jeudi 25 décembre 2014

Noël ensemble à la radio

Malgré tout ce que l'on dit sur le monde dans lequel nous vivons, malgré la course aux cadeaux - qui dans mon entourage s'est un peu calmée... avant de reprendre de plus belle pour mon fils Elie e 10 mois -, malgré les tensions qui peuvent apparaître lors des repas familiaux ou les absents qui se font ressentir de manière plus forte encore, Noël reste une fête magnifique. Lumineuse. Ou quand les couleurs de Dieu se mêlent à celles des humains...


Alors dans la foulée du billet de Jacques-Andre Haury qui nous exhorte à cesser de se lamenter sur Noël, j'aimerais partager avec vous ma joie, celle de la venue de Celui qui est la vraie Lumière. Gloria, gloria, in excellais deo, Alléluia!

Noël spécial cette année

Cette année, Noël fut un peu spécial pour deux raisons. D'abord parce qu'avec un fils de 10 mois qui vivait son premier Noël, cela change tout. Nous retrouvons l'émerveillement de son enfance, en partie en tout cas. Je n'oublierai pas son regard fixé sur les bougies du sapin, comme hypnotisé... et sa joie toute communicative avec son xylophone en bois reçu de sa grand-mère! 


La seconde raison, c'est que nous célébrions, mon collègue Spot et moi, les cultes du 24 et 25 décembre à Lutry, dans sa longue tradition de jeu scénique, avec en plus le 24 (déc) à 23 (h) un culte de longue veille retransmis sur la RTS. Une belle aventure mais qui, pour un genre littéraire si complexe, s'est révélé bien entendu très ardue, notamment pour la question du timing. A chaque répétition, on nous disait "vous êtes trop long, faut encore raboter un peu". Au final, évidemment, nous étions un peu short, ce qui nous a permis de chanter 2x les 4 strophes du cantique final pour permettre la sortie avec la désannonce du journaliste. ;-) 

Le podcast du culte


Au-delà de l'anecdote, ce fut une belle aventure en paroisse, mais aussi en famille, puisque Sylvain et Alice avaient accepté de jouer dans cette pièce, dont le rôle principal pour mon "petit" frère. Une joie de le voir ainsi, jouer et transmettre des émotions. D'ailleurs un paroissien me hèle à la sorte en me disant: "C'est votre frère? Mais vous avez des talents d'acteur dans la famille..." En lien avec cela, cette expérience a fait aussi ressurgir toute une réflexion que j'aimerais mener - un jour - sur pastorat et théâtre, sur célébrant et acteur. Tout un programme...

Bref, je rends grâce à Dieu pour cette expérience et pour cette année 2014 qui s'achève: quelle année ce fut ! Tellement de joies, de rencontres, de moments de partage. Merci d'avoir croisé ma route cette année et que Dieu vous garde jusqu'à notre prochaine rencontre...

May the road rise up to meet you.
May the wind be always at your back.
May the sun shine warm upon your face;
the rains fall soft upon your fields 
and until we meet again, 
may God hold you in the palm of His hand. 

Et un Joyeux Noël à tous, avec nouvelles technologies* ou pas ! ;-)


* Vidéo de Noël 2.0 à voir absolument ci-dessous:


samedi 20 décembre 2014

Recevoir la promesse (prédication de l'Avent IV)

Textes bibliques
- Gn 18, 1-2 et 6-15
- Luc 1, 26-38

Chers frères et sœurs en Christ,

Noël c’est demain, ou presque, et un peu partout vous voyez des publicités qui promettent monts et merveilles. La lessive, ou le dentifrice qui lavent plus blanc (lancer un dentifrice et un paquet de chewing-gum),  internet au plus haut débit que partout ailleurs (lancer le prospectus), le domaine skiable des 128 vallées du soleil qui offre le plus grand domaine skiable avec, comme son nom l’indique, de la neige et du soleil (actuellement c’est pas gagné) (jeter ma carte de ski), la crème anti-ride qui ne déride pas (jeter la crème), le gel douche qui permettra de séduire cette belle femme assise au bar (jet l’AXE), la boisson sucrée qui t’ouvre au bonheur (avec son slogan « Ouvre un coca-cola, ouvre du bonheur »), ou te promet qu’il n’y a pas de sucre (en évitant de te dire toutes les autres cochonneries qu’il y a dedans) (jeter le coca zéro), etc. etc. Que de promesses vides ! D’ailleurs serions-nous au temps de « L'évangile du Coca-Cola », comme le titrait l’édito du journal REFORMES cette semaine ? N’y a-t-il plus que la consommation et le rendement immédiats qui comptent ? Qu’avons-nous fait des promesses ? Ont-elles été vidées de leur sens ? Pourtant lors de mariage ou de baptême comme ce matin, on prend des engagements, on promet encore. Mais nous le voyons dans la société, c’est difficile de s’engager, de promettre.

Mais ce matin, c’est Dieu qui nous offre sa promesse à travers les deux textes bibliques que nous venons d’entendre. Et c’est une bonne nouvelle surprenante, un évangile renversant, qui vient précisément renverser nos attentes, et nous prendre par surprise !  La première promesse qui nous est adressée, c’est celle de la fécondité. Pour Sara (et Abraham qui passe au second plan pour une fois), c’est avoir enfin un enfant, malgré son âge avancé. Et on peut avoir une petite pensée pour tous les couples qui espèrent tant un enfant qui ne vient pas… Mais Dieu nous promet que malgré les stérilités de nos vies – et il y en a des voies sans issue dans nos existences ! – malgré tout ce qui est stérile, sans fruit, sans vie, Il nous donnera la fécondité dont nous avons besoin. Quelle promesse !

La seconde promesse qui nous est adressée en ce matin de l’Annonciation, c’est celle que Dieu sera avec nous « jusqu’à la fin des jours » comme je l’ai dit dans la liturgie de baptême.  L’Emmanuel, littéralement « Dieu avec nous » que nous venons de chanter, c’est Dieu qui se fait homme, s’incarnant à Noël dans la fragilité humaine pour venir nous rejoindre dans nos fragilités et se faire proche de nous ! Ainsi c’est cette promesse de sa présence que nous recevons avec cette annonce de l’ange Gabriel à Marie. Peut-être encombrés par tous les cadeaux sous le sapin avons-nous oublié que Noël c’est d’abord la fête de ce Dieu qui se rapproche de nous pour nous dire son amour et pour nous dire sa promesse qu’il sera avec nous jusqu’à la fin des temps.

Maintenant que nous avons entendu ces deux promesses de fécondité et de présence de Dieu, la question est « comment les accueillons-nous ? » Car il n’est pas toujours facile de recevoir une promesse ! Prenons l’exemple de Sara et Marie, nos deux mères dans la foi, dans les textes que nous avons entendus. Pour la première, cette promesse est incroyable au sens premier du terme, elle n’arrive pas à y croire ! Son rire, au-delà du jeu de mot en hébreu qui explique le prénom de son futur fils Isaac, dénote l’incrédulité de Sara : c’est trop incroyable, à son âge ! Incroyable et inespéré, car après avoir tant essayé de hâter l’accomplissement de la promesse dans les chapitres précédant, elle avait laissé tombé. Cette histoire nous rappelle, devant la promesse, l’importance de la patience que notre société a peut-être un peu oublié.


Pour Marie, ce texte est comme un récit de vocation. L’ange l’interpelle, elle refuse (comment serait-ce possible ?), puis prend du recul, cherchant à pénétrer le mystère de cette révélation inattendue. Enfin dans un 3e temps, elle accepte, avec confiance et humilité. Contrairement à l’image que la tradition a pu faire d’elle, ce n’est pas une « superwoman » de la foi,  sa foi n’est pas parfaite, car son chemin passe aussi par le doute. Finalement, elle reçoit humblement la promesse qui ouvre sa vocation personnelle, son appel, au fond qui ouvre une nouvelle vie, de service et d’amour.

