5 buts au foot ! la mienne est la meilleure chanteuse !
– Etc.
Je me faisais la réflexion l’autre jour quand mon fils Elie, en montant les escaliers, essayait de les monter non plus marche après marche, mais deux à deux, plus vite qu’avant : toujours plus vite, toujours plus haut, toujours fort. C’est comme si, au fond de nous, nous devions toujours faire mieux. Mieux que les autres, mieux qu’avant. Faire plus, toujours plus. Etre au top, être performant, même pour un petit bébé, même pour un enfant. Alors vous imaginez pour un adulte.
Dans le monde du travail aussi, nous vivons avec la pression de la performance. Ne vous est-il jamais arrivé de vous dire : « j’en peux plus, j’y arrive pas, j’suis dépassé ? Je suis plus à la hauteur ! J’en fais pas assez et pas assez bien ! » Dans nos métiers, il faut faire, produire, et surtout être bon. Faire bien, non, faire toujours mieux, oui ! « Ah je devrais retravailler ma prédication de dimanche, franchement elle pourrait être mieux ! » Toujours plus.
"Plus vite, plus haut, plus fort"
« Citius, Altius, Fortius », vous savez ce que cela veut dire ? « Plus vite, plus haut, plus fort ». Cette devise, proposée par Pierre de Courbertin à la création du CIO (comité international olympique) en 1894, est aujourd’hui plus jamais d’actualité. En ce jour en effet se terminent les JO de Rio. Si tu vas à Rio, n’oublie pas… d’aller plus vite, plus fort, plus haut ! Pendant presque 3 semaines, plus de 10’000 athlètes, se sont disputés 5130 médailles lors de 141 compétitions pour un budget total de 10 milliards pour l’organisation gigantesquissime de cet événement sportif suivi par plus de 4 milliards de personnes sur le globe.
Au fond, les JO et leur cours effrénée au succès et au record n’est-elle pas un symbole plus profond de notre société qui nous impose un rythme effréné, qui nous pousse à courir tout le temps ? Dans la vie active, nous courons en effet d’une activité à l’autre, d’un hobby à l’autre, d’un rendez-vous à l’autre ; au fond la denrée la plus précieuse de notre temps, c’est justement… le temps ! Dans notre société, la plupart des gens – et je m’inclus dedans ! – n’ont plus le temps, avec leur agenda overbooké ! Boire un café avec sa belle-mère ? Pas le temps ! Taper un brin de causette dans l’escalier avec la voisine ? Pas le temps ! S’engager pour la paroisse ? Pas le temps ! Ainsi, dans notre société où nous nous sommes très souvent aussi pressés que des citrons, nous courrons. 
Nous courrons au propre comme au figuré, car la société place elle aussi, comme le sport ou les jeux olympiques, la barre toujours plus haut : toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus… de rendement ! Oui la nouvelle religion du XXIe siècle, au fond, c’est bien le culte, mais le culte de la performance ! Etre performant ou ne pas être, telle est la question ! Il faut être meilleurs que les autres et gagner la course !
Nous courrons sans cesse
L’apôtre Paul, lui aussi, utilise cette image pour parler de la vie chrétienne. Ne savez-vous pas que les coureurs, dans le stade, courent tous, mais qu’un seul gagne le prix ? Courez donc de manière à le remporter. Notre société, comme le sport, est une grande compétition, basée sur la performance. Nous passons donc notre vie à essayer de remporter la course, mais qu’est-ce que cela signifie « remporter la course » ? On ne sait pas très bien, pour l’instant, mais ce que l’on sait, c’est l’importance du but. C’est pourquoi je cours les yeux fixés sur le but, dit Paul. L’apôtre nous rappelle ici le besoin essentiel d’avoir un but dans la vie, sinon on s’essouffle, sinon on perd courage, comme le démontrent les burn-out autour de nous. Et vous, quel est le but de votre course ? quel est le but de votre existence ? (silence)
