samedi 26 décembre 2015

Jésus sur la paille

Prédication de Noël 2015

Lectures biblique

Texte 

Le mois dernier, une jeune fille de 6 ans, qui se préparait au baptême, a posé cette question à ses parents: « c’est qui Dieu ? »

Si vous deviez répondre, vous diriez quoi ? Pas facile, hein…


(montant en chaire) Enfant, j’ai toujours rêvé d’un DIEU SUPERHEROS, genre un mélange de Superman avec des super pouvoirs, avec la sagesse de Maître Yoda de STAR WARS, un super « super héros » genre Chuck Norris, ce héros d’une série TV qui est connu pour être le plus fort de tous les super héros. D’ailleurs des blagues circulent depuis un certains temps sur internet pour dire qu’il est vraiment le plus fort, comme celle-ci : Chuck Norris peut encercler ses ennemis. Tout seul. Souvent, il s’agit d’inversions par rapport aux situations normales : Chuck Norris a été piqué par un scorpion. Il a succombé 2 jours plus tard. Le scorpion. Il surpasse tous les super héros : Un jour Chuck Norris et Superman ont fait un bras de fer, le perdant devait mettre son slip sur son collant. Oui Chuck Norris est bien le plus balèze de tous les super héros… et enfant, j’imaginais Dieu un peu comme lui…

Jésus la sur paille

(descendant s’asseoir sur la paille) Mais vous avez entendu : c’est n’est pas ça ! Loin de Chuck Norris, loin du fort et du puissant, Dieu se fait proche de nous en venant au monde en un enfant fragile, vulnérable. Loin du bling-bling, du luxe et du clinquant des fêtes d’aujourd’hui dans nos sociétés occidentales, il ne naît pas dans un hôpital 4 étoiles ou dans une maison de naissance, mais sur la paille d’une crèche. Jésus sur la paille. C’est pas incongru, ça ? un Dieu qui est tout-puissant mais qui naît sur ce qu’il y a de plus simple et modeste: de la paille…

Notre vie est faite aussi d’éléments incongrus. Tiens, prenons Noël ! A cause du stress,  du rythme effréné de nos vies, de la surconsommation, nous avons perdu sa vraie valeur ! Et Noël avec Jésus et la crèche en est presque devenu incongru. Dans les magasins, la religion est absente de l’ambiance de Noël. A Neuchâtel, une crèche sous le sapin de la ville a d’abord été enlevée avant d’être remise mais dans une église, et non plus dans la rue.  Au nom d'une toute-puissance laïcité, au nom du respect de chacun, on balaie le sens profond de Noël, on en évacue sa signification, on exclut Jésus : Jésus ne crèche plus parmi nous, c’est COMPLET !

« Noël sans crèche, sans lieu où crécher », cela semble incongru, mais en fait, ne serait-on pas en train de revivre l’histoire de la venue au monde Jésus ? Vous l’avez entendu, Joseph et Marie ne trouvèrent pas de lieu pour mettre le petit Jésus au monde, pas de lieu, si ce n'est... une crèche.

(se baladant dans les rangs) Rejeté par nos fermetures, par nos refus, par nos exclusions, Dieu vient au monde en un enfant, fragile, vulnérable. Tout proche de nous. Dès le départ, son histoire est marquée par la violence, comme une porte qui est claquée au nez de ses parents. « 10Celui qui est la Parole était dans le monde. Dieu a fait le monde par lui, et pourtant le monde ne l'a pas reconnu. 11Il est venu dans son propre pays, mais les siens ne l'ont pas accueilli. » Pas de place pour toi, mon pote !  Pas place. Non c’est pris. Pas de place. Je suis sûr que cela évoque chez vous des souvenirs d’enfance où vous vouliez vous asseoir mais tout était pris : pas de place pour toi mon pote !

(sur la paille) Rejeté par les hommes, Dieu s’installe donc là où l’homme ne veut pas aller, ne veut pas habiter : dans une étable, sur la paille. Jésus dans l’étable, Dieu sur la paille.

Quand on est sur la paille, cela veut dire que cela veut dire : on n’a plus rien, on vit dans la misère.

Dieu dans la misère, c’est choc, ça, non ? Cette image de Jésus dans la crèche est tellement éculée qu’on s’y est habituée. Mais au fond elle est scandaleuse. Aussi scandaleuse que celle du Dieu qui meurt crucifié sur une croix au milieu de brigands.

Incongru, scandaleux

Si Dieu vient sur la paille, ce n’est pas juste pour faire « choc ». C’est pour nous rappeler qu’il vient pour être avec nous, là où nous nous trouvons, dans nos misères aussi. Dans ce coin obscur de nos vies où surgissent nos orgueils et nos hontes, nos peurs et nos avarices, nos refus et nos désirs d’exclusion : c’est là que Dieu vient pour être avec nous et pour nous.

