dimanche 23 décembre 2012

Culte radio... en ligne

Faire un culte radio, c'est toute une aventure! Mais quelle aventure! Porté par tous mes frères et soeurs d'ici et d'ailleurs, j'ai pu vivre ce baptême du feu pour moi avec joie, en célébrant un dernier avant autour de l'attente (pas de camping), sur la parabole de Mt 25: la parabole des 10 vierges (Mt 25,1-13). Petit clin d'oeil à tous les membres du CBOV, un camp qui vaut le détour!

A écouter (en téléchageant) ici:http://download-audio.rts.ch/espace-2/programmes/culte/2012/culte_20121223_full_culte_f94f836b-09d8-429e-99cc-90871d60eda4-128k.mp3

La prédication se trouve après 24'24'' pour ceux qui ne peuvent pas attendre... ;-)


mardi 11 décembre 2012

Une expérience indescriptible: la Gospel-addiction!

(avant de commencer à lire, cliquez ici pour un premier échantillon de ce que l'on a vécu : c'est un mp3 du concert!!!)



Parfois dans mon ministère, je me dis qu'il faut être un peu fou pour être pasteur. Fou pour oser, oser Dieu, oser la confiance, oser les jeunes.

Oui, l'aventure de ce week-end était vraiment folle, hardie pour ne pas dire téméraire: 50 chanteurs, sans connaissance préalable des chants, se retrouvent dans un lieu (paumé, faut être honnête), dans des conditions épiques (neige à plein trou, on avait l'impression que le Patron ne voulait pas nous simplifier la tâche), pour un petit week-end du vendredi au dimanche et déboucher finalement sur un concert le dimanche soir, concert de gospel (pas de g'osses pelles à neige, hein?) qui devait quand même tenir un minimum la route. Vous avez dit mission impossible? Pas avec l'aide de Dieu (et grâce aux talents de chacun)!

Un lien invisible

Au final, il m'est difficile de trouver les mots pour décrire l'intensité de l'expérience de communion vécue dans ce week-end de gospel des jeunes de l'EERV. Comme disait une participante: "C'est fou, hein, ce qu'on a vécu... On n'a pas parlé avec tout le monde, mais il y a un truc qui nous lie tous désormais." Oui c'est fou. Dieu est fou, de permettre de tels projets, de nous donner tellement par le chant, de nous relier de manière invisible pour lui rendre gloire et nous redonner l'espérance dans nos vies parfois sombres.




Dimanche soir, dans l'intro du concert, dans un Temple d'Echallens plein à craquer (plus de 200 personnes), je ne pouvais m'empêcher de penser aux moments sombres, justement, et en particulier au premier projet qui avait dû être annulé, faute de participants, en mars 2012. Et si cela nous disait quelque chose sur nos projets dans nos vies ? Parfois, il est parfois nécessaire d'apprendre de ses échecs pour vivre quelque chose d'incroyable...

Un souffle qui nous a fait décoller !

Bien sûr, il y a ce que chacun a apporté. Bien sûr, il y a le travail incroyable de nos directeurs de choeur Jacqueline Savoyant et Laurent Jüni. Bien sûr, il y a toutes les questions d'organisation. Mais n'y a-t-il pas eu quelque chose de plus? quelque chose de l'ordre du souffle divin qui a soufflé en nous et entre nous? Roger Puati, un de mes collègues impliqué dans l'organisation (merci à lui et à Sylvie Dépraz, Jean-Marc Savary et Frédéric Steinhauer !), a dit: "Hier [au concert], j'ai cru qu'on décollait."Oui ce souffle dimanche soir au concert nous a fait décoller ! C'est incroyable ce que l'Esprit Saint peut faire...

Davantage de gospel en Eglise ?

Alors aujourd'hui, je me pose des questions. Le gospel (louange) ne devrait-il pas y avoir davantage de gospel en Eglise? Il rejoint les jeunes, il permet de vivre la communion et de faire Eglise ensemble, il redonne l'espérance...  Il permet de vivre la JOIE, la vraie, celle qui vient de Dieu. Il permet à chaque jeune de trouver sa place. Oui le gospel n'est-il pas la réponse aux besoins des jeunes de communion et de joie ?

Pour appuyer cela, je lis sur Facebook un jeune qui dit: "Franchement, je ne suis pas sûr que je vais tenir jusqu'au 29 novembre 2013 (réd: date du prochain week-end gospel)..." Oui, l'expérience a été tellement forte, tellement intense, tellement belle que les jeunes, comme pris la GOSPEL-ADDICTION, ne s'imaginent pas attendre avril pour se retrouver et l'an prochain pour le prochain concert (avec peut-être un culte de consécration au milieu). Et si quelque chose naissait de cette folle aventure? Comme me disait une participante: "Le premier camp n'a pas marché, et celui-ci t'as dépassé.. Benjamin, je crois que tu viens d'entrer dans un cercle vertueux, l'aventure a démarré et elle n'est pas prête de s'arrêter..." Ainsi soit-il.

Sing to the lord 
Come let us shout joyfully 
Let us give all 
Our praise to Him 
He's the great god 
King of kings
(2e échantillon du concert)

"We were looking for something... and we found it", comme disait une participante.


Take the shackles off my feet so I can dance
Enlève les chaînes de mes pieds alors je pourrais danser
I just wanna praise you
Je veux juste te louer
I just wanna praise you
Je veux juste te louer
You broke the chains now I can lift my hands
Tu as brisé les liens, maintenant je peux élever mes mains
And I'm gonna praise you
Et je vais te louer
I'm gonna praise you
Je vais te louer

mardi 4 décembre 2012

L'Evangile... à l'écran!


De quoi les gens du XXIe siècle et en particulier les jeunes ont-ils besoin? Aujourd'hui, tout va vite (je le déplore), on zappe d'une chose à l'autre (moi le premier), on ouvre trois fenêtres internet en même temps, dont... Facebook! Aujourd'hui, la question que l'on peut se poser, c'est: comment rejoindre les gens (jeunes) que les Eglises ne touchent plus (guère)?

Une initiative oecuménique

Contacté par le prêtre dynamique et plein d'idées Vincent Lafargue, j'ai été séduit par le projet de mettre l'Evangile, non seulement "à la Maison", mais aussi... "à l'écran"! Le rendre accessible et percutant pour cette société mobile, zappeuse (je n'ai pas dit rappeuse)! Dès lors, avec un petit groupe de jeunes théologiens réformés et catholiques, nous avons lancé officiellement dimanche passé une démarche visant prioritairement les jeunes, via Internet et Facebook.