Et nous, comment recevons-nous ces promesses de Dieu pour nous, promesses de fécondité pour nos vies et de sa Présence sur notre chemin ? (silence) Pas facile de les recevoir, justement. Comment ne pas tomber dans le rire incrédule de Sara (« c’est trop incroyable, c’est pas possible ! », un peu comme ce que l’on se dirait avec une publicité mensongère) ? Comment ne pas objecter à l’instar de Marie : « comment serait-ce possible que Dieu soit à mes côtés toute ma vie ? Dieu, je ne le vois pas… » ? Oui recevoir ces promesses, c’est un sacré défi, pour ne pas dire un défi sacré…

Et pourtant, les anges, les messagers de Dieu – d’ailleurs n’avez-vous jamais rencontré une personne qui vous a dit une chose au bon moment ? – ces anges nous le répètent : « n’aie pas peur ! Vis avec confiance de ces promesses ! » Et la promesse de Dieu se réalisera un jour, probablement pas comme on se l’était imaginé, mais de manière détournée, renversée. N’aie pas peur et vis avec confiance de ces promesses, comme nous redit ce signe du baptême, signe de la promesse de la présence de Dieu pour nous (notamment au travers des engagements des parents et parrain/ marraine). N’aie pas peur et vis avec confiance de ces promesses! Ce qui nous apparaît comme des stérilités dans nos vies (peut-être la vieillesse ? des situations bloquées ? d’autres choses ?), eh bien elles ne le sont peut-être pas pour toujours…

Ce matin je vous invite donc, à la suite de nos mères dans la foi que sont Sara et Marie, à la confiance d’une part, et à faire quelque chose de ces promesses : les recevoir mais ne pas oublier que pour Marie, cette promesse ouvre sa vocation de service. Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres pour agir dans notre monde, alors faisons-en qqch de bon ! Un peu comme le baptême qui, s’il n’est pas arrosé par l’amour, la prière, l’enseignement, ne donnera pas de fruit, eh bien ces promesses ne doivent pas rester sans lendemain, sinon elle mourront.

Alors en conclusion, je vous invite à penser à ces deux promesses. : Et si cette année, vous faisiez qqch de ces promesses (pour ouvrir votre vocation qui vous est propre), afin qu’il y ait un Avent et un après ? Par exemple : comment  puis-je favoriser la fécondité autour de moi, dans les relations, les projets ? comment puis-je relayer la présence de Dieu auprès de ceux autour de moi qui en ont besoin, comment leur apporter cette lumière ? (silence)



Car maintenant que j’ai jeté tous les objets symbolisant les promesses illusoires de la publicité (et donc de notre société de consommation), voici un objet qui symbolise cette promesse que nous recevons ce matin de la part de Dieu: une bougie… éteinte. Lors du baptême, le ou la baptisée reçoit une bougie pour symboliser ce passage à une vie nouvelle et ce matin j’avais envie de vous offrir à tous une petite bougie, mais éteinte celle-là, bougie qui symbolise cette promesse de vie nouvelle qui va commencer à Noël avec la venue de ce « Dieu avec nous ». Avec cette bougie, c’est la promesse de Dieu que vous recevez. Ainsi vous pourrez l’allumer à Noël quand vous vous souviendrez que la promesse s’est réalisée… Une bougie, symbole de lumière et de chaleur, symbole de fécondité, de vie, et de présence de Dieu. Une bougie comme une promesse à réaliser, à allumer. Mais là encore, Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres…

Amen.

Prédication prononcée le dimanche 21 décembre 2014 à Lutry 
(baptême d'Alexia Fauchon Mercier)

dimanche 7 décembre 2014

En Avent, prenons le temps... et cultivons le peu contre le trop !

L'Avent est une période qui file à toute vitesse. En Avent toute ! Bien souvent, elle rime aussi avec "pas le temps". Prendre le temps pour méditer, pour prier, pour lire. Juste de prendre 5' par jour pour prendre du recul, c'est important. L'Avent c'est quoi ? une petite vidéo bien faite nous le rappelle en 2' (en anglais): https://www.youtube.com/watch?v=S02KOlw7dlA.

Aujourd'hui je vous propose 5 pistes (rien que ça...) pour prendre le temps pour cette période de l'Avent:
- l'Evangile à l'Ecran qui propose chaque jour un verset biblique du jour et une piste de réflexion en lien (avec une action spéciale avec 26 invités pour cette période)
- le blog http://aventenvers.blogspot.ch qui propose de vivre l'Avent en poésie avec chaque jour un texte différent
- un autre blog http://dufonddemapensee.blogspot.ch, celui d'une étudiante en théol, qui amène chaque jour un petit commentaire: magnifiquement bien écrit!
- le site internet http://www.avent-autrement.ch qui propose chaque jour un verset biblique, une prière simple et une activité à faire, seul ou en famille !
- la prédication dialoguée qui a été prononcée hier dimanche au culte en lumière à Corsy en lien avec un action solidaire en faveur de la pasto de la rue à Lausanne: en cette période d'Avent, cultivons le peu contre le trop !

Bel Avent à chacune et à chacun !

CEL 7 décembre 2014 – prédication dialoguée (Ex 3,4-5) : 
« Cultiver le peu contre le trop »

Benjamin se pointe avec un bonnet de Noël publicitaire...
BC      Salut Claire-Do !
CDR   Ah non, pas toi !
BC      Comment ça tu parles « pas toi » ? tu es patoisanne ? « L'è binstoû Tsalande! Lè patiet dzà dèso lo sapalla. Trâo bin! »
CDR   Non, pas toi ! Tu vas pas me dire qu’à l’approche de Noël, tu te laisses faire par cette société productiviste matérialiste surconsumériste et même « père noëliste » comme dirait ma fille !
BC      Quelle triste liste catastrophiste de mots en « –iste », pire que chez le dentiste unijambiste cannibaliste ! Mais sérieusement, qu’est-ce que tu veux y faire ? c’est comme ça, on peut pas changer la société, Madame la révolutionnaire !
CDR   Mais je ne te parle de tout changer. Juste de faire différemment. En tant que chrétien, nous sommes invités à porter un autre regard sur notre société.
BC      Et agir autrement, c’est ça ?
CDR   Exactement. Aujourd’hui, à l’heure du trop plein…
BC      (la coupe) ah ouais le « trop plein », je vois ce que tu veux dire : la soupe est pleine !
CDR   La COUPE est pleine !
BC      Oui ! (partir à gauche) Moi me balader dans ces magasins à Noël, ça m’écœure. Quand tu penses que y a des gens qui crèchent dans la rue alors que nous, parce qu’il y a eu trois guelus qui ont apporté des cadeaux à Jésus dans sa crèche, on fait la courses aux cadeaux… « Qu’est-ce que je pourrais bien pouvoir lui offrir ? Oh j’ai pas d’idée, allez hop, j’achète un truc inutile… »
CDR   Peut-être que justement, en cette période de trop plein de cadeaux, mais aussi de repas gargantuesques, de fêtes bien arrosées, etc., eh bien il convient de se mettre à l’écoute de la parole.
BC      Qui nous dit quoi ? (se rapproche)
CDR   Comme à Moïse, elle nous dit d’enlever nos sandales…
BC      Ah ouais. Mais bon, tu vois, moi les sandales ça me parle pas trop (c’est pas contre toi Pilou), surtout quand on est en hiver et qu’il faut mettre des chaussettes.
CDR   « Les vraies rencontres surviennent dans la soustraction », comme disait Francine Carillo. Pour vivre une rencontre, il faut se désencombrer…
BC      (au centre) « Se désencombrer », ça me fait penser au jeûne. Pas les jeunes ceux qui sont pas vieux, mais la semaine que je passe pendant le carême à jeûner, vivre une semaine sans nourriture matérielle. C’est une sacrée expérience qui me fait toujours du bien : je me vide du superficiel (ce qui a trait à notre société « productiviste matérialiste surconsumériste », comme tu disais tout à l’heure) pour me centrer sur l’Essentiel dans ma vie : la présence de Dieu à mes côtés. J’en avais même parlé dans mon mémoire sur l’unité des chrétiens, citant l’hymne de Philippiens 2 où Paul rappelle que le Christ « s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur… » (2,5-7) Dépouillé, ekenosen en grec, littéralement se vider. Vivre la kénose…
CDR   La quoi ?
BC      La KENOSE (oui je sais c’est un mot compliqué, mais au moins tu pourras le placer dans des cocktails de Noël): la kénose, donc, c’est le fait de se dépouiller, se vider des choses en trop… Dans mon travail de mémoire j’avais écrit que la kénose signifie « le dépouillement de ce qui est de l’ordre du péché pour faire de la place à l’autre et à Dieu, pour re-trouver ce qui est de l’ordre de la Vérité ». 
CDR   Ainsi pour retrouver la Vérité, pour vivre une rencontre vraie, il faut se dépouiller… comme Moïse !
BC      Oui je comprends mieux maintenant ! Quand Moïse entend « N’approche pas d’ici ! Retire de tes pieds tes sandales, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. », ce n’est pas seulement pour signifier qu’il entre dans un lieu sacré, comme on le faisait dans le temple à Jérusalem à l’époque…
CDR   mais c’est aussi et surtout une façon d’appréhender la rencontre ! Si je viens les mains pleines, je ne peux pas recevoir. Si l’on se désencombre, ainsi seulement on peut recevoir le Saint Esprit qui vient nous remplir de sa présence ! Dans une société du trop plein, trop bruyante, qui court tout le temps, comment recevoir la présence du Christ ? (s’assied)
BC      Il faut prendre le temps, par exemple celui du silence, du calme, de la prière, pour faire le vide… (s’assied et prend un temps de silence)
CDR   Francine Carillo dit encore « Ceux qui travaillent à se désencombrer de tout ce qui les retient au pays de l’étroitesse, à commencer par la voracité de leur moi, ceux-là sont en route vers la terre promise, dite « bonne et large », parce qu’on y respirer le Souffle dont on ne sait ni d’où il vient, ni où il va. »

