vendredi 3 octobre 2014

Dans une société post-68 individualiste, retrouver le collectif

Ce matin, Georges-André Carrel, grand entraineur de volleyball (du LUC notamment), fils de pasteur et humaniste convaincu, est venu nous parler - aux ministres de l'EERV - lors de la journée Tremplin 6. L’occasion de tirer ensemble des parallèles entre la vie d’équipe, sportive, et la communauté ecclésiale, paroissiale notamment, avec comme mots-clés de sa vie: passion, plaisir, humilité-doute, changement, innovation, termes qui ne peuvent que nous parler dans un contexte ecclésial difficile qui doit nous pousser à réinventer. L’occasion aussi de rappeler l’importance du collectif et de la communauté que l’apôtre Paul avait bien mis en exergue avec la métaphore du corps.

Au nom de la grâce qui m’a été donnée, je dis à chacun d’entre vous : n’ayez pas de prétentions au-delà de ce qui est raisonnable, soyez assez raisonnables pour n’être pas prétentieux, chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a donnée en partage. En effet, comme nous avons plusieurs membres en un seul corps et que ces membres n’ont pas tous la même fonction, ainsi, à plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part. Et nous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée. Est-ce le don de prophétie ? Qu’on l’exerce en accord avec la foi. L’un a-t-il le don du service ? Qu’il serve. L’autre celui d’enseigner ? Qu’il enseigne. Tel autre celui d’exhorter ? Qu’il exhorte. Que celui qui donne le fasse sans calcul, celui qui préside, avec zèle, celui qui exerce la miséricorde, avec joie. Que l’amour soit sincère. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection ; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur. (Romains 12,3-11)

Le tournant, dont part G.-A. Carrel, c'est Mai 68 : d'une société du devoir, nous basculons dans une société de tous les droits (trop ouverte), avec un immense désir de liberté qui équivaut souvent à des repères insuffisants. Pour le sport, on passe du "sport associatif" au sport individuel avec l'apparition de tous les nouveaux sports "fun" (snowboard, Bmx, etc.) pour sortir de ce "carcan" des sports associatifs, pour vivre la liberté individuelle ! Dès lors, repenser le groupe, l’équipe, est devenu nécessaire. Il a fallu écouter les jeunes, ce qu’ils voulaient, leurs besoinsCela résonne en moi: l'Eglise d'aujourd'hui n’est-elle pas ce lieu « collectif » où l’individu ne peut plus aller cas il se sent enfermé, sans liberté ? Ne doit-on pas à nouveau nous mettre à l'écoute des besoins des gens ? 


Permettre à l'autre de se réaliser, aux talents d'éclore

Car le pasteur, comme l'entraineur, nous rappelle Carrel, doit chercher au fond à créer un environnement de réussite pour permettre à l’être humain de se réaliser, et non pas viser la très à la mode "excellence". Ainsi dans l'apprentissage, dans le chemin de réalisation de soi sur lequel le ministre accompagne ses paroissiens, le rythme est différents chez chacun et il est donc essentiel de le respecter. Par l'attention à l'autre, le coach, idéalement, cherche donc amener des gens vers le meilleur d’eux-mêmes. Le coach, en bref, doit permettre aux talents d'éclore. Entendant cela, je ne peux m'empêcher de penser : n'est-ce pas là notre vocation pastorale ?

Vivre en équipe pour trouver un équilibre

Mais ce n'est pas tout. M. Carrel souligne que "dans ce monde d’individualisme, il faut apprendre à vivre en équipe pour trouver un équilibre." Grâce à la pluridisciplinarité, grâce à l'apprentissage par le jeu, oser faire confiance, oser, et surtout laisser le droit à l’erreur. En Eglise également, nous devons retrouver un équilibre entre d'une part la joie, le divertissement, l'élan vital, la spontanéité, l'improvisation, la créativité, l'innovation, la liberté, le rêve, etc. (toutes les valeurs post-68) et d'autre part l'engagement, l'application, la compétition, la fermeté, la rigueur.

Adhérer aux rituels

Alors justement, un petit peu comme avec le "fresh expressions of church" ou les églises de maison qui vont chercher l’individualité, notre défi ecclésial moderne se situe peut-être au niveau de cette question : comment lier l’individualité à la collectivité? G.-A. Carrel nous parle des rituels, valeurs, de charte. Car pour bien vivre "en équipe", en communauté donc, il est essentiel d'adhérer pleinement au projet commun. "Pour qu’une équipe fonctionne, il faut qu’on adhère au rituel !" Oui mais, pour nos paroisses, cela veut dire quoi ? Cela veut-il dire, comme me l'a confié mon collègue Tim, avoir "une liturgie enracinée, belle et accessible, célébrée avec le cœur et le corps, et non pas uniquement intellectualisée"? C'est une piste... 

La pyramide du coach et du pasteur

Et Carrel d'enchaîner sur sa "Pyramide stratégique":
Mission : pourquoi nous existons
Vision/rêve : ce que nous vouons être
Valeurs : ce à quoi nous croyons
Orientations stratégiques : ce sur quoi nous voulons nous concentrer
Obejctifs : ce que nous voulons atteindre
Action : ce que nous avons à faire
Indicateurs de performance : comment nous saurons si nous avons réussi

Partir du pourquoi, puis communiquer notre passion, nos valeurs. Car GAC nous l'a répété: un pasteur ranime l’esprit intérieur. Albert Schweizer l'a dit avec ses mots: « Dans toute vie, à un certain moment, notre feu intérieur s'éteint. Il est ensuite rallumé par une rencontre avec un autre être humain. Ceux qui raniment l'esprit intérieur méritent notre profonde gratitude. » A nous d'être ces êtres qui peuvent rallumer le feu. N'est-ce pas là, à nouveau, notre vocation ?

« Si tu veux des résultats durant l’année, sème de graines. Si tu veux des résultats durant 10 ans, plante un arbre. » (Kuang Chung Tzu) Si tu veux résultat durant la vie, développe des hommes.

Pour terminer, M. Carrel a partagé cet hymne à la joie collectif comme une belle métaphore de la vie. Par les autres, par le collectif, nous pouvons nous renforcer les uns aux autre notre appétit de vie ! Cette vidéo en est une parfaite illustration : n’ayons pas peur du nouveau, le neuf ne nuit pas à l'harmonie du tout, il la dynamise ! Alors osons le collectif, osons l'innovation, osons afficher notre passion, tout en conservant cette humilité essentielle!




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