Le but est de proposer, gratuitement bien sûr, chaque dimanche, un verset de l’Evangile du jour et une petite piste pratique pour la semaine à partir de ce verset. Court, percutant, pertinent. Comme l?Evangile, quoi!

Une page Facebook et un site!

Sur Facebook, il suffit de cliquer “J’aime” sur la page “L’Evangile à l’Ecran” http://www.facebook.com/levangilealecran pour recevoir chaque dimanche cette notification. La page, lors de son lancement-test lundi passé, a reçu plus d’une centaine de “J’aime” en moins de 24 heures, dont quantité de jeunes !

Parallèlement, pour les “moins jeunes” ou ceux qui seraient réticents à Facebook, un SITE INTERNET est lancé, reprenant tous les messages dominicaux : http://www.levangilealecran.com/. Le site intégrera bientôt un forum de questions-réponses.

Les jeunes engagés dans ce projet sont :
- Elise Cairus, théologienne doctorante, fac de théologie de Neuchâtel
- Florence Magnin, théologienne, fac de théologie de Strasbourg
- Marie Larivé, théologienne, fac de théologie de Fribourg
- Benjamin Corbaz, pasteur en pastorale jeunesse, Belmont-Lutry / VD
- Vincent Lafargue, prêtre, Lens-Montana / VS

Alors d'avance merci de faire connaître cette initiative autour de vous, d’en parler dans vos médias respectifs, dans vos paroisses. Pour que l'Evangile puisse toucher encore plus de monde!


mercredi 28 novembre 2012

Oserons-nous rêver l'Eglise?

Comme le petit livre de Bernard Hort qui date déjà un peu (1992!), ces temps je rêve à une autre Eglise. Mais pris par le quotidien, pris par les affaires courantes, les budgets, les projets qui marchent ou qui se cassent la figure, pris par la paroisse, la région, les colloques, les collègues (joie!), pris par tout cela, quel temps est-ce que je me donne réellement pour rêver l'Eglise? Quelle liberté, quelle place pour la créativité dans mon quotidien ?

Qu’est-ce que tu attends de ta paroisse ?

Ce matin justement, pendant quelques heures à Crêt-Bérard, j'ai rêvé. Avec le pasteur Hans Eschbach venu des Pays-Bas, j'ai rêvé une Eglise qui ne déprime pas devant des bancs qui se vident mais qui espère. Alors que l'on va entrer dans le temps de l'Avent, osons nous poser la question de l'attente: qu’est-ce que tu attends de ta paroisse pour les 5 années qui vont suivre ? Qu’est- ce que tu as comme projet pour ta paroisse et quelle est ta part dans cela (en tant que serviteur du Christ, de la Parole, de la paroisse)?


Donner du temps au rêve
Paf, première baffe. Oui c'est vrai! On parle beaucoup de vision dans l'Eglise aujourd'hui, mais de quelle vision justement? et si l'on osait rêver plus loin que ce qui est possible, réalisable ? Toucher les jeunes? les familles? cheminer avec les 30-50 ans? Prends du temps pour rêver, martèle le pasteur hollandais. Mais est-ce que l'Eglise est réellement prête à donner du temps au rêve, au changement? est-elle réellement prête à laisser tomber des choses? J'entends déjà ma présidente de conseil dire: "telle ou telle chose, ça aussi, c'est important, pour notre visibilité". Quand laissera-t-on ce qui appartient au siècle dernier dans le passé pour se recentrer sur l'Essentiel, sur ce pour quoi nous sommes Eglise: la Parole de Dieu (bon Dieu)! Non, tout n'est pas essentiel, quand bien même on peut nouer certains contacts à certaines occasions. Nous sommes d'abord "Eglise" autour de la Parole et des sacrements, autour de la spiritualité des hommes et des femmes de notre région, pas autour des fêtes villageoises, du rallye des enfants de la fête des vendanges ou du discours du 1er août.

Puis le pasteur hollandais parle de la "sagesse multicolore" de Dieu, que toutes les couleurs ont le droit d'exister dans l'arc-en-ciel de Dieu, sans qu'aucune ne soit meilleure que l'autre. Simplement faire que chacun puisse se (re)trouver dans l'une ou l'autre avec des identités plus marquées pour les paroisses (louange, liturgique, Taizé, etc.). Oui, donnons de la diversité à notre Eglise, bonne idée, dans une région où chacun peut y trouver son compte. Mais le problème, c'est que notre histoire vaudoise s'ancre dans un rapport à la territorialité qui est fort: comment les enfants/parents se retrouveraient-ils là-dedans alors que le lien territorial-scolaire est si important pour eux? Encore des forces qui freinent le changement...

On va dans le mur: changeons de vision!

Avant la pause, le pasteur termine sur la phrase: Qu’est-ce que la Suisse perd si ta paroisse meurt ? Deuxième baffe. Je me demande parfois si on se rend vraiment compte que l'on va dans le mur si l'on continue ainsi... Oui on en parle, Le temps presse, oui, mais sur le terrain, peu de choses changent réellement. Les forces de changement sont souvent annulées par les forces conservatrices. Oui, nos paroisses risquent de mourir. Et cela serait terrible à de nombreux égards. Alors n'est-ce pas justement le KAIROS, le moment opportun de changer réellement quelque chose et en profondeur? le moment ou jamais changer de vision? It's now or never.

La vision proposée par le pasteur Hans Eschbach est celle des groupes de maison, niveau intermédiaire entre les grands événements (ce que l'on sait assez bien faire en Eglise) et l'accompagnement individuel (ce que l'on sait aussi assez bien faire en Eglise). Semer ainsi des groupes qui se rencontrent 1x toutes les deux semaines, chez un hôte qui n'est en rien un spécialiste mais un simple chercheur de sens comme les autres. Oublier nos volontés de placer la barre très haut (KISS: keep it simple stupid! Oui, gardons une façon de faire simple et abordable! :-), oublier la centralité du pasteur qui devient un "simple" formateur des hôtes (1x/mois) qui les accompagnent. Et dans cette petite communauté, se centrer sur le partage, prier les uns pour les autres: l'idée me plaît, mais à nouveau ma vision de la réalité semble me freiner dans mon rêve: comment aujourd'hui trouver des gens prêts à donner de leur temps pour cette recherche spirituelle régulière alors que leur agenda déborde? Je n'ai pas de réponse face à ce mal du XXIe siècle qu'est le manque de temps.