CDR   (mouvement de rapprochement vers l’assemblée) En ce 2e dimanche de l’Avent, nous vous avons invités à apporter de la nourriture pour ceux qui sont dans la rue, à Lausanne et qui en bénéficieront par la Pastorale de rue.
BC      Merci, c’est vivre l’Evangile que de poser des gestes de solidarité envers ceux qui sont dans la précarité en se rappelant que Jésus lui aussi est né dans la précarité…
CDR   Et pour les semaines à venir, nous vous invitons…
BC      Pour nourrir votre attente…
CDR   A élaguer ce qui vous alourdit, « choisir l’Unique nécessaire qui nous donne de savourer la profondeur de la vie ».
BC      En bref, pour utiliser un mot compliqué, à vivre une « kénose », à vous dépouiller (jette son bonnet)
CDR   Pour vous préparer à Noël
BC      Pour aller à la rencontre avec Celui qui vient et qui est la vraie Lumière.
CDR   Ensemble, pour notre route vers Noël…
BC+CDR            Cultivons le peu contre le trop plein !

AMEN


lundi 27 octobre 2014

Un matin de résurrection à Vaumarcus

Parfois dans le ministère, il faut simplement vivre le moment. Le KAIROS, moment opportun qui se présente à nous. Purement et simplement.

Je l'ai vécu en camp de KT la semaine passée à Vaumarcus. Un camp qui commence à être bien rodé, sur un thème fort: "naître, vivre, mourir, ressusciter...?". Faire une place aux questions existentielles pour ces jeunes qui n'ont pas le temps de se les poser, parler de la mort dans notre société où celle-ci est devenue taboue (TA boue !), et partager avec les jeunes notre espérance chrétienne de la résurrection! On est vraiment au coeur de la vie...

Un matin de résurrection

Et pour parler de la résurrection, justement, nous essayons de vivre un matin de résurrection nous avons l'habitude de nous déplacer dans un refuge pour entendre un témoignage de "résurrection" personnelle puis nous allons vivre une célébration "pascale" autour du feu de la résurrection devant lequel nous déposons symboliquement nos cailloux, nos poids, et dans lequel nous brulons notre lettre à la mort que nous avions écrite le jour d'avant. Comme sur cette belle photo de 2012, le feu nous rappelle la lumière de Dieu dans nos obscurités et l'espérance de la résurrection par le jour même qui se lève, comme dans ce refrain de Genèse 1: "il y eut un soir, il y eut un matin, Xe jour"...

Un témoignage poignant qui se termine en joie pascale

Cette année, j'avais encore invité mon frère catholique Vincent pour nous témoigner de sa résurrection personnelle, moment qui est un peu le point d'orgue du camp. EN deux mots (écouter le podcast de l'émissions religieuse "A vue d'Esprit" de la RTS ici pour plus d'infos) Vincent a vécu une expérience de mort imminente qui l'a fait changer de vie, lui qui vivait à 200 km/h et qui était en colère contre Dieu. Une seconde vie qu'il met à profit des autres en étant devenu prêtre et en s'engageant pour 1000 projets (voir son site internet), bravo! Il a su transmettre sa foi et ses valeurs, sa façon de lire les signes de Dieu aussi, et cela a beaucoup touché les catéchumènes...

Puis, après ce beau temps de témoignage, nous devions aller autour du feu pour célébrer ensemble, mais...

Mais manque de bol, trop de vent, trop de pluie, nous ont empêchés de faire ce feu. Nous sommes donc allés déposer, que dis-je lancer, les cailloux (nos poids) dans la forêt. Et là, avec le seul flambeau qui me restait dans mon matos de camp, j'ai eu envie de célébrer, là dans la forêt! Après avoir proclamé la résurrection, nous avons donc commencé à chanter! Chanter, oui, mais il fallait brûler les lettres à la mort que nous avions écrites... Nous sommes donc repartis vers le refuge (et son poêle) en chantant ("une flaaaaaaamme en moaaaaaa..."). Les JACKs ont rapidement commencé à chanter "Toi qui disposes" (version gospel), et en arrivant au refuge, à la mode gospelienne (ou quand mon passé de "capo" de supporter de foot refait surface ;-), avec un soliste et la foule qui lui répond, nous avons chanté dans un délire aussi inattendu qu'approprié. Jugez plutôt.



Un délire approprié

Approprié, oui, car à Pâques, nous fêtons la résurrection, comme cette nuit-là nous avons fêté la résurrection avec cette joie délirante, pascale en somme. C'est cette espérance, cette joie, cette lumière qui nous fait avancer dans notre vie qui parfois peut sembler bien sombre. Et ça fait du bien!

Oser se laisser bousculer

Cette "aventure" me rappelle combien il est important dans nos vies de saisir le moment qui nous est donné. Parfois, cela nous emmène loin de tout ce que nous avions prévu à la base. Mais dans notre société où nous avons tout le temps besoin de tout maîtriser, cela ne nous fait-il pas du bien d'oser se laisser bousculer ?

dimanche 12 octobre 2014

Prédication narrative : " Dieu m’appelle..."

Jérémie 1,4-10

Matthieu 4, 18-22

Prédication

Résumé: Jéré rencontre son ami Jack au pub. Il est à la bourre. Jéré lui parle de son expérience hors du commun au saut du lit. Jack lui parle de cet homme qui a appelé son frère et ses amis pêcheurs.

Purée, mais c’est pas possible.  J’y crois pas. Pas à moi, ah non pas ça… Pardon, vous pouvez me pincer pour que je vérifie ? Aïe… Oh non, c’est pas rêve. Oh purée… Vous avez l’heure ? quoi, déjà ? Oh non, je suis encore à la bourre pour aller prendre l’apéro avec ce brave Jack. Le pauvre, il doit m’attendre impatiemment au café des amis. Rha… Faut qu’j’me grouille...

Salut mon pote Jack avec qui je touche… le Jack pote ! Mouarf, c’est pas la première fois qu’on te la fait, hein ! Check man (pam pam tchiii). Tu as déjà pris un verre, d’après ce que je peux voir. Allez, tchin, à la tienne ! Aaaaah, ça passe bien… Si j’vais bien ? Alors ça, tu pouvais pas poser une question plus pertinente. Ecoute, mon pote, faut que j’te cause d’un truc qui m’est arrivé c’matin au réveil. Un truc de ouf, j’te jure sur la tête de ma meuf et de ses chères bottes de pluie jaunes. J’ai cru que j’avais halluciné, mais non c’était vrai. T’sais quoi, mec ? C’ matin, y a Dieu qui m’a causé, à moi, petit Jérémie de rien du tout. J’te jure, c’est malade. Ouais, comme tu dis, trop grave hallucinant, quoi. Quoi ? toi aussi il t’est arrivé un truc de fou ? attends, attends, je raconte d’abord, pis après toi, ok mec ?

