samedi 29 avril 2017

L’Eglise de demain sera communautaire et spirituelle ou ne sera pas

On le lit partout : les églises se vident, l’Eglise se meurt. Et si, comme on proclame lors d’un avènement d’un nouveau monarque, nous osions dire : L’Eglise (d’hier) est morte. Vive l’Eglise (de demain)!

Jeune pasteur avec deux ministères, d’une part dans la paroisse de Savigny-Forel dans la périphérie de Lausanne, et d’autre part dans la région Lavaux avec un ministère pour la jeunesse, j’observe au quotidien l’effritement ecclésial que nous décrivent les statistiques (présence dans les différents événements paroissiaux en baisse ou inscriptions au catéchisme en chute libre). Mais je remarque aussi un ancrage encore relativement important, en particulier dans certains milieux ruraux, ancrage dont nous pouvons encore profiter pour oser une parole forte dans les événements sociaux, notamment dans les villages.

Loin de désespérer, je suis donc partisan du verre à moitié plein : je suis convaincu que ce changement ecclésial, ce virage[1], sera positif. Certes, il y a un deuil à faire, celui de « l’Eglise de Grand-papa », florissante dans l’imaginaire des gens[2]. Force est de constater qu’elle n’est plus, simplement, qu’elle ne fait plus partie de notre réalité du XXIe siècle. Du coup, on peut légitimement se poser la question : l’Eglise va-t-elle disparaître ? Je ne le crois pas. Ou plutôt je suis sûr que non. L’Eglise existait hier, elle existera demain, sous une forme assurément, avec d’autres habitudes, d’autres structures, peut-être même d’autres ritualités, mais il y aura toujours des hommes et des femmes chercheurs de sens qui prendront le chemin de la suivance de Christ.

De mon point de vue du terrain, paroissial (avec toutes les générations) et régional (avec les jeunes), je ressens comme un double mouvement de cette évolution. D’une part, s’il y a un certain effritement de la pratique ecclésiale, il y a en revanche une grande demande de ritualité qui demeure très ancrée dans notre terroir. Le baptême, même s’il ne signifie pas toujours un engagement ecclésial régulier pour les familles, reste important pour beaucoup de distancés, tout comme le rite de la confirmation qui vient conclure le parcours de catéchisme. Je suis convaincu d’une chose : à l’avenir, l’Eglise offrira toujours ces rites, même s’ils peuvent évoluer, prendre d’autres formes, voire trouver de nouveaux rites pour mieux accompgner les rythmes de vie qui évoluent. Mais il y aura une demande pour de la ritualité. Car le rite est en fait un repère qui aide à trouver du sens. En cela, l’Eglise restera pourvoyeuse de sens, dont l’humain aura toujours besoin à l’avenir, qui plus est dans un monde post-post-moderne ultracomplexe et mouvant (donc inquiétant, déboussolant). A mon sens, un point fort de l’Eglise, à l’avenir, sera donc la ritualité, comme un prolongement de ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui, et avec une certaine place pour de nouveaux rites, pour reste en phase avec les rythmes de vie du siècle présent.

Par ailleurs, je ressens aussi l’envie, chez de nombreux collègues, de dépoussiérer l’image de l’Eglise. Et il me semble qu’une tendance qui est en train d’émerger du terrain est l’envie de rendre l’Eglise toujours plus communautaire et joyeuse. L’Eglise de demain, pour reprendre une phrase bien connue, sera communautaire ou ne sera pas.L’Eglise, étymologiquement, est d’abord un rassemblement de personnes, et non pas juste un individu qui prie dans son coin. Trop longtemps, l’Eglise a véhiculé une image triste, austère, voire moralisatrice. De plus en plus, elle cherche à devenir un lieu chaleureux où l’on a du plaisir à se rassembler, à rire, à vivre, à former une communauté au même titre que l’apôtre Paul le décrit dans sa première lettre aux Corinthiens.[3]  Pourquoi les camps marchent-ils aussi bien chez les jeunes ? Bien qu’ils aient 1000 occupations, loisirs ou activités, bien qu’ils soient toujours connectés à leurs nombreux réseaux sociaux, les jeunes aiment cette vie en communauté, joyeuse et libérée, posée et priante aussi, mais avant tout conviviale et accueillante. Nous avons besoin de liens, besoin des autres, pour cheminer avec Dieu.