Ce n’est pas une petite question, n’est-ce pas ? 😉 Paul nous invite donc à réfléchir au but de notre course, certes, mais aussi que celui-ci ne soit pas dans l’éphémère. Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère. Ils le font pour gagner une couronne qui se fane vite ; mais nous, nous le faisons pour gagner une couronne qui ne se fanera jamais. Paul nous rappelle que la victoire que prône la société est une couronne périssable, qui se fane vite ; nous le savons bien, éphémères sont le succès et la gloire (« A moi la gloire ! » pourraient chanter les gagnant des TV réalités). Et donc la vraie question, c’est que faire pour obtenir cette « couronne impérissable » qui ne se fanera jamais ? autrement dit, que puis-je faire pour laisser ma trace sur cette terre ? (court silence) Qu’est-ce qui ne périt pas ? qu’est-ce qui reste ? (silence). Pour moi, ce qui reste, ce qui ne périt pas, cela tient en un seul mot : l’amour. 
La grâce qui nous libère 
Dans le second passage que nous avons entendons, l’apôtre Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, utilise un autre mot, moins actuel, qui pourrait même apparaître comme un ovni aux auditeurs du XXIe siècle : Paul parle de « grâce ». Pas la grasse matinée, ni grâce à… quoi ?! NON, LA grâce ! La grâce, c’est un don, un cadeau, comme une meringue double crème de gruyère, la grâce c’est un cadeau gratuit offert par Dieu à chacune et chacun d’entre nous, signe de son amour inconditionnel pour nous. La grâce, c’est ce qui nous sauve. Si vous êtes d’accord avec moi pour dire que la société de performance nous mène tout droit dans le mur, alors nous pouvons entendre le message d’amour de Dieu pour nous qui peut nous sauver.
Comment donc être libéré de la pression de la performance ? Paul répondrait : « par la grâce ! » Et c’est un message complètement révolutionnaire, aussi pour notre époque ! Dans une société d’aujourd’hui où tout se paie, où rien n’est gratuit, où tout dépend de notre performance, où tout dépend de notre course, eh bien la grâce de Dieu, elle, ne dépend pas de nos efforts, mais simplement de notre foi, autrement dit de notre confiance qu’il est là au cœur de nos vies. 
La grâce nous libère pour être nous-mêmes et œuvrer pour le bien. Car Paul le dit, Dieu nous a créés, dans notre union avec Jésus-Christ, pour que nous menions une vie riche en actions bonnes. Voilà le but, le but ultime de la course, le but de la vie chrétienne. Recevoir la grâce de Dieu et en retour, aimer, en menant une vie riche en actions bonnes. A chacun selon ses capacités, j’ajouterais. Tout un programme, n’est-ce pas ? Le programme de toute une vie. Le programme de toute une course : les 42 km du marathon ne suffiraient pas…
Alors oui, dans notre vie où nous courons sans cesse, la grâce de Dieu est comme un eau qui nous libère de la pression de la performance ! Nous pouvons dès lors continuer à courir, mais courir, plus légers, portés par les gouttes de cette grâce infinie de Dieu pour chacune et chacun d’entre nous, et nous diriger vers une vie riche en actions bonnes, selon nos capacités. 
Transmettre l'amour en père formant
En conclusion, j’ai envie en ce jour de vous inviter à agir. Aller à l’Eglise, c’est bien, écouter le pasteur, c’est bien aussi, se souvenir que nous avons reçu la grâce de Dieu, c’est toujours et encore bien, et sans modération, mais en sortant de ce temple, la course va reprendre. Alors cette semaine, je vous invite chacune et chacun, à vivre votre vie, simplement enrichie d’UNE action bonne pour alléger cette course. Pas deux ou trois, UNE bonne action. Cela peut être un geste envers une personne en difficulté, un petit signe de douceur pour quelqu’un qui en a besoin, un geste de pardon vers quelqu’un qui vous a offensé, ou simplement un peu de temps offert à un proche. En bref, je vous invite à réaliser concrètement un geste d’amour pour une personne qui vit des temps difficiles dans la course de sa vie. 
Et alors, grâce à la grâce, la rude course de nos vies en sera transformée. Le culte de la performance pourra ainsi se transformer en culte du père formant, Notre Père qui nous forme à son amour inconditionnel. Ainsi grâce à Lui, je pourrai devenir pour mon fils un père formant, un père aimant, loin de toute performance.
Amen.