L'envie de donner un coup de pied dans la fourmilière

Après la conférence, revigoré par cette vision de Hans Eschbach, nous discutons avec mon collègue dans la voiture. Troisième baffe. Rattrapé par la réalité paroissiale, par nos difficultés, par le trop plein, par tant de choses comme cette "tiédeur" bien vaudoise (notamment pour "mettre le paquet pour créer une nouvelle vision paroissiale": "non, c'est trop tôt...", "non c'est un trop gros investissement..."), j'en ressors avec une seule envie: donner un grand coup de pied dans la fourmillière. Je rêve au fond de repartir comme les apôtres dans les Actes. Et si c'était ça, rêver l'Eglise de demain?

Je ne suis pas en paix avec cela. C'est si complexe, tant sociologiquement que théologiquement, dans ce XXIe débordant de tout. Mais laissez-moi rêver d'une Eglise vivant la kénose (se vidant) pour se recentrer sur l'essentiel: avec moins de structure, moins d'administratif, plus de contacts humains, plus d'accompagnements, plus de vie dans l'Eglise. En janvier, nous lançons des célébrations "cultes en lumière" pour redécouvrir le culte. Est-ce que ce type de célébration ne pourrait pas s'accompagner de groupes de maison qui cheminent ensemble à la suite du Christ? Des "chercheurs de Dieu", voilà ce que nous sommes tous sur terre. A nous de trouver la bonne formule pour rejoindre les gens et cheminer avec eux (par exemple la dernière initiative à laquelle je participe: l'évangile à l'écran, 1 verset, 1 message d'1 phrase par dimanche)! Alors oui, en dépit de tous les freins, rêvons ensemble !



mardi 13 novembre 2012

« Lance ton pain à la surface des eaux »


Capitaine, je l’avais déjà été au foot, sur les terrains avec le brassard (et une détermination toute « benjaminesque ») ou dans les tribunes avec le mégaphone (« capo », celui qui lance les chants). Me voici depuis ce week-end avec un autre « capitanat », celui du CBOV (Camp Biblique Œcuménique de Vaumarcus). C’est à la fois une grande fierté et un honneur que d’être le coordinateur de ce camp septantenaire, un camp qui rassemble chaque années plus de 150 campeurs de tous âges sur la colline au bord du lac de Neuchâtel.

Les clés de l’Ecclésiaste

Un camp d’une semaine, c’est beau. Mais un camp, cela se prépare. Et ce week-end, justement, nous avions le premier « week-end de prépa » pour les futurs animateurs. L’occasion de se pencher sur le livre biblique choisit cette année, de découvrir des pistes théologiques, l’occasion aussi de « faire équipe », en se rencontrant, en partageant, en choisissant enfin un titre (ce qui ne s’est pas fait sans souci).

Qohéleth, ou l’Ecclésiaste, est un livre de sagesse, pratique, qui nous interpelle sur notre vie : qu’avons-nous fait de ce don de Dieu qu’est la vie ? Un verset m’a particulièrement touché : « Lance ton pain à la surface des eaux, car à la longue tu le retrouveras » (Qo 11,1).

Pas d’effet boomerang

Lance ton pain, lance ton pain, facile à dire. Mais imaginons que nous n’ayons pas grand chose à manger, ce verset en devient…stupide ! L’Ecclésiaste (litt : le rassembleur) ne parle pas de quelque chose de superflu, non il parle de la chose la plus essentielle: le pain. Si l’on demande à Dieu de nous donner « notre pain de ce jour », est-ce pour le lancer à la surface des eaux, là où il a de grandes chances de se perdre ? Lancer notre pain, ce qui nous est essentiel, sans avoir de « retour sur investissement » (comme on aime à dire dans notre société), sans effet boomerang, cela vaut-il vraiment la peine ?

Un exemple concret: le bénévolat

Ceci dit, nous le savons bien, notre société ne pourrait pas vivre sans les personnes « qui lancent leur pain à l’eau », sans tous les bénévoles qui oeuvrent pour plus de communauté, plus d’amour, plus de lien social. En tant que pasteur, je suis bien sûr confronté aux difficultés que nous rencontrons pour recruter des bénévoles, comme dans de nombreuses associations. Qui, aujourd’hui, est prêt à donner de son temps (qui semble bien la chose la plus précieuse dans une société surchargée ou « overbookée » pour parler en bon français) ? Donner de son temps, oui, mais aussi donner de soi-même, s’impliquer, s’engager, ce qui exige une certaine fidélité dans la durée et une certaine responsabilité dans les engagements. Qui est prêt à cela ? Qui est prêt à lancer son pain à l’eau ?

Et nous alors ?

En Eglise, il est si facile de tomber dans la parole moralisante « il faut ci,  il faut cela ». Et c’est assurément un écueil à éviter. Mais ne devons-nous pas jouer la carte de la cohérence ? Si je demande à des paroissiens, des jeunes, des moins jeunes, de s’engager pour tel événements, pour tel comité, pour telle tâche, ne dois-je pas aussi donner de mon temps, donner de moi-même, pour à mon tour « lancer mon pain à l’eau » ?


C’est pour cette raison que j’ai choisi d’accepter la tâche de coordinateur de CBOV. Malgré un emploi surchargé par deux mi-temps, malgré de nombreux engagements paroissiaux, régionaux, cantonaux, œcuméniques, auprès des jeunes et des moins jeunes, malgré tout cela, je me suis engagé pour ce camp qui me tient à cœur, pour ce projet d’Eglise, pour l’unité. Car je n’oublie pas ce verset de la bouche de l’apôtre Paul : « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). Et si « lancer mon pain à l’eau », si ce geste de don de soi désintéressé pouvait contribuer une Eglise plus joyeuse?


« Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière », disait l’apôtre Paul (Rm 12,12)

mardi 23 octobre 2012

Donner de soi pour... le Christ!

(clic ici avant de commencer)

Parfois, dans ma vie de jeune ministre, je me demande pourquoi je mets tellement d'énergie dans cette vocation. Parfois non: parfois je sens au fond de mon coeur que tous les efforts, toutes les heures passées sur l'ordi à faire de l'administratif, des mails, de la pub FB, les heures passées dans les magasins, devant le budget ou dans les séances de préparation, tout cela n'est pas vain, au contraire... Quelle joie de vivre cette communion avec des jeunes qui découvrent le KT, les camps, et peut-être, pour un bout, le Christ! Joie du Christ qui abonde, qui inonde, qui féconde. Joie de se poser des questions, existentielles, autour du thème "Naître, vivre, mourir, ressusciter...?". Joie de vivre, simplement, le moment présent, d'en jouir, comme dirait l'Ecclésiaste...