Alors la communauté de demain, cela pourrait être des Eglises de maison, petite et accueillantes, qui se rassemblent simplement chez les et les autres, ou encore des Eglises plus typées théologiquement ou spirituellement qui investissent d’anciens bâtiments ou des lieux a priori incongrus. Mais le lien est ce qui va primer. Lien entre les croyants, avec la communauté, lien avec Jésus le Christ, avec la spiritualité. Car l’Eglise de demain, en plus d’être communautaire, sera spirituelle ou ne sera pas. Comment être Eglise si l’on ne prie pas ? Comment cheminer avec Dieu si l’on n’a pas l’impression de grandir, dans la sa foi et dans sa vie (concrète et spirituelle) ?

Avec tout cela, qu’imaginer pour l’avenir ? Mon espoir, c’est que l’Eglise puisse strcturellement se simplifier, tout en restant proche des gens. Et surtout, tout en gardant une grande part de créativitié qui a fait sa force tout au long de l’histoire. Garder la proximité avec la population, tout en osant des formes nouvelles d’Eglise ou d’initiative folle : culte à la déchetterie, dans une ferme ou sur les pistes de ski, Spinéma à l’église projeté sur le bâtiment ou repas de Noël solidaire avec les migrants, présence sur les réseaux sociaux par des « capsules » ou série humoristique, etc. Beaucoup de perles qui se font déjà à gauche et à droite. Mais toute ont un point commun : oser. Oser aller à la rencontre des distancés, oser changer les (ses) habitudes, oser s’ouvrir à l’inattendu de Dieu. Pour cela, il me semble essentiel que les ministres conservent du temps pour des projets créatifs, en étant déchargé de certaines tâches, voire que des postes de « guetteurs » comme c’est le cas ailleurs puissent voir le jour. Ces guetteurs seraient des ministres qui, à temps plein, travailleraient aux « fresh expressions » de l’Eglise de demain, à imaginer des projets ici ou là, en lien avec les ministres locaux, pour dynamiser la vie communautaire. Peut-être que l’avenir de l’Eglise passe par là si nous voulons pouvoir construire des ponts avec les distancés d’aujourd’hui qui ne le seront qu’encore plus demain.

Rêver, imaginer, construire ensemble l’Eglise de demain, quoi de plus passionnant ? Le grand défi est de le faire ensemble, avec les 18% de pratiquants, mais aussi avec les 40% de distancés.  Le faire ensemble, en étandant le concernement au maximum. Le faire ensemble, dans cet équilibre équilibre fragile entre dipsonibilité au changement, souplesse, et conservation des activités dites « traditionnelles ».  

Et si l’on rêvait ensemble de l’Eglise de demain ? Moi je rêve d’une Eglise commauntaire et spirituelle, un Eglise de lien où l’on se sent bien et où l’on peut, ensemble, porter du fruit[4]. Et vous, de quelle Eglise rêvez-vous ?










[1] « L’Eglise est au milieu du virage », répète inlassablement  le président du Conseil Synodal de mon Eglise : je peux qu’abonder dans ce sens, tant il me semble qu’il y a à la fois un deuil à faire, celui de « l’Eglise au milieu du village », et à la fois un virage passionnant à prendre, malgré quelques dangers qu’il comporte, pour découvrir un avenir forcément différent mais pas forcément moins bien.
[2] L’était-elle vraiment, florissante ? C’est un autre débat…
[3] 1 Corinthiens 12.
[4] Jean 12, 12-17: Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure : si bien que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera. Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.

vendredi 28 avril 2017

Prédication pour les Rameaux 2017 : "Vous êtes le levain dans la pâte du monde !"

Prédication pour les Rameaux 2017 : Mt 13,31-33
Matériel : bol, spatule, fourchette, fouet, rouleau, moule ; BC en veste de cuisine (avec toque ?), prépare la pâte…

BENJAMIN (depuis le fond): Bon, alors on y va ! C’est le moment que je préfère : quand on sort la fournée des catéchumènes, tout chauds, tout beaux. D’ailleurs en ce jour des Rameaux, c’est le moment de mettre un pain final à leur catéchisme. Parce que bon, ça fait quand même 5 ans qu’on les cuisine ; les ingrédients vont finir par être périmés ! (un temps)

(sur la table) Alors… alors… ai-je bien tout ce qu’il faut ? La recette ? Ah oui, la voici : « Recette du parfait catéchumène, par Betty Grossi. ». Et les ustensiles ? (lisant) Un bol, une spatule à remuer… Une grosse spatule hein, parce qu’il y en a qui sont durs à remuer (je vise personne hein) Il faut aussi une fourchette pour piquer la pâte – en cas d’endormissement – et j’ai même apporté un fouet. Noooon, quand même pas pour eux, rassurez-vous. Par contre, j’ai le rouleau à pâte, oui, oui, il y a des fois où ça peut servir.