lundi 1 août 2016

Discours du 1er août 2016 à Forel: gardons le cantique suisse !

Discours du 1er août 2016 à Forel

Madame la Syndique,
Mesdames Messieurs les Forellois,

En cet été eurofootballistique et olympique, on reparle de chants. Non pas de champs de patate ni de chants du choeur d’hommes l’Avenir, pourtant excellents il faut bien l’avouer, chants qui nous parlerait de Föröl, du grouffre du Leman ou de Grosboeuf ; ni de la fête cantonale des chorales qui aura lieu l’an prochain à Echallens, ni encore des festivals estivaux comme le Paléo (pas les bas non plus d’ailleurs), non ces temps on ne parle plus que de… l’hymne national !

Parce que le savez-vous ? qu’est-ce qui est dur et long et les hommes suisses ont ? non Mesdames, n’ayez pas de pensées en-dessous de la ceinture, small is beautiful aussi en Suisse ! Non il s’agit bien sûr… du temps que nous avons dû nous coltiner le cantique suisse comme hymne national : 55 longues années (vu que notre hymne actuel a été introduit en 1961 et rendu officiel par le conseil fédéral en 1981), 55 longues années à devoir subir ces paroles et cette musique d’un autre temps, vous en conviendrez, c’est dur et long. 55 sur 725 ans de notre confédération (certes pas avec tous les cantons), soit 7,6 % de son histoire totale. Long et dur, je vous le disais.

Car vous le savez, puisque  nous venons de le chanter : l’an passé la société suisse d’utilité publique a lancé un vaste concours pour changer notre cantique suisse. IL FAUT CHANGER L’HYMNE NATIONAL. Place au changement, ras-le-bol de ces traditions d’une autre ère (de l’âge de pierre, diraient certains, digne de Föröl). C’est vrai, autour de nous, tout change. Si vous regardez le paysage d’il y a 50 ans et celui de maintenant, vous voyez un sacré changement. Si
vous regardez même les lampions aujourd’hui, avec cette malheureuse ampoule en LED, on est loin des bougies de ma jeunesse avec lesquelles on pouvait « allumer le feu » : là aussi ça a bien changé... Alors bon, si tout change, pourquoi pas changer aussi notre hymne, c’est vrai cela fait si longtemps que nous l’utilisons… 55 ans, c’est long et dur.

Alors à notre cher cantique suisse, faut-il rendre les honneurs (sans toucher la main) ? Permettez-moi d’en faire l’éloge (espérons pas funèbre), et de vous expliquer pourquoi j’y suis fortement attaché, même si je ne suis pas un homme opposé au changement.


Rappelons-nous d’abord de son histoire. En 1841, un prêtre musicien du nom de Zwissig reçoit un texte patriotique que vient de rédiger l’une de ses vieilles connaissances : l’imprimeur et journaliste zurichois Widmer. Zwissig met le texte en musique, le Cantique suisse est né.

Pourtant, tout opposait Zwissig, le compositeur, à Widmer l’écrivain. D’un côté le rural catholique romain, prêtre et moine. De l’autre, le citadin protestant, radical tendance libérale, anticatholique et anticlérical. Dans une période de fortes tensions politiques et religieuses, le Cantique suisse est donc un chant improbable. Une œuvre œcuménique à une époque où ce terme n’existait pas encore, et où les cantons catholiques et protestants s’apprêtaient à entrer en guerre (ce qui aura lieu avec le Sonderbund, notamment à cause des divisions religieuses, entre autres).