Il vient au cœur l’obscurité, de la fermeture, de la violence, pour nous donner sa lumière (prendre une bougie). Une connaissance athée militant me disait : « Jésus n’est pas né le 25 décembre ». Probablement pas. Vous le savez peut-être, cette date est symbolique, elle a été choisie car elle se trouve juste après le solstice d’hiver, au cœur de nos ténèbres, là où elles sont les plus fortes, là où la nuit est la plus longue. A Noël, ne cherchez donc pas Dieu dans les lumières pimpantes qui scintillent de 1000 feux. Cherchez-le dans l’obscurité des écuries de ce monde et de vos vies.  C’est là qu’il vient - pour vous sauver !

Alors en ce jour de Noël où nous partagerons cette bonne nouvelle que Dieu est avec nous jusque dans nos misères, même quand nous sommes symboliquement sur la paille, je vous invite à réfléchir à votre coin obscur, à quelque chose de difficile que vous vivez en ce moment : une peur, un sentiment de honte ou d’orgueil, un manquement, une misère personnelle ou familiale, à vous de voir…

Que la force soit avec vous!

Devant ce coin obscur, la bonne nouvelle c’est que Jésus vient de sa paille vous donner sa lumière. Dieu sur la paille : Incongru ? Non, c’est un signe d’espérance, pour chacun de nous, un signe de lumière. "La lumière brille dans l'obscurité, mais l'obscurité ne l'a pas reçue dit L’Evangéliste Jean. Cette lumière était la seule lumière véritable, celle qui vient dans le monde et qui éclaire tous les hommes." Dans notre monde tourmenté par la guerre au terrorisme qui peut faire penser à Star Wars, voici donc mon message pour Noël : que la force soit avec nous ! La force, ou plutôt la lumière de Jésus Christ, Dieu-enfant sur la paille qui partage nos misères et qui nous donne toujours d’espérer! Oui, que la lumière de l’enfant-sauveur sur la paille vous éclaire dans vos étables !


Amen

vendredi 27 novembre 2015

Au nom de la laïcité toute puissante... amen!

Ca y est, ça recommence. Une polémique est lancée dans la ville de Neuchâtel sur la présence "des sculptures en bois représentant Marie, Joseph et l'enfant Jésus et placées sous le sapin officiel de la ville". Navrant.

Noël sans crèche

Navrant. Au nom d'une toute-puissance laïcité, au nom du respect de chacun, on balaie le sens profond de Noël, on en évacue tout signification. Et que reste-t-il ? Un sapin et des boules, le Père Noël et ses boules, pardon et ses cadeaux. Une fête de la surconsommation. Une fête bling-bling. Une fête sans vie. Noël sans crèche, sans lieu où crécher, tout un symbole, à l'instar de Joseph et Marie qui ne trouvèrent pas de lieu pour mettre le petit Jésus au monde, si ce n'est... une crèche!

Pétition des jeunes UDC

Une pétition a été lancée par les jeunes UDC de Neuchâtel (https://www.facebook.com/photo.php?fbid=1030850110278727) et je pense que ce sera bien la seule fois de que je signerai de toute ma vie une de leur pétition. Cath-Info a aussi réagit ici: https://www.cath.ch/newsf/polemique-autour-de-la-creche-de-lhotel-de-ville-a-neuchatel/. Mais je trouve qu'il y a là un signe fort à donner: nous ne pouvons pas vider Noël de son sens, nous ne pouvons pas effacer des siècles d'histoire de ce pays au nom de la laïcité.

Et si c'est tout de même le cas, pourquoi maintenir les congés lors des fêtes chrétiennes ? Supprimons Noël, supprimons Pâques! Tout le monde au turbin et vive le Dieu de la consommation!

Au nom de la laïcité et de la consommation toutes-puissantes, AMEN.




mercredi 18 novembre 2015

Lettre ouverte à la RTS


Chère RTS,

L'actualité ne cesse de nous secouer. Les attentats de Paris du 13 novembre 2015, même s'ils sont plus médiatisés que d'autres dans le monde, touchent les Suisses avec une force sans précédent. A la télévision, un intervenant a même utilisé l'expression de "11 septembre européen". Oui c'est un séisme, un tournant pour l'Europe qui prend conscience que le terrorisme islamiste peut frapper aveuglément n'importe où, n'importe quand. Et devant notre porte.

