mardi 13 novembre 2012

« Lance ton pain à la surface des eaux »


Capitaine, je l’avais déjà été au foot, sur les terrains avec le brassard (et une détermination toute « benjaminesque ») ou dans les tribunes avec le mégaphone (« capo », celui qui lance les chants). Me voici depuis ce week-end avec un autre « capitanat », celui du CBOV (Camp Biblique Œcuménique de Vaumarcus). C’est à la fois une grande fierté et un honneur que d’être le coordinateur de ce camp septantenaire, un camp qui rassemble chaque années plus de 150 campeurs de tous âges sur la colline au bord du lac de Neuchâtel.

Les clés de l’Ecclésiaste

Un camp d’une semaine, c’est beau. Mais un camp, cela se prépare. Et ce week-end, justement, nous avions le premier « week-end de prépa » pour les futurs animateurs. L’occasion de se pencher sur le livre biblique choisit cette année, de découvrir des pistes théologiques, l’occasion aussi de « faire équipe », en se rencontrant, en partageant, en choisissant enfin un titre (ce qui ne s’est pas fait sans souci).

Qohéleth, ou l’Ecclésiaste, est un livre de sagesse, pratique, qui nous interpelle sur notre vie : qu’avons-nous fait de ce don de Dieu qu’est la vie ? Un verset m’a particulièrement touché : « Lance ton pain à la surface des eaux, car à la longue tu le retrouveras » (Qo 11,1).

Pas d’effet boomerang

Lance ton pain, lance ton pain, facile à dire. Mais imaginons que nous n’ayons pas grand chose à manger, ce verset en devient…stupide ! L’Ecclésiaste (litt : le rassembleur) ne parle pas de quelque chose de superflu, non il parle de la chose la plus essentielle: le pain. Si l’on demande à Dieu de nous donner « notre pain de ce jour », est-ce pour le lancer à la surface des eaux, là où il a de grandes chances de se perdre ? Lancer notre pain, ce qui nous est essentiel, sans avoir de « retour sur investissement » (comme on aime à dire dans notre société), sans effet boomerang, cela vaut-il vraiment la peine ?

Un exemple concret: le bénévolat

Ceci dit, nous le savons bien, notre société ne pourrait pas vivre sans les personnes « qui lancent leur pain à l’eau », sans tous les bénévoles qui oeuvrent pour plus de communauté, plus d’amour, plus de lien social. En tant que pasteur, je suis bien sûr confronté aux difficultés que nous rencontrons pour recruter des bénévoles, comme dans de nombreuses associations. Qui, aujourd’hui, est prêt à donner de son temps (qui semble bien la chose la plus précieuse dans une société surchargée ou « overbookée » pour parler en bon français) ? Donner de son temps, oui, mais aussi donner de soi-même, s’impliquer, s’engager, ce qui exige une certaine fidélité dans la durée et une certaine responsabilité dans les engagements. Qui est prêt à cela ? Qui est prêt à lancer son pain à l’eau ?

Et nous alors ?

En Eglise, il est si facile de tomber dans la parole moralisante « il faut ci,  il faut cela ». Et c’est assurément un écueil à éviter. Mais ne devons-nous pas jouer la carte de la cohérence ? Si je demande à des paroissiens, des jeunes, des moins jeunes, de s’engager pour tel événements, pour tel comité, pour telle tâche, ne dois-je pas aussi donner de mon temps, donner de moi-même, pour à mon tour « lancer mon pain à l’eau » ?


C’est pour cette raison que j’ai choisi d’accepter la tâche de coordinateur de CBOV. Malgré un emploi surchargé par deux mi-temps, malgré de nombreux engagements paroissiaux, régionaux, cantonaux, œcuméniques, auprès des jeunes et des moins jeunes, malgré tout cela, je me suis engagé pour ce camp qui me tient à cœur, pour ce projet d’Eglise, pour l’unité. Car je n’oublie pas ce verset de la bouche de l’apôtre Paul : « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). Et si « lancer mon pain à l’eau », si ce geste de don de soi désintéressé pouvait contribuer une Eglise plus joyeuse?


« Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière », disait l’apôtre Paul (Rm 12,12)

2 commentaires:

  1. Marrant quand même comme les deux derniers articles se répondent... ;-)

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  2. Merci Capitaine... Tiens bon la vague et tiens bon le flot ! Rm 12,12 est une excellente feuille de route que j'ai faite mienne depuis deux ans et 5 mois exactement aujourd'hui. Bon vent !

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