Bon, eh bien je crois que j’ai tout ! Ah, j’en oubliais le moule ! (regardant le moule) Bon, j’ai pris un moule, mais il y en a toujours qui ont de la peine à rentrer dedans… Et là vous vous dites : « C’est pour ça qu’il faut un rouleau à pâte ! » Eh oui ! Bon. Ensuite… du côté des ingrédients ? J’ai la farine, l’eau, du sel, du poivre… Ben oui, parce que l’important, c’est qu’on en fasse de bonnes pâtes, avec tous le même goût, et tous la même forme aussi… C’est ce qu’il faut dans notre société : identiques, croustillants à l’extérieur et mous à l’intérieur !

EMMANUEL: Ah non, ASSEZ ! Ce n’est pas possible d’entendre ça ! Mais qui est-ce qui m’a fichu un boulanger pareil !? Un gâche métier, voilà ce que tu es.

BENJAMIN : Ecoute Emmanuel, cher collègue et néanmoins amis, t’es gentil, mais là j’ai pas le temps : j’ai une fournée de catéchumènes à cuire (et je peux te dire que cette volée, ce sont des durs à cuire) ; je suis déjà assez comme ça dans le pétrin, je n’ai pas besoin d’un enfariné de collègue, qui plus est ancien cuisinier, pour me donner des leçons. Moi je m’y connais en boulangerie pastorale : de un parce que ça se voit à ma brioche, hein, et de deux, parce que c’est bien connu, mon humour va croissant !

EMMANUEL: Ecoute, le problème, c’est que tu te trompes de recette : ce ne sont pas de bons catéchumènes, ou de bons chrétiens qu’il s’agit de fabriquer. C’est du Royaume des cieux qu’il s’agit ! Donc c’est toute la pâte humaine qui doit lever ! Et dis-moi : est-ce que tu as pensé au levain ?

BENJAMIN : Euh, ben oui, quand... levain est tiré, il faut le boire !

EMMANUEL: Mais non, pas celui-là. Le levain qui fait monter la pâte ! tu n’as pas écouté le texte biblique que j’ai lu tout à l’heure? Pourtant il était court ! Mathieu, peux-tu nous relire le dernier verset de l’Evangile selon ton nom stp ?

RELECTURE de l’Evangile de Matthieu 13,33

(un temps) EMMANUEL: Ah ! Tu as entendu ? C’est TOUTE la pâte qui doit lever, mais pour ça il faut le levain… Et le levain, c’est ce qui permet au Royaume des cieux de devenir réalité sur terre ! Sans levain, y a rien qui se passe. Nada. Que dalle. Que pouic.

BENJAMIN : Bon OK, c’est à nous d’être du levain dans la pâte, car j’ai compris, je suis bonne pâte.

EMMANUEL : Oui, car sans nous, Dieu ne peut rien faire sur terre ! Comme disait Bernanos : « Dieu n’a pas d’autres mains que les notres pour agir sur la terre »

BENJAMIN : Oui mais le problème, c’est que bien souvent, on oublie cela, et on attend surtout que Dieu intervienne, pour que vienne son Royaume : « que ton Règne vienne » dit la prière, alors vas-y ! A ce propos, un catéchumène m’a demandé : « Dieu, comment est-ce qu’on voit qu’il agit dans le monde ? »

EMMANUEL: Alors tu lui as raconté l’histoire de l’inondation ?


BENJAMIN : Vous connaissez l’histoire de l’inondation ? (Montant en chaire.) Eh bien c’est l’histoire d’un pasteur qui prépare un message sur la providence, l’aide que Dieu nous promet et sa fidélité tout au long de notre vie. Alors qu’il est assis à sa table en train d’écrire, tout à coup il entend un grand bruit. Des gens l’appellent dans la rue. C’est la rivière qui déborde, et il commence à y avoir une monstre inondation...