Alors ce matin j’étais peinard dans mon pieux, à me glandouiller tranquillos en profitant de la grasse mat’ du dimanche pour jouer sur mon tout dernier Niphone 6, quand tout à coup, j’sais pas pourquoi, j’ai eu envie de prier. Ouais mon Jack, ça va te paraître malade, mais j’ai ressenti comme un appel. Alors j’ai prié. J’ai prié simplement, en fermant les yeux et joignant les mains. [musique 1 : oh lordhear my prayer] Et là, truc de fou mec, j’entends la voix de Dieu qui s’adresse à moi. « Jérémie, Jérémie, je te connaissais avant même de t'avoir formé dans le ventre de ta mère, qu’il me dit, je t'avais mis à part pour me servir avant même que tu sois né. Et je t'avais destiné à être mon porte-parole auprès des nations. » Pfff… Moi j’y croyais pas, c’était pas possible, pas moi ! Esaïe ou Moïse, passe encore, mais pas moi. « C’est pas possible, Seigneur, tu te gourres. Moi Seigneur, tu sais, j’suis un gamin, je suis trop jeune pour parler en public. J’saurais pas comment faire. Non j’y arriverai pas. Et puis comment faire pour te servir, Seigneur ? Moi j’suis pas un rat d’église, tu me connais. » Mais le Seigneur m’a répondu : « Ne t’inquiète pas, Jéré, tu vas gérer. Ne dis pas que tu es trop jeune… » Avec cette phrase c’est comme si je sentais que ma jeunesse pouvait être une force… « Tu iras voir tous ceux vers qui je t'enverrai », qu’il a continué, « et tu leur diras tout ce que je t'ordonnerai. » « Qu’est-ce que tu veux dire par là, Seigneur ? j’ai peur… » « Jérémie, n'aie pas peur d'eux, car je suis avec toi pour te délivrer. » Voilà ce que le Seigneur m’a dit. Il est avec moi pour me délivrer. A la fin de ma prière, j’ai senti comme une présence, comme si on touchait ma bouche. « C'est toi qui prononceras mes paroles, j’ai encore entendu. Tu vois, aujourd'hui je te charge d'une mission, qui concerne les nations et les royaumes : tu auras à déraciner et à renverser, à détruire et à démolir, mais aussi à reconstruire et à replanter. »

Truc de ouf, hein ? J’en reviens toujours pas. Comment moi, petit Jéré, je peux être le porte-parole de Dieu ? Comment moi, petit Jéré, du haut de mes 17 ans, avec ma maigre expérience de vie, comment moi je peux le servir, lui le Big Boss, qui est encore plus fort Chuck Norris ? Et comment je peux, avec la faible force qui est la mienne, déraciner et renverser, détruire et démolir, mais aussi reconstruire et replanter ? Purée, c’est un sacré programme, ça, peut-être le programme de toute une vie…  (silence) Hein, ça te laisse pantois, hein mon Jack… Moi serviteur du Seigneur, moi le suivre ? j’y crois pas, j’y crois pas.

Pourtant, il m’a choisi, oui tu as raison de dire ça. Il m’a choisi, moi, avec mes forces et faiblesses, mes outils, mon ballon de foot et ma brosse à dents. C’est lui qui a pris l’initiative, c’est lui qui est venu me chercher. Et moi, je m’sens libre, de lui dire OUI ou NON, de le suivre ou non. Je suis libre de mettre mes qualités à son service, pour le plus grand bien. Si j’ai pas peur ? Mais tu rigoles ? Je suis mort de trouille. Mais Dieu m’a fait cette promesse d’être présent avec moi et de m’accompagner dans l’aventure de la vie, avec tous les risques que je vais prendre. Tu sais, franchement,  Jack, j’ai peur aussi de ne pas être à la hauteur… Quoi, qu’est-ce que tu dis, Jack ? Dieu donne les capacités à celui qu’il envoie au moment où il en a besoin ? Ouais, t’as p’t-être raison, c’est peut-être d’abord une question de confiance.

[Musique 2 : JackSparrow] Oui Jack, tu as raison ! Je dois balayer mes peurs et oser dire OUI à ce projet de vie qu’a le Seigneur pour moi. Je dois oser me lancer. Oser répondre à cet appel qui m’est donné, à moi Jérémie, 17 ans, bien fragile et peureux, mais avec la confiance et l’assurance que le Seigneur est avec moi sur mon chemin de vie. Oser aujourd’hui prendre ma vie en main et affronter mon destin. Oser cela même si c’est pas forcément la voie la plus facile que je puisse prendre…  Oser déraciner et renverser, oser détruire et démolir, mais aussi oser reconstruire et replanter, avec mes frères et sœurs dans la foi, oser construire une société plus juste et avec plus d’amour les uns pour les autres. Oser cela même si cela demande d’être parfois à contre-courant dans notre société qui s’occupe plus du matériel et de la consommation que de l’humain. Oser avec nos valeurs de respect et de fraternité, planter les graines d’une meilleure société. Dis Jack, tu ne voudrais pas oser avec moi et te joindre à moi pour cette folle aventure, des fois qu’on pourrait changer le monde ensemble, au lieu de faire pêcheur comme toute ta famille ? Ouais, j’sais, tu te dis que je suis un peu rêveur, mais tu sais, c’est de mon âge, comme disent les vieux. Mais si on rêve pas d’un monde meilleur à 17 ans, quand le fera-t-on ?

Quoi, comment ça tu peux pas rejoindre ma folle aventure ? qu’est-ce que tu racontes ? Tu as décidé
de t’en aller, de tout quitter ? C’est pas vrai… Mais pour aller où ? avec qui ? Quoi ? Jésus ? c’est qui ce mec ? Quoi ? Il est passé près de vous au bord du lac et vous a dit : « Venez avec moi et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. » Des quoi ? Des pêcheurs d’hommes ? c’est quoi ce charabia ? C’est arriver à convaincre, influencer des personnes pour qu’elles le suivent ? Euh… ouais… Quoi ? Pour d’autres ce sont des hommes qui aident des personnes à donner un sens à leur vie pour les emmener vers d'autres horizons, les faire évoluer et en quelque sorte leur rendre la vie meilleure ? Oui, ça me parle. Si je comprends bien, on pourrait aussi dire que c’est ainsi avec les camps de KT dont mon pote Spot parlait l’autre jour. Nous pouvons découvrir (faire connaître) notre filet à des KATQM par exemple en leur dévoilant un bout de notre filet, de ce qui compte pour nous, notre foi, nos croyances, nos valeurs et nos convictions, en leur mettant l’eau à la bouche pour donner du sens à leur vie…

[musique 3 : manymeetings] Alors tu as décidé de suivre ce nobody, ce Jésus, comme ça… Eh ben mon gars…Mais bon, d’accord, Jack, je lâche prise. Peut-être en effet que nous avons chacune, chacun à suivre notre vocation, notre appel, quel qu’il soit, dans la confiance que Dieu sera avec nous sur notre chemin. Et cela même si nous ne comprenons pas tout. Suivre Dieu, suivre Jésus, car il a un projet de vie pour nous. C’est vrai.

(se lève) Alors mon pote JACK, je dis OUI, j’acquiesce. OUI au projet de Dieu pour nous. Oui ! Et maintenant, c’est à chacune et chacun de tendre l’oreille pour entendre le projet de Dieu pour lui ou pour elle ! Quel sens donner à ma vie ? quelle vocation pour ma vie ? à quoi suis-je appelé ? qu’est-ce que je veux faire de ce cadeau qu’est ma vie ? Ouais, tu as raison, Jack, ce sont de sacrées questions. Mais peut-être deviendront-elles moins lourdes et plus sacrées si nous nous mettons à l’écoute de la voix de Dieu qui s’adresse à nous personnellement.

Car je le crois, mon cher Jack, nous ne sommes pas les seuls à qui Dieu parle. Il nous parle à travers la prière, comme ce fut le cas, pour moi petit Jéré, il nous parle à travers les hommes et les femmes qu’il place sur notre chemin, comme pour toi Jack, il nous parle par sa Parole, la Bible, et par d’autres moyens encore, détournés, discrets, comme un souffle fragile.

Alors… quelle est ma vocation, quelle est ta vocation ? Pasteur ou diacre, peut-être, mais pas forcément. Je suis, tu es, d’abord serviteur du Seigneur avec mes forces et mes faiblesses, mes joies et mes peines, dans le projet de vie qu’il a pour moi.


Car la bonne nouvelle de ce matin, mon cher Jack, c’est que Dieu a un projet pour chacune et chacun d’entre nous ! Alors cher Jack, et vous tous qui êtes là ce matin autour de nous, dans ce café des amis, je vous invite à trinquer ! OUI trinquons ensemble, trinquons à la vie, et à la vie avec Dieu ! 
AMEN.
(prédication dite à Lutry le 12 octobre 2014)

vendredi 3 octobre 2014

Dans une société post-68 individualiste, retrouver le collectif

Ce matin, Georges-André Carrel, grand entraineur de volleyball (du LUC notamment), fils de pasteur et humaniste convaincu, est venu nous parler - aux ministres de l'EERV - lors de la journée Tremplin 6. L’occasion de tirer ensemble des parallèles entre la vie d’équipe, sportive, et la communauté ecclésiale, paroissiale notamment, avec comme mots-clés de sa vie: passion, plaisir, humilité-doute, changement, innovation, termes qui ne peuvent que nous parler dans un contexte ecclésial difficile qui doit nous pousser à réinventer. L’occasion aussi de rappeler l’importance du collectif et de la communauté que l’apôtre Paul avait bien mis en exergue avec la métaphore du corps.