Bien sûr, l’histoire du cantique suisse n’a rien de sensationnelle, ni de spectaculaire, ni Zwissyg ni Widmer n’ont la stature de héros national à la Guillaume Tell ou à la Flotion
est-ce qui est dur et long et les hommes ont ?ns nos conseils communaux. Il n’empêche : leur histoire et celle du Cantique suisse nous rappelle que l’équilibre et l’unité de la Suisse, de tout temps fragile, n’a été acquise que très tard, et qu’à plusieurs moments de son histoire, l’alliance des cantons aurait pu voler en éclat.

Ainsi, changer l’hymne national, c’est oublier cette histoire d’unité, notamment
religieuse, qui a donné la Suisse d’aujourd’hui ! L’unité dans la diversité, c’est ce qui fait la spécificité de la Suisse, sa force, par le fédéralisme. Aujourd’hui, plus que jamais, nous, Suisses, devons œuvrer pour l’unité, du pays, des chrétiens. L’apôtre Paul le disait déjà aux habitants d’Ephèse :2Soyez toujours humbles, doux et patients. Supportez-vous les uns les autres avec amour. 3Efforcez-vous de maintenir l'unité que donne l'Esprit Saint par la paix qui vous lie les uns aux autres (Ephésiens 4, 2-3) L’unité, ce mot qui  vous l’aurez remarqué, fait défaut dans la nouvelle version. L’unité, celle que l’on trouve dans l’histoire du cantique suisse, eh bien cette unité, toujours fragile, toujours à reconstruire, c’est à nous d’y travailler : ici dans nos villages, dans nos paroisses, dans nos conseils communaux. Une unité à vivre peut-être en chantant, ou pas, selon nos capacités, et avec les accents de notre cœur, pieux ou pas. Mais en gardant notre hymne, c’est ce message d’unité que l’on donne : l’unité qui a fait l’histoire de la Suisse et qui en fera à coup sûr son avenir. Oui l’Avenir est à vivre en chantant avec cœur, et le chœur d’hommes de Forel vous accueille avec joie! Avec ou sans nouvel hymne.

Que Dieu bénisse notre pays. Belle fête de 1er août à chacun.

Discours du 1er août 2016 à Forel: gardons le cantique suisse !

Discours du 1er août 2016 à Forel

Madame la Syndique,
Mesdames Messieurs les Forellois,

En cet été eurofootballistique et olympique, on reparle de chants. Non pas de champs de patate ni de chants du choeur d’hommes l’Avenir, pourtant excellents il faut bien l’avouer, chants qui nous parlerait de Föröl, du grouffre du Leman ou de Grosboeuf ; ni de la fête cantonale des chorales qui aura lieu l’an prochain à Echallens, ni encore des festivals estivaux comme le Paléo (pas les bas non plus d’ailleurs), non ces temps on ne parle plus que de… l’hymne national !

Parce que le savez-vous ? qu’est-ce qui est dur et long et les hommes suisses ont ? non Mesdames, n’ayez pas de pensées en-dessous de la ceinture, small is beautiful aussi en Suisse ! Non il s’agit bien sûr… du temps que nous avons dû nous coltiner le cantique suisse comme hymne national : 55 longues années (vu que notre hymne actuel a été introduit en 1961 et rendu officiel par le conseil fédéral en 1981), 55 longues années à devoir subir ces paroles et cette musique d’un autre temps, vous en conviendrez, c’est dur et long. 55 sur 726 ans de notre confédération (certes pas avec tous les cantons), soit 7,6 % de son histoire totale. Long et dur, je vous le disais.