De tels jours sont autant de bénédictions sur ma route de jeune pasteur, route qui est parfois quelque peu sinueuse (cela secoue un peu, et pas que dans les commentaires de mon blog). Oui, ce sont des jours bénis, car en dépit de tout ce que l'on peut dire, débattre, argumenter, attaquer, le Christ, celui qui a été relevé d'entre les morts, est bien là où deux ou trois sont rassemblés en son nom. Et cela VAUD tout l'or du monde, en particulier à VAUDmarcus...

Un camp est né!

Le camp KT 9 de Vaumarcus est donc né dimanche 14 octobre 2012, il a vécu du 14 au 19 octobre, date de sa (belle) mort. Et nous avons bon espoir qu'il ressuscite l'an prochain, toujours autour de ces thèmes à la fois parfois dérangeants, voire choquant, et à la fois si importants, qui nous touchent tous de près ou de loin. Quelle belle semaine nous avons vécue! De la naissance à la mort, avec un témoignage poignant autour de la résurrection et une célébration de "l'aube de Pâques" au petit matin (lever du jour) autour du feu, des parties sportives et ludiques aux lumineux délires dé-spot-iques, de la coupe des bunches à la délicieuse cuisine des Leumann, du cadre idyllique de Vaumarcus à la joie de la vie en communauté, etc. Oui tout cela en valait la peine et de voir les jeunes qui petit à petit s'ouvrent et se lâchent (prout), s'impliquent, réfléchissent, partagent, vivent quoi, c'est beau!

Du côté chance

La question, au fond, est la suivante: que suis-je prêt à donner de moi-même pour le Christ? Au fond, ne sommes-nous pas né "du côté chance de l'histoire", comme le dit Grand Corps Malade? Oui, mais, au fond toujours, n'est-on pas tous appelé à en faire quelque chose, de ce côté chance, dans nos vies ? Et vous, et toi, et moi, que faire de cette chance?


lundi 1 octobre 2012

Bénédiction de couples homosexuel: la controverse

Lundi, mon jour de congé. Je surfe tranquillement sur internet, quand je vois le dernier article de protestinfo, agence de presse protestante, qui annonce que le Conseil Synodal de mon Eglise, l'EERV, va proposer un projet pour des rites de bénédiction de couples homosexuels (pacsés) : http://www.protestinfo.ch/201210016226/protestants-vaudois-benir-couples-pacses. Je partage simplement l'article sur mon mur de Facebook, tout en m'abstenant de prendre position. Quelques heures plus tard, en rentrant de la déchetterie et sortant de mon bain bienfaisant, je vois les commentaires incendiaires en réaction à la dépêche, où le ton est monté très rapidement.

Du coup, je prends ma plume sur mon blog, car je réalise l'importance d'avoir un débat de fonds sur cette question, non seulement dans notre Eglise Evangélique Réformée du Canton de Vaud (EERV), mais aussi dans NOS Eglises, dans le dialogue oecuménique pour lequel je suis passablement engagé.

Une question controversée qui mérite un réél débat

Cette question de l'homosexualité en régime chrétien m'a toujours habité. Depuis cette soirée où, alors encore étudiant en théologie, j'avais réagi à une convive pour qui il était impossible d'être à la fois homosexuel et chrétien, et qui voulait prier pour leur guérison, je n'ai cessé de m'intéresser à cette problématique: vraiment, que dit la Bible au sujet de l'homosexualité? Parle-t-elle de la même réalité que la notre? En contact avec des nombreuses personnes homosexuelles, également dans l'Eglise (jeunes, couples, et même des pasteurs!), je trouve que cette question mérite un débat, réel et profond, dans lequel la position de chacun puisse être respectée, quoi qu'il arrive.

Une blessure oecuménique

Car il est évident que ce sujet est hautement controversé et demeure le principal point de blessure dans le dialogue oecuménique et la recherche de l'unité (mais n'est-ce pas aussi cela, la recherche de l'unité: accepter les différences chez les autres, même celles qui nous font mal, et continuer le dialogue pour avancer ensemble sur le chemin de l'Eglise ?). Comme je l'écrivais dans mon mémoire Quel avenir pour l'oecuménisme au XXIe siècle, l'exemple du Canton de Vaud (2009):
Plus qu’ailleurs, ces questions[de bioéthique et de sexualité] qui créent de grandes divisions semblent être insurmontables. Il est essentiel que le mouvement œcuménique puisse continuer à faire du chemin dans le dialogue et le respect de l’autre chrétien.  A ce titre, il me semble tout à fait crucial que l’autre qui se présente comme chrétien, même s’il détient une position éthique différente de la mienne, soit tout de même accueilli et reconnu comme « chrétien » dans un dialogue. Sans cela, en prétendant par exemple qu’un soi-disant chrétien qui prône l’avortement n’est pas un vrai chrétien, l’œcuménisme va à sa perte. C’est par le dialogue, la prière et la confiance en l’action de l’Esprit Saint que l’œcuménisme pourra avancer, en particulier dans cette épineuse question de l’éthique sexuelle et la bio-éthique.
Quelle homosexualité dans la Bible ?

Aujourd'hui, au risque de me mettre à dos une bonne partie de mes lecteurs, je prends ma plume pour dire courageusement ma position. Oui, malgré tout ce que l'on peut dire, je ne puis m'empêcher d'être en faveur d'une telle décision. Pour moi, la Bible (nos écritures saintes), si elle parle de violences homosexuelles, de relations "maître-esclave" où l'homosexualité (forcée, i.e. la sodomie) jouait un grand rôle (voir à ce titre L'homosexualité dans le Proche-Orient Ancien et la Bible de Thomas Römer), de manquements au niveau de l'hospitalité, ne parle pas "stricto sensu" d'AMOUR entre deux personnes du même sexe (lisons le contexte, notamment dans Sodome et Gomorrhe, qui parle d'abord d'hospitalité, en réponse à Gn 18)! Ne projetons pas notre réalité du XXIe siècle dans ces textes écrits il y a 2000 ans! La réalité de relations "homosexuelles"de l'époque ne ressemble en rien à celle que cherchent à vivre les couples gays qui veulent s'établir (je ne parle que des couples gays, non pas ceux qui cherchent des aventures, comme c'est le cas aussi chez les hétéro...).

