jeudi 14 février 2013

La guérison au coeur de nos vies

"Heureux les doux : ils auront la terre en partage." (Mt 5,4)

Cette semaine, deux événements me poussent à écrire un article sur mon blog: d'abord une journée de catéchisme à l'institut de Lavigny (personnes en situation de handicap) samedi et une conférence de Daniel Marguerat intitulée "Salut et bien-être : comment être l’Eglise du Christ thérapeute ?" aujourd'hui à l'uni. Tout cela me pousse à penser à la guérison, non seulement physique, mais aussi spirituelle, morale, relationnelle. N'est-elle pas à mettre au coeur de nos vies?

Une journée à Lavigny: la violence de la confrontation entre deux mondes

Avec Armin Kressmann (qui évoque brièvement la journée sur son blog: http://www.ethikos.ch/7968/une-journee-de-catechisme-a-linstitution-de-lavigny), nous avons accompagné ces catéchumènes dans la rencontre de l'autre, différent, et en situation de handicap. Il faut dire que vivre une journée avec des personnes en situation de handicap n'est jamais aisée ni à organiser, ni à vivre. Spontanéité et flexibilité sont des maîtres-mots. Deux mondes se rencontrent, celui des catéchumènes et celui des résidents. Qui est handicapé et qui ne l'est pas? Il n'est pas aisé de le dire, tellement il est difficile pour les jeunes de créer un contact avec les résidents. C'est un choc entre deux mondes qui peut parfois être assez violent. Mais au fil de la journée, par les transports, par un culte en commun, des brèches sont ouvertes. Chacun se découvre handicapé, chacun découvre des obstacles dans sa vie. Et si une possible guérison se trouvait dans la relation? « Au début de la journée, j’avais de la peine, avouera une jeune en fin de journée, mais après je me suis imaginé que si c’était moi, cela me ferait du bien que les gens qui s’occupent de moi soient sympa avec moi… »

Face à l'aveugle-né (Jn 9), Jésus, comme souvent face aux malade, prend pitié, pris aux entrailles. Face au mal dont nous ignorons l'origine ("qui a péché? est-ce lui, est-ce ses parents?" demandent les disciples), Jésus récuse l’individualisation de la faute face à la maladie de l’individu. La souffrance, ce «  gémissement de la création » (Rm 8,22), demande juste un regard de compassion. Et une parole qui peut transformer.

Des paroles qui transforment en changeant le regard sur soi


Car la parole, comme le souligne Daniel Marguerat, est performatrice dans la vision du monde hébraïque. L'exemple des Béatitudes est parlant: celles-ci sont en fait des paroles agissantes en vue d'une "subversion requise dans le regard porté sur la situation". En fait, elles sont l'annonce d’un bonheur présent et l'appel l’humain à réévaluer sa situation. Quand nous lisons "heureux les doux", Matthieu parle en fait des personnes fragiles (en situation de fragilité)! Comment ne pas penser aux personnes en situation de handicap? Heureux sont-ils, car ils auront la terre en partage! Oui c'est ici la force d’une parole qui change le regard, d'une parole performative/transformatrice qui engage la personne à porter sur elle le regard que Dieu porte sur sa situation. Dans les situations de handicap également, la parole que nous pouvons apporter en tant qu'humain vise à guérir du fatalisme en montrant la dignité, la valeur, la force, la grandeur de ces personnes… Offrir une parole - ou un chant - qui crée la relation, voilà le coeur de la guérison.

La guérison comme signe de résurrection

Pour moi aussi, dans mon ministère, dans ma vie, la guérison est un signe d'espérance concret. Guérir par le pardon, guérir par la considération et l'encouragement, guérir par un geste de relèvement, comme tous ces signes que je reçois jour après jour dans mon ministère. C'est le sens même de la résurrection de Jésus: Dieu relève après le geste mortifère des humains, après la croix, la souffrance à l'état pur.

Alors ne croyons pas que la résurrection est un bel événement limité à l'an 30, mais c'est un message pour aujourd'hui! Oui la résurrection, nous avons besoin d’en repérer les traces dans le présent! Comment l'agir du Ressuscité se manifeste-t-il dans le relèvement d’hommes et de femmes autour de moi qui rencontrent des obstacles (des pierres d'achoppement), qui vivent des handicaps (lourds ou légers)?  Comment la résurrection est signe de guérison dans nos vies face aux obstacles que nous rencontrons?

Au fond, les hébreux le pensaient déjà, la guérison vise l'entier de la personne, et non seulement le physique ou le psychique. Une guérison spirituelle, sociale, relationnelle à vivre chaque jour. Pour vous aussi ?

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