Car vous le savez, puisque  nous venons de le chanter : l’an passé la société suisse d’utilité publique a lancé un vaste concours pour changer notre cantique suisse. IL FAUT CHANGER L’HYMNE NATIONAL. Place au changement, ras-le-bol de ces traditions d’une autre ère (de l’âge de pierre, diraient certains, digne de Föröl). C’est vrai, autour de nous, tout change. Si vous regardez le paysage d’il y a 50 ans et celui de maintenant, vous voyez un sacré changement. Si
vous regardez même les lampions aujourd’hui, avec cette malheureuse ampoule en LED, on est loin des bougies de ma jeunesse avec lesquelles on pouvait « allumer le feu » : là aussi ça a bien changé... Alors bon, si tout change, pourquoi pas changer aussi notre hymne, c’est vrai cela fait si longtemps que nous l’utilisons… 55 ans, c’est long et dur.

Alors à notre cher cantique suisse, faut-il rendre les honneurs (sans toucher la main) ? Permettez-moi d’en faire l’éloge (espérons pas funèbre), et de vous expliquer pourquoi j’y suis fortement attaché, même si je ne suis pas un homme opposé au changement.


Rappelons-nous d’abord de son histoire. En 1841, un prêtre musicien du nom de Zwissig reçoit un texte patriotique que vient de rédiger l’une de ses vieilles connaissances : l’imprimeur et journaliste zurichois Widmer. Zwissig met le texte en musique, le Cantique suisse est né.

Pourtant, tout opposait Zwissig, le compositeur, à Widmer l’écrivain. D’un côté le rural catholique romain, prêtre et moine. De l’autre, le citadin protestant, radical tendance libérale, anticatholique et anticlérical. Dans une période de fortes tensions politiques et religieuses, le Cantique suisse est donc un chant improbable. Une œuvre œcuménique à une époque où ce terme n’existait pas encore, et où les cantons catholiques et protestants s’apprêtaient à entrer en guerre (ce qui aura lieu avec le Sonderbund, notamment à cause des divisions religieuses, entre autres).

Bien sûr, l’histoire du cantique suisse n’a rien de sensationnelle, ni de spectaculaire, ni Zwissyg ni Widmer n’ont la stature de héros national à la Guillaume Tell ou à la Flotion
est-ce qui est dur et long et les hommes ont ?ns nos conseils communaux. Il n’empêche : leur histoire et celle du Cantique suisse nous rappelle que l’équilibre et l’unité de la Suisse, de tout temps fragile, n’a été acquise que très tard, et qu’à plusieurs moments de son histoire, l’alliance des cantons aurait pu voler en éclat.

Ainsi, changer l’hymne national, c’est oublier cette histoire d’unité, notamment
religieuse, qui a donné la Suisse d’aujourd’hui ! L’unité dans la diversité, c’est ce qui fait la spécificité de la Suisse, sa force, par le fédéralisme. Aujourd’hui, plus que jamais, nous, Suisses, devons œuvrer pour l’unité, du pays, des chrétiens. L’apôtre Paul le disait déjà aux habitants d’Ephèse :2Soyez toujours humbles, doux et patients. Supportez-vous les uns les autres avec amour. 3Efforcez-vous de maintenir l'unité que donne l'Esprit Saint par la paix qui vous lie les uns aux autres (Ephésiens 4, 2-3) L’unité, ce mot qui  vous l’aurez remarqué, fait défaut dans la nouvelle version. L’unité, celle que l’on trouve dans l’histoire du cantique suisse, eh bien cette unité, toujours fragile, toujours à reconstruire, c’est à nous d’y travailler : ici dans nos villages, dans nos paroisses, dans nos conseils communaux. Une unité à vivre peut-être en chantant, ou pas, selon nos capacités, et avec les accents de notre cœur, pieux ou pas. Mais en gardant notre hymne, c’est ce message d’unité que l’on donne : l’unité qui a fait l’histoire de la Suisse et qui en fera à coup sûr son avenir. Oui l’Avenir est à vivre en chantant avec cœur, et le chœur d’hommes de Forel vous accueille avec joie! Avec ou sans nouvel hymne.

Que Dieu bénisse notre pays. Belle fête de 1er août à chacun.