Un amour qui peut être béni

Je suis peut-être minoritaire dans les Eglises à tenir ce discours "libéral", mais il me semble essentiel de dire que l'amour de Dieu n'est pas que pour les couples hétéro. Pour moi, pour autant qu'il soit respectueux, fidèle, durable, fécond (il y a plein d'autres fécondités que celles de l'enfantement), l'amour entre deux hommes ou deux femmes peut tout autant être béni qu'entre un homme et une femme. Le message de l'Evangile n'est-il pas pour tous? Dieu ne nous aime-t-il pas chacune et chacun, que l'on soit homo ou hétéro? Un couple gay ne peut-il pas être beau, fécond, rayonnant, tout autant (voire plus parfois) qu'un couple hétéro?

Pas un "mariage" gay ! 

Ceci dit, pour moi, le mariage garde un statut à part, et je suis tout à fait opposé à l'utilisation du terme "mariage" pour une bénédiction de couple pacés. Ce n'est pas la même chose (la diversité créatrice de la Genèse nous rappelle l'importance de cette diversité) et il convient d'être tout à fait clair là-dessus: un couple pacsé n'est pas l'équivalent d'un couple marié! Dans la même ligne, je ne suis pas non plus favorable à l'adoption pour des couples homosexuels, cela impliquerait d'autres questions anthropologiques, sociales et culturelles qui ne sont pas mures aujourd'hui (le seront-elles un jour? je n'en suis pas sûr).

Et vous? comment réagissez-vous? Peut-on être chrétien et gay? A-t-on le droit de bénir les couples homosexuels dans l'Eglise? Quelles conséquences cette décision aurait-elle?

Merci pour vos commentaires où votre ton sera, j'en suis sûr, respectueux aussi pour les autres. Nous sommes appelés à débattre dans le respect de la position de chacune et chacun. Merci de ne pas oublier que l'autre, quel qu'il soit, est comme je le disais dans mon mémoire, "Christophoros", porteur de Christ. Et comme le disait l'apôtre Paul: Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l'unité ; ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. (Phlp 2, 3-4)

PS: Merci à mon amie Danielle qui, d'Afrique du Sud, m'a aiguillé sur cet article concernant le fameux Desmond Tutu, favorable lui aussi aux couples gays: http://www.pinknews.co.uk/2012/07/20/desmond-tutu-anti-gay-laws-as-wrong-as-apartheid/




mardi 25 septembre 2012

Témoigner de l'amour de Dieu, ma vocation


Quel mois de septembre: deux week-ends de KT, une journée où j'ai aidé à former des JACKs, un dimanche avec culte et repas paroissial, et encore un culte d'ouverture des KT le week-end à venir... Le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne m'embête pas! Des rencontres, des moments forts, des "bouélées" aussi (ben oui, faut bien parfois... pour pouvoir dormir!), mais toujours la joie de vivre ce ministère.

Témoigner de ma passion

Alors aujourd'hui, justement, j'ai envie de partager avec vous un bout de ce que je vis dans mon quotidien de jeune pasteur: ma passion, le feu qui m'habite, mais aussi mes difficultés, mes doutes. Car dans notre ministère, si nous recevons la vocation, c'est avec tout notre être que nous sommes pasteurs, avec toutes nos qualités, nos défauts, nos joies et nos inquiétudes, le lâcher-prise aussi auquel nous sommes appelés, car c'est bien connu, "le parfait n'existe qu'en tube", comme disait une JACK de ma région!

Un JACK devenu pasteur

Témoigner de ma vocation, c'est précisément ce que j'ai eu la chance de faire à la formation JACK B à Crêt-Bérard. Il y a 10 ans "pile-poils", j'étais moi aussi sur les bancs du Pavillon de Crêt-Bérard pour recevoir une formation JACK B. 10 ans plus tard, me voilà pasteur, ayant reçu cet appel de Dieu à servir le Christ dans mon quotidien. Un appel que j'ai décrypté à partir de signes que j'ai relus plus tard comme autant de clins d'oeil de Dieu dans ma vie. A ce titre, j'aime beaucoup cette petite histoire (tirée de ma série préférée, The West Wing):



Car à la base, je ne voulais SURTOUT PAS être pasteur, mais journaliste sportif: la coupe du monde de foot, les matches de hockey, ce monde-là me tendait les bras. Et puis, Dieu m'a fait signe par des gens autour de moi, comme ce pasteur Camerounais venu nous parler à un camp de KT et qui initié le mouvement de notre voyage, comme cet ami qui m'a dit un jour: "Mais je vois le métier que tu cherches, qui rassemble à la fois l'écriture, la transmission et le côté social, c'est... pasteur!" Ou ce jeune il y a 10 ans lors de ma formation JACK B qui me dit: « Merci pour le recueillement, j’ai beaucoup aimé… tu sais… on aurait dit un pasteur! ». Et tant d'autres signes...

Et au fond, je me suis rendu compte que l’Eglise est ce lieu où je suis reconnu, où je peux m’épanouir, où ma jeunesse est vue comme positive. Alors, après une semaine de retraite (en silence!), j'ai repris de nouvelles études, un chemin où j'ai toujours senti la présence de Dieu.

Un pasteur heureux

Aujourd'hui, je suis un jeune pasteur heureux. Quelle JOIE de travailler dans l’Eglise, de marcher sur les traces du Ressuscité, de vivre de son amour et d’en être le vecteur... Qu'y a-t-il de plus beau comme métier que de donner de l’amour ? Partager, accompagner, vivre en communion, c’est beau! Certes, il y a aussi les côtés plus difficiles du ministère, les lourdeurs adminitratives, la colloquïte aigüe dont souffre notre Eglise, des collaboration pas toujours faciles à vivre, mais l’essentiel c’est la vie en communion: les cultes, les camps, les visites, les partages…

Un défi sacré

Et puis en tant que jeune, j'ai une chance formidable, un sacré défi (pour ne pas dire un défi sacré): construire, sans se mettre trop de pression sur les épaules, une Eglise jeune et dynamique (ce qui n'est pas toujours facile, mais avec la foi... on peut faire bouger des montagnes !). Car ce que me fait me lever, ce qui me meut (ah la vache), c'est simplement l’envie d’aimer ! Comme cette chanson de la comédie musicale "les 10 commandements" qui dit ceci:

Ce sera nous, dès demain
Ce sera nous, le chemin
Pour que l'amour
Qu'on saura se donner
Nous donne l'envie d'aimer
Ce sera nous dès ce soir
A nous de le vouloir
Faire que l'amour 
Qu'on aura partagé 
Nous donne l'envie d'aimer


Au service du Christ... avec mes fragilités!

