lundi 16 avril 2012

"I have a dream": what is your dream ?

De retour d'une semaine de camp de KT dans les Cévennes, encore une fois, je n'en ressors pas indemne. La semaine, malgré le temps mitigé, fut belle, et les jeunes comme souvent touchants, beaux à leur manière, et pourtant si fragiles. De quoi sera fait leur avenir ? Comment vivre dans notre société où les places sont chères ? et quels sont nos rêves pour aujourd'hui et pour demain?

Des visages, des figures... de résistance

Le thème du camp était "vivre... la liberté", ou plutôt "la libération" et son mouvement. Vivre la libération et être protestant aujourd'hui, voilà deux beaux défis pour nous, hommes et femmes du XXIe siècle. Une semaine durant, nous avons donc revisité les grandes figures du protestantisme et leur combat:
- Martin Luther contre les indulgences des "papistes"
- Marie Durand - femme protestante emprisonnée pendant 38 ans dans la tour de Constance à Aigues-Mortes - résistant contre les catholiques lors des guerres des religions en France
- le pasteur André Trocmé et sa résistance lors de le Seconde Guerre mondiale au Chambon-sur-Lignon pour sauver des enfants juifs
- Martin Luther King et le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis
- etc. etc.

I have a dream, haranguait MLK. Un rêve qui est devenu progressivement réalité le jour où la ségrégation a pris fin, le jour où l'égalité - plus ou moins réelle - a été proclamée entre noirs et blancs, le jour où un noir est parvenu à la Maison Blanche. Un rêve dans lequel nous so

mmes, aujourd'hui. Joie de se rendre compte que l'espoir des chants gospel n'est pas resté vain, émotion profonde d'une injustice annihilée.

Quels rêves ? Quel combat ?

Et pourtant.

Et pourtant je ne puis éviter cette question: de quoi rêvent les jeunes générations d'aujourd'hui ? Quel est le combat qu'elles sont appelées à mener ? Dans la tour de Constance, là où Marie Durant a résisté de tout corps et de tout son coeur, j'ai insisté sur son combat: un combat existentiel, spirituel, où sa vie était en jeu.

Un combat existentiel, un peu comme les protestants (et tant d'autres) français face aux nazis. Je me suis souvent dit que si j'avais pu vivre en 39-45, j'aurais aimé résisté avec mes frères et soeurs juifs (mais qui sait comment j'aurais réagi, comme le dit la chanson "Si j'étais né en 17 à Leidenstadt" ?). Je me suis souvent dit que si j'avais pu vivre aux Etats-Unis dans les années 1950, j'aurais aimé résisté avec mes frères et soeurs de couleur. Si j'avais vécu en 68, j'aurais pris des pavés, si j'avais été allemand en 89 je me serais battus pour la liberté, si...

Une jeunesse sans rêve ni combat

Aujourd'hui, de quoi rêvent les jeunes? Pour quoi sont-ils prêts à se battre ? Pour le bonheur, alors que l'hédonisme gagne de plus en plus de terrain et devient le but numéro un de tout être humain ? Pour l'individu, alors que l'individualisme gagne de plus en plus de terrain dans notre société ? Notre société est devenue une société "a-onirique", sans rêve ni combat substantiel. L'écologie, l'injustice ou la pauvreté ? Honnêtement, les jeunes - et moi le premier - sont-ils prêts à changer radicalement leur consommation pour cela, par exemple en changeant d'Iphone et de technologie ? Pas sûr.

Alors certes, nous avons de la chance de vivre dans un pays prospère, en paix, où règne la justice et la démocratie. Certes. Mais pour notre jeunesse, qui passe ses semaines sur Facebook à déprimer des études et du travail d'une part et à se réjouir des week-ends et des vacances (loisirs et beuveries) d'autre part, quel avenir et quelle place dans notre société? Notre jeunesse n'aurait-elle pas cruellement besoin d'un combat qui l'unifie, un combat existentiel, spirituel, où les valeurs notamment chrétiennes seraient au centre ?

What we obtain too cheap, we esteem too lightly: 'tis dearness only that gives everything its value. Heaven knows how to put a proper price upon its goods; and it would be strange indeed if so celestial an article as FREEDOM should not be highly rated.”
― Thomas Paine, The American Crisis

Dimanche, les présidentielles en France mettront au centre la question de nos valeurs: pour quoi êtes-vous prêt à vous battre? Se battre pour ce qui nous est cher, se battre pour la libération, se battre pour la Vie. Pour continuer à rêver, à espérer, ensemble, jeunes et vieux.
Car ma vocation, c'est d'accompagner ces jeunes où qu'ils en soient, quoi qu'ils fassent, et de leur redire l'amour de Dieu pour eux. Mais comment le leur redire au milieu d'une cacophonie post-moderne où tout est asceptisé ?

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