EMMANUEL : Ah oui, je connais cette histoire. Les villageois, avec de l’eau jusqu’à la taille, sont venus tout exprès sous les fenêtres du pasteur pour lui dire : « Venez avec nous, fuyez ! »

BENJAMIN : Mais non, laisse-moi raconter, rho ! Alors le pasteur se dit : puisque je crois à l’aide de Dieu, je ne vais quand même pas fuir comme tout le monde. Dieu m’aime, il va venir me sauver. Je ne bouge donc pas d’ici. Et il répond aux gens :

EMMANUEL : « Non merci ; Dieu m’aidera. »

BENJAMIN : Un peu plus tard, c’est un bruit de bateau à moteur qui l’interrompt. Il se penche à la fenêtre et voit que l’eau est montée jusqu’au 1er étage. Les pompiers sont venus sur un canot pour le sauver.

EMMANUEL : « Venez avec nous, fuyez ! »

BENJAMIN : Mais le pasteur pense encore une fois : Dieu m’aime, il va venir me sauver. Alors il répond :

EMMANUEL : « Non merci ; Dieu m’aidera ! »

BENJAMIN : Et il referme la fenêtre, tout fier d’être le seul à faire confiance à Dieu. Mais bientôt l’eau envahit son bureau et il doit monter sur le toit de la cure. Alors arrive un hélicoptère de la REGA. Et les sauveteurs lui crient par haut-parleur :

EMMANUEL : « Venez avec nous, fuyez ! »

BENJAMIN : Et ils lui demande de prendre l’échelle de corde qu’ils lui lancent… Mais le pasteur se cramponne à une cheminée, convaincu que Dieu l’aime, qu’il va venir le sauver. Du coup il répond encore :

EMMANUEL : « Non merci ; Dieu m’aidera ! » 

BENJAMIN : Finalement, le courant emporte tout sur son passage, et le pasteur, évidemment… meurt noyé !

EMMANUEL : Ah c’est gai, ton histoire !

BENJAMIN : Alors le pasteur arrive au ciel, et il enguirlande Dieu… (Descend en courant de la chaire.) Alors, qu’est-ce que tu fabriques, Dieu ? Je croyais que tu m’aimais. Je te faisais confiance. J’ai cru que tu allais m’aider ! (un temps) De quoi te plains-tu ? dit Dieu. Je t’ai envoyé des villageois, un canot de sauvetage et un hélicoptère… Mais qu’est-ce que tu fiches ici ?

EMMANUEL : … Oui, peut-être qu’on ne sait pas toujours voir, sentir, comprendre quand Dieu fait quelque chose dans notre vie, nous fait un signe.

BENJAMIN : Non ce n’est pas ainsi. En fait, on ne reçoit qu’un tout petit peu de levain pour faire monter la pâte. Ca paraît si dérisoire, mais ça peut tout changer. Dieu est discret et il compte sur nous pour rendre un peu plus beau le petit coin de monde où nous vivons, nos villages, notre canton. Parce que notre région le VAUD bien, hein ?
BENJAMIN : Si tu vois un point blanc sur le lac de Brêt, c’est un signe. Mouarf. Mais oui, tu as raison : on voudrait tellement que ce soit magique : allez hop, tout le Royaume des cieux d’un coup et Dieu qui s’y fait fracassant et qui du coup fracasse le mal. Boum !

EMMANUEL : Mais ce n’est pas ainsi.


EMMANUEL : Ben oui. Les médias adorent montrer tout ce qui va mal, mais de temps en temps, sur un coin de page, ou tout à la fin du téléjournal, on trouve un petit signe de bonté, de gentillesse, de générosité. C’est peut-être ça, le levain de Dieu.

BENJAMIN : Oui, il suffit d’un tout petit peu pour faire lever la pâte humaine. Mais ça ne se voit presque pas.  Mais tout de même, le levain travaille… Et la pâte monte, malgré tout.

EMMANUEL : Le levain travaille, ça veut dire que le mal n’a déjà plus toute la place, et tout le pouvoir. Une main tendue dans une situation difficile, un regard bienveillant et sans jugement au-delà des apparences et des étiquettes…

BENJAMIN : Le levain travaille, et la haine n’aura pas le dessus : des jeunes qui refusent le règne de la peur et du terrorisme. Le levain travaille, et si l’on pose la main sur le monde, on sent l’amour qui le fait bouger. Il ne faut rien qu’un tout petit peu de levain, mais ce levain…

EMMANUEL : C’est peut-être vous les jeunes !!! C’est peut-être AUSSI vous les moins jeunes : parents, grand-parents, paroissiens.