Tous ces camps que j'ai vécus, toutes ces rencontres que j'ai faites, tous ces visages du Christ qui se sont révélés à moi, tout cet amour que j'ai reçu, oui tout ça, j'ai à coeur aujourd'hui de le retransmettre plus loin en me mettant au service, comme dans ce texte de Jn 13,12-17, si important dans ma vocation:

Après leur avoir lavé les pieds, Jésus reprit son vêtement, se remit à table et leur dit :  « Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné un exemple pour que vous agissiez comme je l'ai fait pour vous. Oui, je vous le déclare, c'est la vérité : un serviteur n'est pas plus grand que son maître et un envoyé n'est pas plus grand que celui qui l'envoie. Maintenant vous savez cela ; vous serez heureux si vous le mettez en pratique.
Aujourd'hui, je suis donc pasteur, avec tout ce que je suis, y compris avec mes fragilités, mes difficultés (la gestion de l'agenda, les lourdeurs administratives), les lieux où je suis moins bon ou moins à l’aise (services funèbres qui au début me faisaient peur, etc.). Mais la chose qui compte le plus, c'est cet Amour de Dieu pour moi, lui qui, quand j'avais 14 ans, en ado mal dans sa peau, m'a fait ressentir son amour inconditionnel dans les camps de KT ! Alors oui, aujourd'hui, c'est à mon tour d'annoncer la bonne nouvelle que je suis, que tu es aimé(e) INCONDITIONNELLEMENT de Dieu. Et Dieu que c'est beau!

Car au fond, être pasteur, c’est transmettre à d’autres quelque chose qui nous vient d’ailleurs (amour, foi, vie, espérance, etc.). Alors pour conclure, j'aimerais vous transmettre cette chanson africaine dont nous avons ré-écrit les paroles (version swing ci-dessous!!!):



Yesu azali awa
Yesu azali awa 
Yesu azali awa na biso (2x le tout)
(trad: Jésus est avec/au milieu de nous)

Ô Seigneur tu es l’amour
Qui nous sauve et nous pardonne
Dans nos vies de tous les jours
Tu rayonnes
Quand tu es à nos côtés
S’envolent toutes nos peurs
Nous voulons te célébrer ô Seigneur !

Et vous, comment témoignez-vous ?

Témoigner de ma vocation, c'est donc ce que j'ai eu la chance de faire à la formation JACK B à Crêt-Bérard. Mais au fond, n'est-ce pas là ce à quoi nous sommes tous appelés: témoigner de la Bonne Nouvelle de Dieu dans nos vies, de son amour pour nous, et ceci malgré les difficultés liées à notre société méfiante à l'égard de la religion. Témoigner sur un blog, témoigner dans la rue, témoigner sur Facebook, etc. En passant, voici deux très bons articles d'Armin Kressman sur son blog  :
- http://www.ethikos.ch/7618/une-theologie-a-la-lumiere-de-facebook-et-facebook-a-lepreuve-de-la-theologie
- http://www.ethikos.ch/7629/publier-sur-facebook-quelle-regle-de-conduite

Témoigner de Dieu? A vous, à votre tour, de prendre le relai!

vendredi 31 août 2012

C'est la rentrée... bonne nouvelle?

Pour les gens qui m'entourent, cette semaine, c'était la rentrée. La rentrée, c'est souvent une source de stress, d'insomnie, de déprime, comme le relève cet article du Matin (si, si, ça m'arrive de lire cet excellentissime "journal" d'une qualité rare) non seulement pour les familles (acheter des kilos de fourniture scolaire et fourrer d'innombrables cahiers en quelques jours, c'est sportif), mais aussi pour les jeunes travailleurs (dont je fais partie). En effet, près de 35% des actifs entre 25 et 40 ans seraient ainsi frappés par le syndrome de déprime post-vacances, dit Le Matin, avec insomnie, stress, compte-à-rebours avant les prochaines vacances, etc. Houston, we have a problem!  N'est-ce pas un signe que notre société folle de travail, société de "workoholics anonymes", est malade ?

Va-t-on dans le mur ?

De retour de voyage de noces au Kenya et Tanzanie, l'atterrissage a pour ma part également été difficile. Passer du rythme "à l'africaine" au rythme effréné de la Suisse, ça fait un choc (oh las). Et cela me laisse songeur. Confronté à ces questions pour ma prédication du dimanche suivant mon retour (sur la partie du Notre Père: "ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal"), je ne puis m'empêcher de penser que parfois notre société va dans le mur. Ainsi, dans ma prédication, je disais ceci:


Et la tentation dont parle le texte, c’est bien la tentation de se détourner de Dieu, comme c’est le cas pour beaucoup de gens dans notre société où Dieu ne semble plus aussi nécessaire que par le passé. Contrairement à l’Afrique que j’ai pu visiter, nous vivons en Occident « la fin de la peur de manquer » (Danièle Hervieux-Léger), comme le relève le pasteur Virgile Rochat dans son dernier ouvrage Le temps presse : nous sommes très majoritairement sortis d’une société de précarité pour vivre actuellement dans une société d’abondance (bien matériels, IPhone, IPod, IPad, mais aussi biens symboliques comme l’enseignement ou la culture). Et pourtant… N’y a-t-il pas un malaise, ou même un mal-être dans notre société où l’on court toujours vers la rentabilité et le rendement, quitte à s’essouffler et à ne plus savoir où l’on va? Centré sur son individu, l’être humain d’aujourd’hui, scientiste et matérialiste, n’est-il pas en train de se perdre en se croyant tout-puissant, en se prenant pour un dieu ? Seigneur, ne nous laisse pas entrer dans la tentation de nous croire plus puissants que ce que nous sommes. Seigneur, ne nous laisse pas entrer dans la tentation de nous détourner de toi.
Quelle bonne nouvelle ?

Face à cette société qui demande toujours plus aux humains, et qui est prête à le presser jusqu'à ce qu'il n'ait plus de jus, l'Evangile apporte un message de résistance. Non, le rendement et la rentabilité ne sont pas les valeurs suprêmes. Non, courir dans tous les sens ne mène pas au bonheur. Non, le faire ne doit pas toujours prendre le pas sur "ne rien faire" (et même certains disent que ne rien faire est le Royaume de Dieu). Pour preuve, ces deux passages bibliques: en Ex 20, 8-11, le Shabbat est institué justement comme jour de repos, précisément pour redire l'importance du vide, l'importance de prendre du temps pour soi et pour Dieu. Un Shabbat qui favorise le souffle de vie. Ce jour-là, il s'agit de prendre le temps de reprendre son souffle. 