Au nom de la grâce qui m’a été donnée, je dis à chacun d’entre vous : n’ayez pas de prétentions au-delà de ce qui est raisonnable, soyez assez raisonnables pour n’être pas prétentieux, chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a donnée en partage. En effet, comme nous avons plusieurs membres en un seul corps et que ces membres n’ont pas tous la même fonction, ainsi, à plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part. Et nous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée. Est-ce le don de prophétie ? Qu’on l’exerce en accord avec la foi. L’un a-t-il le don du service ? Qu’il serve. L’autre celui d’enseigner ? Qu’il enseigne. Tel autre celui d’exhorter ? Qu’il exhorte. Que celui qui donne le fasse sans calcul, celui qui préside, avec zèle, celui qui exerce la miséricorde, avec joie. Que l’amour soit sincère. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection ; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur. (Romains 12,3-11)

Le tournant, dont part G.-A. Carrel, c'est Mai 68 : d'une société du devoir, nous basculons dans une société de tous les droits (trop ouverte), avec un immense désir de liberté qui équivaut souvent à des repères insuffisants. Pour le sport, on passe du "sport associatif" au sport individuel avec l'apparition de tous les nouveaux sports "fun" (snowboard, Bmx, etc.) pour sortir de ce "carcan" des sports associatifs, pour vivre la liberté individuelle ! Dès lors, repenser le groupe, l’équipe, est devenu nécessaire. Il a fallu écouter les jeunes, ce qu’ils voulaient, leurs besoinsCela résonne en moi: l'Eglise d'aujourd'hui n’est-elle pas ce lieu « collectif » où l’individu ne peut plus aller cas il se sent enfermé, sans liberté ? Ne doit-on pas à nouveau nous mettre à l'écoute des besoins des gens ? 


Permettre à l'autre de se réaliser, aux talents d'éclore

Car le pasteur, comme l'entraineur, nous rappelle Carrel, doit chercher au fond à créer un environnement de réussite pour permettre à l’être humain de se réaliser, et non pas viser la très à la mode "excellence". Ainsi dans l'apprentissage, dans le chemin de réalisation de soi sur lequel le ministre accompagne ses paroissiens, le rythme est différents chez chacun et il est donc essentiel de le respecter. Par l'attention à l'autre, le coach, idéalement, cherche donc amener des gens vers le meilleur d’eux-mêmes. Le coach, en bref, doit permettre aux talents d'éclore. Entendant cela, je ne peux m'empêcher de penser : n'est-ce pas là notre vocation pastorale ?

Vivre en équipe pour trouver un équilibre

Mais ce n'est pas tout. M. Carrel souligne que "dans ce monde d’individualisme, il faut apprendre à vivre en équipe pour trouver un équilibre." Grâce à la pluridisciplinarité, grâce à l'apprentissage par le jeu, oser faire confiance, oser, et surtout laisser le droit à l’erreur. En Eglise également, nous devons retrouver un équilibre entre d'une part la joie, le divertissement, l'élan vital, la spontanéité, l'improvisation, la créativité, l'innovation, la liberté, le rêve, etc. (toutes les valeurs post-68) et d'autre part l'engagement, l'application, la compétition, la fermeté, la rigueur.

Adhérer aux rituels

Alors justement, un petit peu comme avec le "fresh expressions of church" ou les églises de maison qui vont chercher l’individualité, notre défi ecclésial moderne se situe peut-être au niveau de cette question : comment lier l’individualité à la collectivité? G.-A. Carrel nous parle des rituels, valeurs, de charte. Car pour bien vivre "en équipe", en communauté donc, il est essentiel d'adhérer pleinement au projet commun. "Pour qu’une équipe fonctionne, il faut qu’on adhère au rituel !" Oui mais, pour nos paroisses, cela veut dire quoi ? Cela veut-il dire, comme me l'a confié mon collègue Tim, avoir "une liturgie enracinée, belle et accessible, célébrée avec le cœur et le corps, et non pas uniquement intellectualisée"? C'est une piste... 

La pyramide du coach et du pasteur

Et Carrel d'enchaîner sur sa "Pyramide stratégique":
Mission : pourquoi nous existons
Vision/rêve : ce que nous vouons être
Valeurs : ce à quoi nous croyons
Orientations stratégiques : ce sur quoi nous voulons nous concentrer
Obejctifs : ce que nous voulons atteindre
Action : ce que nous avons à faire
Indicateurs de performance : comment nous saurons si nous avons réussi

Partir du pourquoi, puis communiquer notre passion, nos valeurs. Car GAC nous l'a répété: un pasteur ranime l’esprit intérieur. Albert Schweizer l'a dit avec ses mots: « Dans toute vie, à un certain moment, notre feu intérieur s'éteint. Il est ensuite rallumé par une rencontre avec un autre être humain. Ceux qui raniment l'esprit intérieur méritent notre profonde gratitude. » A nous d'être ces êtres qui peuvent rallumer le feu. N'est-ce pas là, à nouveau, notre vocation ?

« Si tu veux des résultats durant l’année, sème de graines. Si tu veux des résultats durant 10 ans, plante un arbre. » (Kuang Chung Tzu) Si tu veux résultat durant la vie, développe des hommes.

Pour terminer, M. Carrel a partagé cet hymne à la joie collectif comme une belle métaphore de la vie. Par les autres, par le collectif, nous pouvons nous renforcer les uns aux autre notre appétit de vie ! Cette vidéo en est une parfaite illustration : n’ayons pas peur du nouveau, le neuf ne nuit pas à l'harmonie du tout, il la dynamise ! Alors osons le collectif, osons l'innovation, osons afficher notre passion, tout en conservant cette humilité essentielle!




mercredi 10 septembre 2014

To be united... or not to be !

Hier soir, j'étais invité au centre oecuménique de Vassin (La Tour-de-Peilz) pour parler de mon mémoire de master sur l'avenir de l'oecuménisme. Il faut croire que 4 ans après ce travail (que l'on peut trouver ici), les oecuménistes ont toujours besoin d'espérer et que mon travail peut encore apporter quelque chose à ce mouvement. Ou pas. ;-) Mais quoi qu'il en soit, l'occasion pour moi de revisiter ma "vocation" pour l'unité, avec une émotion toute particulière dans ce lieu de rassemblement oecuménique qui peine à continuer à vivre...


6 piliers pour l'unité

Le titre de la conférence, soufflé par l'organisateur, était: "faut-il désespérer de l’œcuménisme ?" L'occasion pour moi de détailler ma thèse, selon laquelle l’œcuménisme, actuellement en voie de fra-gilisation, doit se baser sur 6 piliers pour perdurer, pour retrouver sa base solide : la Bible, la confession de foi, la prière, l’aumône, le jeûne et le pèlerinage.


3 raisons pour ne pas désespérer

Pourquoi ne pas désespérer de l'oecuménisme ? Voici trois raisons (parmi d'autres)

1) Edinbourg 1910 : l’œcuménisme moderne débute traditionnellement avec cette conférence missionnaire de 1910 où les protestants de toutes confessions s’étaient rassemblés en vue d’un témoignage commun au monde. 104 ans, c’est jeune pour un mouvement, non ? 104 ans qui nous font réaliser tant le chemin parcouru que le chemin qui reste à parcourir. L’œcuménisme, entré dans une phase peut-être de maturité, sans les faux espoirs superficiels des débuts, doit retrouver une base solide, que je vois dans les 6 piliers qui doivent avant tout s’exprimer dans une vie pratique commune, pour pouvoir tendre vers un accomplissement plus grand de cette vision prophétique de l’unité.


2) La Déclaration commune sur la Justification en 1999 : l’Eglise catholique romaine et la Fédération luthérienne mondiale lèvent leurs excommunications réciproques et trouvent une expression commune sur la doctrine de la justification.

3) Le Pape François et son ouverture aux autres confessions chrétiennes. Car pour l’unité je suis convaincu que nous avons BESOIN du pape et de son ministère d’unité de l’Eglise.