Oui chers jeunes, et chers moins jeunes, c’est à VOUS maintenant d’être levain dans la pâte, de réaliser le Royaume de Dieu sur terre, enfin ce que cela veut dire pour vous. A vous d’agir, avec cette confiance en vous que Dieu vous aime et qu’il chemine à vos côtés, quoi qu’il arrive. A vous d’oser demander sans cesse à Dieu son Saint Esprit, oser la vie avec Dieu, même si pour cela il faut persévérer. A vous de faire en sorte que ce monde soit beau, plein de respect, d’accueil de l’autre tel qu’il est. Comme un Père Abrams, et ses 4 fils. Comme un Bless the Lord my soul, où chacun est accueilli tel qu’il est en vérité. Oui c’est ça, à vous de faire un petit Taizé, ici sur terre. Portés par l’Esprit de Dieu en vous, que Dieu vous aide à être levain de la pâte de son Royaume. Un Pain c’est tout.


Amen.

lundi 27 février 2017

Carême, J-2


Cette année, comme l'an passé, pendant les 40 jours que durent le carême je vais essayer de faire le point sur ma vie, ma foi, où j'en suis. A ce propos, je vais essayer chaque jour en 140 caractère de twitter une pensée, une découverte, une joie, une question du jour. A suivre sur twitter.
Cette année encore, en plus du carême d'alcool, je ferai carême de Facebook, pour vivre la rencontre réelle davantage encore que virtuelle. !
Alors à toi ami-e Facebook,
A toi paroissien d'ici ou d'ailleurs,
A toi croyant ou mécréant bien,
A toi cette invitation:
Et si pendant le carême tu prenais le temps avec moi de t'arrêter pour une petite heure, de partager, de boire et manger, pourquoi pas de prier, bref de vivre un autre temps, avec moi?
Contacte-moi au plus vite pour qu'on fixe un RDV. Pas par Facebook, mais par sms, mail, ou twitter.

mardi 24 janvier 2017

Discours de la Commémoration Indépendance vaudoise 2017

Mesdames, Messieurs en vos titres et fonctions, 

Tout d’abord, je tiens à vous remercier de me donner la parole ce soir. « Dans cette vie suvoltée menée à 100km/h, que reste-t-il comme temps de réflexion et d’analyse des choses avec une certaine sérénité ? » pose comme question en ouverture Rémy Richard dans son introduction du petit livret de cette soirée. Oui nous vivons des vies de fous, avec des agendas de ministres, et j’en sais quelque chose, puisqu’on m’appelle parfois encore « Monsieur le ministre », souvent avec un petit sourire en coin. Merci donc de me donner la parole ce soir, pour un temps de réflexion et d’analyse, dont nous avons bien besoin avec nos vies de fous.

C’est un honneur pour moi, pasteur dans la paroisse réformée de Savigny-Forel, et Vaudois quasi pur souche comme vous l’entendrez à mon accent « bien de chez nous », de pouvoir prendre la parole et d’assumer la lourde tâche de vous adresser le message de l’Eglise. Vous prenez un risque ! vous connaissez la différence entre un pasteur et un trolleybus ? Eh bien le trolleybus, lorsqu’il perd le fil, il s'arrête, lui.

En préparant cette allocution, je me suis posé la question suivante : au fond, qu’est-ce qui fait la spécificité du canton de Vaud ? Notre fameux papet que le monde entier nous envie ? Nos fameux clubs de foot et de hockey sur glace et notre fameuse capitale olympique ? Notre fameux « quart d’heure vaudois » ou notre fameux apéro dans le carnotzet avec un Chasselas bien de chez nous ? D’ailleurs c’est curieux que les Chinois aient débarqué mardi dernier en Lavaux, eux qui ne boivent que du thé.... Ou encore notre fameuse pudeur toute vaudoise,  comme le disait Jean Villars Gilles : Le Vaudois, la chose est certaine, n'aime pas les mots trop précis; leur exactitude le gêne sauf s'il s'agit de trois décis. Au fond, le Vaudois est un bon gaillard, plutôt un taiseux, et, vous serez d’accord avec moi, « Y en a point comme nous » ! Mais ce qui fait aussi la spécificité des Vaudois, c’est que nous vivons, sauf erreur, dans le seul canton romand qui s’appelle encore «pays» – le Pays de Vaud. Comme nous le rappelait feu notre conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, notre canton est bien un pays complet dans la mesure où il produit tout (le sel, le pain, le vin) et offre tous les paysages de Suisse (Alpes, Préalpes, Jura, Plateau et bien sûr son lac). Un pays. Et c’est bien connu, on est mieux dans un pays qui vaut plutôt que dans un canton qui valait, n’est-ce pas Monsieur Nantermod ? Parce que je le VAUD bien, au présent, disait une pub.