Dans la même veine, l'épisode de Marthe et Marie (Lc 10, 38-42) nous rappelle l'importance de l'écoute. Face à Marthe qui tourne comme une hélice, s'affairant dans tous les coins, en dépit du stress dégagé par la situation, Marie prend le temps de s’asseoir et d’écouter la Parole de Dieu. Dans nos vies, lorsque nous vivons un grand moment de stress, prenons-nous le temps de nous asseoir et d’écouter ? Pas facile... Mais petu-être que cela nous aiderait parfois à prendre du recul...



Car au fond, la bonne nouvelle, c'est que quelle que soit notre rendement, notre rentabilité, notre efficacité, nous sommes aimés de Dieu. Sauvé par la foi seule, disait Luther. La grâce, l'amour de Dieu, n'a pas de prix. Elle est gratuite. Chose rare dans notre société. Et si cela nous aidait à faire changer les choses ici bas ? 

mardi 28 août 2012

La prédication de notre mariage (écrite par Vincent Lafargue et l'Esprit Saint)


PRÉDICATION POUR LE MARIAGE DE SARAH ET BENJAMIN

SUR LC 24, 13-35 ET "L'AMOUR EST À FAIRE" DE MICHEL QUOIST



Chère Sarah, Cher Benjamin, Chers Amis qui êtes ici aujourd'hui,

Il m'a été confié la lourde tâche de prononcer la prédication de votre mariage... Or, pour un prêtre catholique, prêcher devant un tel parterre de théologiens réformés, c'est être condamné à être moins bon... Mais essayons !

Marion nous a lu un texte magnifique de Michel Quoist, qui nous rappelle que l'Amour est un chemin. Un chemin à parcourir, inlassablement. Un Oui à se redire chaque matin, chaque midi, chaque soir, chaque nuit.
Un humoriste disait du mariage : on m'avait bien dit que je devrais supporter ce visage désormais chaque matin devant moi au petit déjeuner. Mais on m'a jamais dit qu'en plus je devrais lui parler et l'écouter !!
Oui, l'amour est chemin. Vous le savez bien, chère Sarah, cher Benjamin. Nous en avons souvent discuté.
C'est pour cette raison, entre autres, que j'ai choisi pour vous l'un des plus grands trésors de la Bible. Vous savez la Bible, chers Amis... ce livre qui prend la poussière sur une étagère chez vous... Un livre dangereux, dans ce cas : parce que c'est l'un des rares objets qui ne s'use que si l'on ne s'en sert pas.
L'histoire des pèlerins d'Emmaüs – ou des pèlerines si vous voulez le mettre au féminin mais c'est un mot qui supporte assez mal le langage épicène, ça fait tout de suite pluvieux, « pèlerine »... Cette histoire, donc, nous raconte que deux personnes sont en chemin.
D'emblée on est proche de ce que vous vivez, tous les deux.
Ils croient être seuls sur ce chemin. Et c'est ce que vivent tous les amoureux du monde à un moment ou à un autre de leur vie, souvent au début : on est seuls au monde, on se suffit à nous-mêmes, et ce pour l'éternité.
Nos deux personnages sortent d'une sale affaire. Ils sont tristes. Ils reviennent de Jérusalem, ils croyaient que ce Jésus dont on leur avait parlé se révélerait être le Messie, attendu depuis des siècles. Et puis non, ils se sont trompés.
Je me souviens, cher Benjamin, cher Sarah, qu'à votre première rencontre dont j'ai eu la joie d'être l'un des nombreux témoins avec quelques milliers d'autres personnes ce week-end là, vous sortiez tous deux d'histoires pas simples. Que vous pensiez peut-être avoir trouvé la bonne personne et puis... non, ce n'était pas la bonne.
Alors, un peu par hasard – vous savez, le nom que prend Dieu quand il agit incognito dans nos vies – vous avez pris tous deux un chemin. Celui qui mène à la colline de Taizé. Nous étions plusieurs milliers sur ce chemin, mais à votre façon, chacun, vous étiez seul. Vous veniez y chercher quelque chose. Ou quelqu'un. Et Dieu vous a rejoint au moment où vous ne l'attendiez pas. Sous la forme d'un visage que jamais plus vous n'alliez pouvoir oublier. Le visage de Sarah, pour toi Benjamin. Celui de Benjamin, pour toi, Sarah.
Sur le chemin d'Emmaüs, Jésus nous livre la plus formidable catéchèse de sa brève vie parmi nous. Il indique les sept directions essentielles que tout chrétien devrait suivre lorsqu'il se mêle – et cela nous arrive souvent – d'accompagner quelqu'un.

Revoyons ensemble ces sept attitudes du Christ... et nous verrons combien elles vous rejoignent dans votre vie à tous les deux.
D'abord, vous l'avez noté, Jésus rejoint les pèlerins d'Emmaüs sur leur chemin, là où ils en sont. C'est une tentation constante pour nous autres ministres, catéchistes, enseignants, que d'attendre que la personne vienne là où on voudrait qu'elle arrive. Jésus ne fait pas cela. Il rejoint les personnes là où elles sont, sur leur chemin, pas là où il voudrait qu'elles soient.
1ère attitude : Rejoindre l'autre là où il en est, non pas là où l'on voudrait qu'il soit.
Que fait-il ensuite ? Commence-t-il par parler comme trop souvent nous le faisons ? Non. Il commence par faire route avec eux. Il marche à leur côté, il prend la direction que les pèlerins suivaient, il va dans leur sens.

2e attitude : commencer par faire route avec la personne, avant tout. Marcher un peu, cheminer, faire un bout de vie avant de juger l'autre. L'inverse est si fréquent, pour nous ! Combien de fois, et cela m'est arrivé encore récemment, combien nous jugeons une personne avant même de l'avoir rencontrée, sur la seule foi de ce que nous en disent les gens qui comptent pour nous ? Jésus ne fait pas cela. Il commence par rencontrer l'autre là où il en est, et cheminer un peu avec lui.