Vidéo ici https://www.youtube.com/watch?v=1hn51OJPzbo (voir de 11'20'' à 18'20'')



Dans cette vidéo, poignante, le Pape François tend la main aux évangéliques, mais ces derniers temps il y a aussi tant de rapprochements, entre catholiques et anglican, au sein des Orthodoxes aussi, eux qui ont prévu le premier concile panor-thodoxe à Pentecôte 2015, une première après 1227 ans !

Alors oui, la période de grands espoirs post-Vatican II des années 1970-80 a fait place à une certaine désillusion. Les progrès effec-tués, certes évidents, se heurtent à certains obstacles qui semblent infranchissables. Mais dans l’histoire, les chrétiens des différentes confessions n'ont jamais été aussi proches les uns des autres : comme le disait la vidéo : le miracle de l’unité a déjà commencé. Certes il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier, car nous ne sommes pas encore arrivé. Mais si nous revenons au cœur de notre foi, à la source, AD FONTES, eh bien alors nous pourrons cheminer avec confiance, ensemble, vers l’unité. Car selon moi, l’unité est l’avenir de l’Eglise, la voie à suivre dans un contexte ecclésial difficile… L’Eglise du XXIe siècle, je me disais, sera œcuménique ou ne sera pas, pour reprendre une formule bien connue. Ne croyez-vous pas ? To be united... or not to be ?

C'est au peuple de Dieu de se bouger !

NB: comme me l'a fait remarqué un intervenant hier soir, la balle est désormais dans notre camp: c'est au peuple de Dieu d'enfiler son bleu de travail et travailler à l'unité. Car celle-ci ne va pas venir du ciel! Et probablement pas non plus des autorités ecclésiastiques (en tout cas pas de manière prononcée) !

NB2: Les chrétiens se rassemblent en soutien aux Chrétiens d'Orient, c'était à Berne dimanche 7 septembre ! Plus d'infos ici: http://dialogueoecumenique.eerv.ch/2014/09/08/intercession-dans-limpuissance/


jeudi 28 août 2014

S’ouvrir à l’inattendu de Dieu

Dans le cade du 850e anniversaire de Belmont, chaque jeudi des mois de juillet et août, avec mon collègue nous offrions une présence au temple de 8h30 à 18h30 avec trois offices de prière dans la journée. L’idée, pour ce temple fermé la journée, était d’en ouvrir ses portes (en vue d’une ouverture toute l’année par un verrou automatique) et de proposer une présence pastorale à ceux qui le voudraient ou le pourraient. Bilan d’une riche expérience.

Est-ce vraiment rentable ?

« Pour vos ouverture du temple le jeudi, vous pensez vraiment avoir du monde ? », avait demandé une paroissienne, suite à l’annonce de ce projet. Sans surprise, notre société réagit tout de suite en terme de rentabilité. « Est-ce vraiment rentable, en tant que pasteur, d’être mobilisé toute une journée au temple ? », aurait-elle pu continuer. Du monde ? rentable ? ça veut dire quoi exactement ?

Prendre le temps de prendre le temps

Bien sûr, prendre toute une journée ainsi demande de l’organisation de l’agenda du pasteur. Et bien sûr parfois, on se dit qu’on aurait mieux à faire. Ou plus urgent. Mais en tant que pasteur, prenons-nous le temps de prendre le temps ? de nous ouvrir à l’inconnu, à la rencontre spontanée avec des passants, des voisins, etc. ? L’ouverture du temple avait vraiment pour but de s’ouvrir pour nous aussi à ce qui pouvait se passer. Et au final, nous avons eu la chance de vivre des rencontres parfois attendues, parfois surprenantes, parfois brèves, parfois bien plus longues, parfois des prières communes. Et c’était un très bonne chose.

Et parfois des temps d’arrêt aussi, sans visites, mais pas un temps « mort » pour autant. Le temps de prendre le temps. De lire des ouvrages de théologie (ma frustration dans le ministère : ne pas avoir assez de temps pour en lire), pour travailler, pour écrire, pour méditer.

L’inattendu de Dieu

Au fond, ce temps qui est la denrée la plus précieuse de notre ère, ne devrait-on pas davantage en prendre, en mettre de côté, pour « l’inattendu de Dieu » ? en tant que pasteur, ne devrait-on pas plus faire l’effort pour se ménager des temps de rencontres spontanées ? Car c’est bien Dieu qui est présent dans nos échanges, nos partages, nos prières, etc. Sa présence nous remplit de force.

L’inattendu de Dieu, cela a aussi été le décès dramatique de la jeune Chloé de Belmont cet été. Dans l’urgence, une permanence a été organisée par mon collègue pour les personnes qui voulaient venir se recueillir ou écrire un mot dans le livre d’or confectionné pour l’occasion (voir article du 24H). Un temps communautaire, villageois, bienvenu.

Combien ? 

Alors combien de personnes sont venues sur l’été ? Une statistique approximative globale  dirait environ 150 personnes (en comptant celles du jeudi spécial Chloé). Autant de personnes pour qui nous avons prié. Autant de fois que l’Esprit a soufflé sur notre rencontre. Mais surtout, plus que l’aspect quantitatif, c’est la qualité des rencontres qui compte. Des liens ont été tissé, l’Eglise a montré une certaine visibilité, et nous avons pu prendre le temps. Quelle joie !

Et vous ? A l’heure de nos rentrées et de retour du stress, prendrez-vous le temps de prendre le temps ? Prendrez-vous le temps de vous ouvrir à l’inattendu de Dieu ?

mercredi 6 août 2014

"Son of God": un bon film... à l'américaine!

Peut-être n‘avez-vous pas entendu du dernier film sur Jésus « Son of God ». C’est normal, vu que,
bien que le film soit sorti en mars 2014 sur les écran nord-américains (USA et Canada), il n’est pas encore sorti en Suisse (et je n’ai même pas pu trouver la date de sa sortie au cinéma de par chez nous!). Bon. Mais il faut quand même savoir que ce film a fait un carton en Amérique du nord, plus de 60 millions de $ de recettes d’après ce que j’ai pu lire sur la toile. Sans être un critique de cinéma, je m’essaie donc à la critique de ce film que j'ai pu visionner malgré tout (merci RM !).

Made in USA

Dit à la hache, "Son of God" est un bon film... à l’américaine ! Un film avec de belles images, de beaux costumes, de bons acteurs, de belles musiques (sortez les violons et les mouchoirs), mais aussi, comme souvent quand un film est destiné au grand public américain, un film un poil caricatural, un poil simpliste, un poil réducteur. Le puriste théologien que je suis y verra certains manques, certaines simplifications, certaines inexactitudes, mais en fin de compte, ce film, interprétation tirée des récits bibliques, fait sens en soi et est ainsi tout à fait visionnable. La fin est particulièrement prenante avec une Passion où le réalisateur réussit bien à nous faire vibrer.

Juxtaposition de scènes bibliques

En fait la première heure est surtout une juxtaposition de scènes bibliques, souvent miraculeuses, qui nous touchent parfois, mais qui ne sont pas toujours bien réalisée (la scène où Jésus marche sur l’eau en particulier  me semble à la limite du ridicule): Pierre qui pêche (où sont les autres disciples?), la multiplication des pains et des poissons, la résurrection de Lazare, mais comme le dit une critique que j’ai lue sur le net (ici), le spectateur n’a pas le temps d’intégrer, d’approfondir, ou simplement de réaliser ce qui vient de se passer, que déjà on passe à la scène suivante, au miracle suivant. Dommage. Cela vient probablement du fait que le film est composé principalement de séquences tirées de la mini-série TV "The Bible" (2013) dont les réalisateurs en ont extrait une grosse partie des séquences qui traitent de Jésus, les ont rééditées avec quelques scènes supplémentaires pour en faire "Son of God". 

Davantage du KT que du ciné ?

Et du coup, à cause de cette juxtaposition de scènes, le personnage de Jésus, pourtant globalement
bien joué par le Portugais Diogo Morgado (à part peut-être la scène des marchands du Temple où sa colère semble peu réelle), en perd en profondeur. Ok, il est beau, et plaira aux jeunes – et moins jeunes – américaines, mais rien n’est creusé sur la psychologie des personnages, et en particulier celle de Jésus qui en reste du coup très plat, très conventionnel. Pour ceux qui auraient aimé voir toute l'humanité du Christ en images, il faudra repasser. Dommage. On reste vraiment à un niveau catéchétique, presque dogmatique, plus que cinématographique. Il est d'ailleurs fort possible que ce film ait été financé par des milieux évangéliques et ait été pensé comme un film d'évangélisation. Simple supposition personnelle, bien sûr.