Le Vaudois a un humour bien à lui, qui joue sur le non-dit et la litote. On ne dit pas «j’aimerais boire un verre», mais «je ne suis pas contre». « Quelle cramine : Y fait un rien tant chaud ces jours mais notre cœur vaudois nous réchauffe », me disait un ami sur mon mur Facebook. Et puis je me souviens de la déclaration du joueur du LS Christophe Ohrel après la finale de coupe à Berne en 1998 contre St-Gall. Devant plus de 10'000 Vaudois, le joueur dira à la presse : de voir autant de public vaudois, j’ai été DECU EN BIEN ! Le répertoire humoristique vaudois compte aussi une variété infinie de qualificatifs pour désigner l’idiot: topio, niolu, taborniau, toyet, niobet, nianiou, bofiot, bedoume, alapiat, agnoti, etc…

Mais puisqu’il n’y en a aucun parmi nous, parlons sérieusement. Ce qui fait notre spécificité de Vaudois, n’est-ce pas: « liberté et patrie », cette liberté qui nous est chère (et cette patrie aussi) ?

Et qui a pensé à « notre constitution » ! Oui, pour moi, vous allez dire que je prêche pour ma paroisse, mais ce qui fait une spécificité majeure de notre bien joli canton, c’est cette dimension spirituelle reconnue par l’Etat avec notamment les deux Eglises, catholiques et protestantes, qui sont reconnues de droit public.  Rappelez-vous des articles 169 et 170 de notre consitution, que vous connaissez, j’en suis sûr, par coeur :
Art. 169 Principes
1 L’Etat tient compte de la dimension spirituelle de la personne humaine.
2 Il prend en considération la contribution des Eglises et communautés religieuses au lien social et à la tranmission de valeurs fondamentales.
Art. 170 Eglises de droit public
1 L’Eglise évangélique réformée et l’Eglise catholique romaine, telles qu’elles sont établies dans le canton, sont reconnues comme institutions de droit public dotées de la personnalité morale.
2 L’Etat leur assure les moyens nécessaires à l’accomplissement de leur mission au service de tous dans le canton.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’actualité met sur le devant de la scène la dimension religieuse. Au terrorisme qui prend le prétexte de la religion, à la peur qu’il engendre, quelle réponse donner ? En ce 500e anniversaire de la Réforme et de l’affichage des thèses de Martin Luther, rappelons-nous de l’héritage prostestant. Celui-ci, incarné par des personnes comme Marie Durand ou Martin Luther King, ou encore le Major Davel, invite à résister, notamment à ce qui défigure l’image de Dieu. Protester, cela veut dire « attester en faveur de ». Protester pour l’humain, et contre tout ce qui le défigure : les aliénations, les totalitarismes, les oppressions. Cet héritage, c’est la liberté de pensée, l’esprit critique, l’ouverture et le dialogue.

Ces valeurs de mon héritage protestant sont aujourd’hui plus que jamais essentielles à notre société qui a bien besoin de repères. Et les Eglises, catholique et protestante, comme le dit la Constitution, contribuent justement au lien social et à la transmission de valeurs fondamentales. Ne l’oublions pas : les Eglises sont des acteurs d’intégration.

Alors notre spécificité vaudoise ne serait-elle pas celle de la dimension religieuse qui intègre et qui pourvoit des valeurs ? Celle qui rappelle la liberté de l’humain mais aussi sa responsabilité devant la création et les autres créatures. Celle qui offre des repères par l’ouverture, le dialogue, l’amour du prochain et l’accueil de chacun tel qu’il est.

Aujourd’hui plus que jamais, pour lutter contre les intégrismes et les peurs qui vont avec, nous avons besoin de chacune et de chacun. Merci pour votre engagement politique, chacun à votre niveau, pour que nous vivions dans un pays libre et en paix : c’est là votre responsabilité. Merci pour votre soutien à nos Eglises pourvoyeuses de sens et de repères : c’est là notre responsabilité. Merci de faire de ce bien joli pays de Vaud un lieu de paix confessionnelle, d’intégration et d’ouverture spirituelle pour que nous puissions vraiment dire : Y en a point comme nous !


Que Dieu bénisse notre pays et notre canton de Vaud ! Je vous souhaite un joyeux 24 janvier !