Que fait-il ensuite ? Leur explique-t-il qui il est, ce qu'ils doivent croire ? Leur annonce-t-il d'emblée la Bonne Nouvelle ? Non. Il commence par les écouter. Il désire savoir ce qui voile leur visage, de quoi ils discutaient tout en cheminant. Il entre dans la réalité de l'autre avant d'y plaquer la sienne propre.
3e attitude : commencer par écouter l'autre, avant de parler soi-même. Et là aussi – je ne sais pas pour vous – mais moi en tout cas j'ai du boulot, dans ce domaine ! Il me semble que je suis tellement prompt à parler d'abord de moi avant d'écouter ce que l'autre vit, lorsque je rencontre quelqu'un. Souvent par enthousiasme, tout simplement, parce que ce que j'ai à raconter me rend joyeux. Mais si l'on commençait par écouter l'autre ? Un ami, commun à plusieurs personnes ici, commençait toujours nos rencontres, jadis, en disant « A quelle page en es-tu ? » quelle page du grand livre de la vie. C'est ce que Jésus fait avec les pèlerins d'Emmaüs.
Que se passe-t-il ensuite ? Les pèlerins racontent à Jésus ce qui les rend tristes. Ils attendaient un Messie, et voilà qu'on l'a crucifié, voilà plusieurs jours qu'il est mort. Leur espoir est envolé. Ils ont le coeur lourd.
C'est ce moment-là, et seulement celui-là, que Jésus choisit pour parler aux pèlerins de l'Ecriture. Il leur montre comment ce livre n'est pas poussiéreux, vieux de milliers d'années, mais qu'au contraire ces pages les rejoignent dans leur vie d'AUJOURD'HUI. La Bible parlait de ce Messie qui devait souffrir jusqu'à l'abandon des siens et mourir. C'est bien le Messie d'Israël. C'est bien ce que tout le monde attendait.
4e attitude : montrer que la Bible nous parle de ce que nous vivons. Elle est parole pour aujourd'hui, et non d'hier. Elle nous rejoint dans chacune de nos vies. Elle est lampe sur nos routes. Encore faut-il la lire, bien sûr, et croire qu'elle a quelque chose à nous dire dans l'aujourd'hui de nos vies.
Combien de fois sommes-nous dans le regret du passé, ou dans l'attente de l'avenir ? Pourquoi ne sommes-nous pas davantage dans le PRESENT – qui pourtant est cadeau, comme chacun sait, puisqu'il s'appelle PRESENT... Les pèlerins étaient tout entiers tournés vers le passé. Tellement aveuglés qu'ils ne voient pas le présent, qu'ils ne se rendent pas compte que c'est ce même Messie qui marche à leur côtés sur la route... Et lui, patiemment, commence par leur expliquer que les paroles de Dieu sont à prendre au présent, qu'elles viennent leur dire quelque chose de leur propre vie.
Que se passe-t-il ensuite ? Jésus leur dit-il « Allez, on va se faire une bonne bouffe pour fêter ça, je connais une terrasse sympa tout près d'ici, vous allez vous régaler ? » Non. Il fait mine de partir et ce sont les pèlerins qui le retiennent et lui propose de les accompagner dans leur resto à eux.
Se laisser inviter par l'autre, voilà qui n'est pas si simple, dans nos vies. Combien de fois voulons-nous faire découvrir un endroit, tout enthousiastes, sans prendre le temps de se laisser inviter par l'autre là où il a envie de nous emmener ?
5e attitude : se laisser inviter par l'autre, chez lui, sur son lieu de vie ou de passage. Se laisser bousculer dans nos petites habitudes. Laisser une chance à l'Esprit de souffler sur la poussière de notre confort bien installé.
Et ensuite ? Jésus se laisse-t-il inviter pour pleurer avec les pèlerins sur leur sort ? Non. Il mange avec eux, il célèbre avec eux. Chaque repas est une fête, parce qu'il est rencontre. Personnellement, je ne peux pas me réconcilier complètement avec quelqu'un si je n'ai pas partagé un repas avec lui, si je n'ai pas trinqué avec lui, partagé le sel et le pain, comme on dit chez moi dans le Pays Basque.
Toute grande fête est accompagnée d'un repas, d'une communion autour d'une table. Comme nos célébrations, d'ailleurs. Comme un mariage, aussi.
6e attitude : célébrer, fêter avec les gens. Il faut chanter la vie, danser la vie, comme dit le scribe. Pourquoi cette réplique nous fait-elle tant rire ? Et si c'était une barrière que nous dressons pour mieux nous protéger de la prise de conscience que nous ne fêtons pas assez, que nous ne chantons pas assez la vie, que nous ne la dansons pas assez ?
Enfin, 7e et dernière attitude du Christ, peut-être la plus difficile pour nous : savoir disparaître lorsque ceux que nous accompagnons sont arrivés là où on le souhaitait. Les pèlerins ont compris qu'ils avaient le Messie devant eux, et Jésus disparaît de devant leurs yeux.
Alors nos deux pèlerins comprennent que c'est à eux que revient la suite. C'est à eux deux, ensemble, d'aller désormais annoncer le Christ. Ils sont arrivés en ce lieu remplis de passé, et ils y ont découvert un présent qu'il leur reste à annoncer et dont ils doivent désormais vivre. Ils vont repartir d'Emmaüs avec quelque chose à partager.
Frère Roger disait aux jeunes réunis à Taizé - et cela a été dit également plusieurs fois à Vaumarcus : si vous venez sur cette colline juste pour le plaisir, ça ne sert à rien.Il vous faut repartir chez vous et annoncer le Christ, annoncer ce que vous avez vu ici, annoncer celui que vous y avez rencontré.
Sarah, Benjamin, un jour vous vous êtes rencontrés à Taizé. Vous êtes venus sur ce chemin plein du passé de vos vies. Le Christ vous a rejoint là où vous étiez. [faire 1 avec les doigts] Il a fait route avec vous [faire 2], il a écouté vos blessures respectives[faire 3], il vous a éclairés par sa parole et vous vous êtes sentis rejoints dans l'AUJOURD'HUI de vos vies [faire 4]. Vous avez choisi de l'inviter chez vous [faire 5], et aujourd'hui nous célébrons ensemble, avec lui, avec vous [faire 6]. Ce soir, tard, après la fête, nous disparaîtrons [faire 7]. Lui sera toujours avec vous, mais parfois sera plus discret qu'aujourd'hui. Il vous faut maintenant redescendre de la colline, repartir d'Emmaüs ou de Taizé, et c'est à deux que vous allez annoncer le Christ au monde, c'est à deux que vous allez en témoigner.
Vous croyez que le chemin de la préparation au mariage est fini ? Il commence, seulement. Comme les pèlerins d'Emmaüs ont cru un instant que tout était fini, et ont découvert qu'en fait tout commençait. dans la lumière d'un regard, dans un pain partagé, dans un coeur tout brûlant, dans un OUI qui sera à redire chaque jour, désormais, pour annoncer celui qui a dit Oui pour chacune et chacun de nous.
Alors long et beau chemin à vous !


Abbatiale de Romainmôtiers, 4 août 2012