Un film à voir

Quoi qu'il en soit, ce qui nous intéresse, c’est le produit fini. Et à la fin des ces 2h18, je dois bien avouer que je suis content d’avoir vu ce film. Avec plusieurs scènes touchantes, comme celle du dernier repas ou du chemin de croix (même si avoir une Marie, mère de Jésus botoxée, ne me convainc guère), ainsi que la fin (je ne spoile rien en disant que 3 jours après sa mort...) avec notamment la suite après l'Ascension, je n’ai pas vu le temps passer et ai eu l'impression d'avoir vécu un bon condensé de la vie du Christ. Un bon film donc, à voir, ou à montrer à des personnes qui ne connaîtraient pas l'Evangile. Un film à voir quoi qu'il en soit... avec du bon popcorn ou des frites/ketchup !


dimanche 3 août 2014

Face au mal radical, garder l'espérance (prédication du 3 août 2014)

Lectures bibliques
- Apocalypse 13,1-9
- Romains 8,35 et 37-39
- Jean 8,12 

Chers frères et sœurs en Christ,

Je ne sais pas vous, mais parfois j’en ai juste marre. Marre de toute cette violence entre les religions, notamment en Irak. Marre de cette haine qui déchire les peuples au Proche-Orient et qui les mène dans une voie sans issue. Marre du mal sourd et violent qui a frappé la jeune Chloé, 14 ans, ici dans notre région, à Belmont, un peu comme cela avait été le cas en 2013 avec la jeune Marie. Nous ne sommes pas ici pour parler des circonstances du décès de Chloé, ni des motivations de son meurtrier. Mais permettez-moi, chers frères et sœurs, en ce début de
prédication, de laisser éclater ma colère : oui j’en ai marre de tout ce mal qui pollue notre monde, marre de cette horreur qui nous touche tous, de près ou de loin, par ces drames, par la maladie ou la mort.  Devant tant d’horreur, tant d’impuissance, je ne peux m’empêcher de crier : « MAIS C’EST PAS POSSIBLE !!! » (un temps) « POURQUOI ??? » (silence)

Oui pourquoi le mal est-il présent ? C’est une question que nous pouvons tous légitimement nous poser aux côtés de de la famille de Chloé suite à ces deux drames. Pourquoi ?

Pourtant, cette vertigineuse question reste encore et toujours sans réponse. Le mal, qu’on le veuille ou non, est présent dans notre société. Comment, face au mal ici bas, ne pas désespérer, ou pire, perdre toute confiance, toute foi ?

L'Apocalpyse, un livre d'espérance

La Bible aussi est le reflet de ces réflexions sur le mal. Pourquoi existe-t-il ? (bref silence) Là encore, cette question reste sans réponse. Le dragon, l’antique serpent de la Genèse, lui qui représente Satan, le Diable, en bref le mal, eh bien ce dragon, dans le chapitre 13 du livre de l’Apocalypse, il est simplement là, nous ne savons pas pourquoi, mais il est là. 

Pourtant, l’Apocalypse n’a pas été écrit dans une perspective désespérée. Au contraire, ce genre littéraire est bien celui de l’espérance. Face au mal qui est bien présent dans le monde, les chrétiens qui ont rédigé ce livre placent leur espoir dans le monde à venir, le monde nouveau où le mal sera détruit. En fait, face au mal, la littérature apocalyptique est une littérature de résistance, un cri d’espérance d’un groupe de chrétiens qui refusent de plier et en appellent à la justice divine.

C’est pour cela que j’ai choisi ce texte du chapitre 13 de l’Apocalypse, passage ardu s’il en est, qui m’avait été imposé pour mon culte d’examen de consécration : pour la présence du mal, d’une part, avec le dragon qui transmet sa puissance à la Bête, mais aussi pour l’espérance.

La Bête, système bestial 

Mais cette Bête, que représente-t-elle ? Si l’on fait un détour d’abord par le livre de Daniel, puis par l’histoire des chrétiens du premier siècle nous découvrons que cette Bête est non seulement l’émanation du mal, avec son pouvoir transmis par le dragon, Satan lui-même, mais c’est également un système global, politique, économique, social. Un système déshumanisant, mortifère, qui ne respecte pas la créature de Dieu que chacune et chacun est, en un mot un système bestial. Ceci dit, et c’est là que se situe l’espérance, le pouvoir de cette bête s’exerce dans un temps limité, et celle-ci sera finalement défaite par le Christ en Ap 20 : jetée dans l’étang de feu avec le dragon et le faux-prophète.

Aujourd’hui, la Bête, ce système déshumanisant qui pousse au culte idolâtre, est présente notamment pourrait-on dire dans l’individualisme qui crée une société déshumanisée, pauvre en relations et en solidarité, et qui voue un culte au seul bonheur individuel et égoïste, qu’importent les autres, quitte à faire violence ou à se faire violence.

Car devant ce drame à Belmont me vient cette question : dans quelle société vit-on pour qu’un homme tue ainsi la fille de son ex puis se donne la mort ? (un temps) Oui notre société actuelle est bien « bestiale », en perte de repère, et le mal est pollution autour de nous et en nous. Il est un mal radical qui crée des ténèbres autour de nous et en nous.

Face à ces puissances, le message de l’Apocalypse est clair : « Que celui qui a des oreilles entende ! », nous exhorte Jean depuis Patmos, à la fin de notre passage. Car c’est bien une exhortation à résister au mal dont il s’agit ici ! Mais pour résister, nous avons besoin de lumière. Recevons donc la lumière qui nous vient du Christ en chantant « Dans nos obscurités ».

Chant "Dans nos obscurités" et allumage des cierges

Le Christ nous dit: « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie ».

Ainsi, grâce à cette lumière que nous recevons du Christ, nous sommes invités à résister, face aux puissances inexplicables du mal, face aux bestialités à l’œuvre dans notre monde, comme lors du tragique drame de Chloé à Belmont, résister en transmettant cette lumière. Car la lumière, c’est le symbole de sa résurrection, lui qui, à la croix, a vaincu la mort, le symbole de l’espérance…

Cette espérance, j’en ai trouvé plein dans le livre du pasteur Antoine Schluchter, père de Marie qui a été également enlevée et assassinée en 2013 : Je te salue Marie, ma fille : 19 ans, un jour et l’éternité. Oui ce livre est une véritable mine d’espérance. J’ai été touché, ému, bouleversé, dans les circonstances de ce drame, par cette espérance qui n’a jamais quitté la famille Schluchter et par leur volonté de ne pas se laisser contaminer par le mal. « Avec mon épouse et mon autre fille, écrit-il, nous avons d’emblée choisi de refuser de nous laisser salir le cœur par la haine. Nous avons tout remis à Dieu et tenté de nous concentrer des valeurs constructives. » Oui l’espérance qui se dégage de ce livre est belle. Combien de gestes d’amour, de soutien, de prière, de générosité reçus comme autant de signe de lumière dans les ténèbres.

L'espérance chrétienne où le mal est défait

Car au fond, comme l’a dit prophétiquement le pasteur Schluchter, « le mal est fait… mais le mal (sous toutes ses formes) est aussi défait ! » (un temps) Aux obsèques de Marie, le diacre Pierre Maffli continue en disant ceci : « La défaite du mal et de son cortège d’horreur est au cœur de la foi et de l’espérance chrétienne. Lorsque le Christ a été pendu à une croix et qu’il a ensuite été ramené de la mort à la vie, nous croyons que le mal et ses conséquences abominables ont reçu le coup de grâce ! La souffrance, la violence et la mort ne pourront pas avoir le dernier mot ! »

Nous sommes ici au cœur de notre de notre espérance  chrétienne : par la résurrection de Jésus, la mort a été vaincue, c’est notre espérance qui nous permet d’aller de l’avant et continuer à transmettre à d’autres de la lumière pour résister au mal.

Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu

« La lumière pour moi, pour nous famille, elle existe, elle est depuis toujours, elle continue à nous éclairer et elle finira par briller pleinement », conclut Antoine Schluchter. Cette lumière, c’est notre responsabilité de la transmettre à nos proches, à nos voisins, aux personnes touchées par ce mal. 
Car face au mal, nous avons besoin de lumière, besoin d’espérance. Le père de Marie dit encore ceci : « En tout simplicité, je reste avec les miens accroché à la corde de l’espérance. Et je ne puis le cacher, j’ai plus que jamais à cœur que chacun ici-bas découvre qu’il est aimé de Dieu par le Christ au-delà de toute mesure et que face aux pires épreuve comme dans le quotidien le plus banal, il puisse être réconforté par ces paroles à nulles autres pareilles : ‘Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur’ »

Alors face à ce mal radical qui peut parfois nous mettre en colère ou nous laisser dans le plus grand désarroi, n’oublions pas la radicalité de l’Evangile et de l’amour de Dieu pour chacune et chacun, amour appelé à devenir lumière pour le monde. Le voici dans les mots de l’apôtre Paul : « Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Autorités, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur. »
Amen

vendredi 20 juin 2014

Le drapeau suisse et la confiance en Dieu (prédication du 22 juin 2014)

Chers paroissiens et amis,

Ce matin, je viens vers vous avez une question simple : sur le chemin de votre vie, vous arrive-t-il d’être angoissé ? Devant les difficultés de la vie, vous arrive-t-il d’être inquiets ? Car la vie est parfois une traversée du désert, comme le peuple d’Israël sortant d’Egypte, à cause de la maladie, du chômage, du deuil, des déchirures… L’angoisse, l’inquiétude, nous touche tous de près ou de loin, peut-être encore plus quand nous avons des enfants…

Sans confiance, nous ne pouvons rien

Cette question, je l’ai vécue ce week-end de manière personnelle et intense. Avec mon collègue Spot, nous étions dans le Jura pour vivre un week-end de catéchisme autour du thème de la confiance. La confiance, c’est le cœur de la foi chrétienne. C’est la foi, en fait, puisque le mot « foi » veut dire « confiance », étymologiquement. Sans confiance, nous ne pouvons rien, nous sommes comme bloqués.

Et à la fin du week-end, ma femme venue me chercher m’annonce que ma mère est entrée d’urgence à l’hôpital, sans que l’on sache véritablement ce qu’elle a. Je me prends la nouvelle en pleine poire, mais comme tout homme qui se respecte, je reste stoïque. Mais n’en souffre pas moins. On ne peut pas vraiment dire que j’étais confiant. Qu’est-ce qu’elle avait ? Qu’allait-il se passer ? Et évidemment la question de la maladie grave m’a traversé l’esprit : et si ses jours étaient comptés ? Non la confiance n’est pas toujours facile à vivre…(silence)

Le symbole du drapeau suisse


Devant cette question de l’angoisse, je viens vers vous ce matin avec… un drapeau suisse ! (sort un drapeau suisse) Vous le savez, nous sommes en période de Coupe du Monde de football et un peu partout fleurissent des drapeaux aux fenêtres des immeubles ou des voitures. Alors si je sors un drapeau suisse, ce n’est pas pour dire que je continue à soutenir la Suisse maglré sa mortifiante défaite contre une belle équipe de France vendredi soir (et qu’une partie de la famille de Benjamin vient de France : Bravo les bleus), non si je sors un drapeau suisse ce matin, c’est pour parler de Dieu.
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Savez-vous d’où vient la croix blanche sur fond rouge ? Plusieurs hypothèses circulent, dont une qui explique que c'est le culte des instruments de la Passion, répandu dans la région, qui conduisit certains cantons de l'inclure sur leur bannière vers le XIIe siècle, le fond de couleur rouge faisant référence au sang du Christ.

La croix qui met en relation

C’est UNE hypothèse, mais il me semble qu’il y a quelque chose de fort dans ce symbole qu’est le drapeau suisse avec en son cœur UNE CROIX ! Une croix qui pourrait figurer la croix de Jésus-Christ. Parce que, si on se souvient du catéchisme, la mission du Christ a été de réconcilier les hommes et les femmes avec Dieu le Père. Le rôle de la croix, c'est de mettre en relation les humains avec leur Dieu (verticalité de la croix), et les uns avec les autres (horizontalité de la croix). La forme de la croix montre bien un point de rencontre.

Et la rencontre entre Dieu et les humains passe par un homme : Jésus Christ. C’est par Jésus, Fils de Dieu, que Dieu lui-même s’est fait proche des humains, se préoccupant de leur sort. C’est par Jésus, Fils de Dieu, que Dieu le Père nourrit la confiance et l’espérance des humains.

Dieu connaît nos besoins

Car nous l’avons entendu tout à l’heure, notre Père connaît nos besoins (verticalité de la croix). Le peuple d’Israël était opprimé, Dieu l’a libéré par Moïse et fait sortir d’Egypte. Dans le désert, le peuple avait faim, et Dieu leur a donné comme nourriture la manne céleste. Il nous a également donné son Fils, Jésus Christ, comme pain de vie, ou littéralement lui qui est « Le pain, le vivant ». Car contrairement au pain que nous mangeons au petit déjeuner, la nourriture spirituelle que nous apporte Jésus n’est pas périssable. Le pain, c’est la nourriture de base, essentielle, simple, commune. Le pain c’est un don de Dieu (Jean illustre cela en disant qu’il vient du ciel), mais c’est aussi une métaphore de la dimension spirituelle que Dieu veut nourrir en nous.

Le passage que nous avons entendu de l’Evangile de Jean nous parle de Jésus comme pain de vie, mais aussi de la Sainte Cène, de l’Eucharistie. Ce matin nous n’allons pas prendre la Cène, mais nous pouvons nous rappeler que le pain et le vin, symboliquement, assurent la vie ! « Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » La chair, c’est symboliquement tout ce qui fait la réalité de l’humain, avec ses possibilités et ses faiblesses. Ainsi Jésus nous promet la vie éternelle qui nous nous nourrissons de sa vie.

Les 3 points du drapeau suisse

Alors en définitive, comment dépasser nos angoisses, et faire confiance ? N’oublions pas, chers amis, le drapeau suisse et les 3 points le concernant :
a)  le rouge, d’abord, nous rappelle la passion du Christ, ses souffrances, et les nôtres avec lesquelles Dieu compatit, puisque son Fils lui même a souffert avant de mourir crucifié… C’est donc sur un fond de souffrance que Dieu vient nous annoncer sa bonne nouvelle…
b) La verticalité de la croix, ensuite, nous rappelle que Dieu se préoccupe de nous, il s’est fait proche en nous envoyant son Fils et se soucie de nous, chaque jour de notre vie. C’est un ami qui peut nourrir notre vie, par la prière notamment. Par la Sainte Cène, aussi, qui nous nourrit, par Jésus le pain le vivant qui nous donne la vie éternelle. Mais aussi par la lecture de la Bible, Sa parole : Vous ne vivrez pas de pain seulement / Mais bien de toute Parole / Qui sortira de la bouche du Seigneur !, avons-nous chanté tout à l’heure. Oui le pain ne suffit pas pour nous nourrir. Nous avons également besoin de paroles qui nourrissent notre confiance. Jésus nous le dit : « ne vous inquiétez pas pour votre vie », car « votre père connaît vos besoins ». « Ne vous inquiétez pas pour votre vie », car « votre père connaît vos besoins ». Nourrissons-nous de cette parole qui nous invite à la confiance…
c)   L’horizontalité de la croix, enfin, nous rappelle que nous avons besoin les uns des autres. Que le Royaume de Dieu dont parle Jésus dans l’Evangile de Luc est d’abord amour les uns pour les autres, aide, soutien, prière pour les autres. Cette semaine, angoissé par la situation de fragilité de ma mère, j’ai demandé le soutien de mes amis. « Besoin de vos prières », ai-je simplement posté sur Facebook. 24 heures plus tard, les messages de soutien de jeunes et de moins jeunes avaient afflué et je me sentais mieux. La santé de ma mère s’était stabilisée et depuis, elle a pu sortir de l’hôpital. Oui n’oubliez pas l'horizontalité de la croix, l’importance de la communauté, de nos proches, de nos amis qui nourrissent aussi notre confiance, notre foi.


Alors face aux souffrances de la vie dans ce rouge du drapeau suisse, face aux angoisses qui me taraudent, qu’est-ce qui me nourrit ? La verticalité nous parle de Dieu, Jésus, son pain, sa parole, l’horizontalité des autres humains, de l’amour, de la solidarité. Ainsi, sur notre chemin de vie qui ressemble parfois à une traversée du désert, si nous cherchons le Royaume de Dieu par ces deux axes,  alors la foi, la confiance, tout cela nous sera donné par surcroit.

Amen.

Prédication dite le 22 juin 2014 à Belmont