Et toi, pendant ce temps, que fais-tu ? Tu médiatises l'événement, tu donnes la paroles aux personnes touchées, dans l'émotionnel notamment, mais pas seulement. Tu expliques aussi les racines géopolitiques de ces actes. Tu instruis. Tu joues ton rôle de télévision publique qui se doit non seulement de relayer l'information, mais aussi d'expliquer pédagogiquement.

Mais soudain, nouveau séisme: je viens d'apprendre que tu as décidé de supprimer tes émissions
religieuses, les magazines de fond. Et je dois te dire que je ne comprends pas. Comment peux-tu, dans ces temps troubles et troublés où la société devient de plus en plus a-religieuse, devenant de plus en plus étrangère à la religion, comment peux-tu faire cela ? Ne te rends-tu pas compte du danger sous-jacent d'une telle décision ?

Dans le communiqué de protestinfo, il est écrit ceci concernant les négociations en 2013. Tu te souviens, c'était seulement il y a deux ans...
Lors de la précédente négociation de la convention la direction de la chaîne se réjouissait de l’engagement des Eglises qui participaient à la «générosité de l’offre», selon le directeur des programmes, Gilles Pache, interrogé par Le Courrier en 2013. Il déclarait alors que les émissions religieuses «assument un rôle pédagogique indispensable». Et il ajoutait: «dans notre société en évolution elles peuvent contribuer à éviter des dérives islamophobes, par exemple.»
Mais que t'arrive-t-il ? Es-tu soudain prête à ne plus prendre en considération ce danger ? qui va prendre le relais de tes émissions "pédagogiques" pour éviter que l'on tombe dans l'amalgame et le fanatisme (anti-)religieux? Qui ? Dis-le moi. Je n'ai pas envie que ma Suisse tombe elle aussi si bas, et pour cela, nous avons besoin d'un service publique qui joue son rôle pédagogique. Un service public qui instruise, aussi et d'abord au sujet de la religion. C'est le dernier lien qui permet aux personnes éloignées de comprendre un peu ce qui se passe et d'éviter de basculer dans le règne de l'intégrisme et de la peur: la peur du religieux, la peur de l'autre, la peur de ce que l'on ne comprend pas. Et la radicalisation qui va avec. Car c'est bien cela un des buts de l'instruction: éviter les fanatismes.

http://www.rts.ch/religion/6335206-le-nouveau-portail-rtsreligion.html
Je peux bien entendre que tu as des difficultés financières. Mais comme le disait un ami, "supprimer le remarquable travail de l'équipe de RTSReligion, c'est bafouer à la fois une équipe qui tisse des ponts entre religions, montre la nécessaire tolérance entre elles, et à la fois bafouer le public au moment d'une soif spirituelle manifeste et d'un besoin évident de décoder le fait religieux qui emplit l'actualité." Tu ne peux pas nous laisser tomber, nous avons besoin de toi. Oui je suis dans l'émotionnel face aux froids calculs, car notre société n'est pas faite que de billets de banques, mais aussi de valeurs qui nous chères: ouverture, tolérance, compréhension de l'autre.

Chère RTS, je t'écris cette lettre ouverte en tant que pasteur, mais aussi en tant que citoyen suisse inquiet pour son pays. Le temps n'est pas aux coupes financières, l'actualité nous montre assez bien que nous avons besoin de toi et de ton décodeur des religions. Et ce n'est pas une question de laïcité, crois-moi, ni une question d'audience, mais bien une question de santé publique.

Je te demande donc, pour la santé de notre pays, de revenir sur ta décision dont les conséquences pourraient à terme être graves pour notre société Suisse.

Avec mes salutations fraternelles,

Benjamin Corbaz,
Pasteur



jeudi 29 octobre 2015

L’espérance plus forte que les ténèbres

Parfois nos chemins de vies passent par des périodes sombres, envahies par des ténèbres : chacun peut penser à des temps d’épreuve, de difficultés ou d’obscurité, plus ou moins grands, pour soi ou des proches.

Il y a toujours de l'espoir

Comme les catéchumènes le découvrent ce mois avec un module de KT 11 régional, le film « Le Seigneur des Anneaux », issu de la trilogie de livres de J. R. R. Tolkien, parle avec profondeur de cette question des ténèbres et de l’espérance. Dans le deuxième film, les êtres humains sont à deux doigts d’être anéantis par des créatures du mal. Réfugiés dans le gouffre de Helm, ils s’accrochent pourtant à cet espoir infime qui demeure. Tenir, car il y a toujours de l’espoir (comme le dit Aragorn ici: https://www.youtube.com/watch?v=gqC2maskGR4). Et au petit matin, une inespérée armée de lumière finalement les délivre.

Face aux épreuves de la vie, l’espérance chrétienne nous fait tenir, au-delà des ténèbres les plus tenaces, comme le dit le psalmiste: « Seigneur, Toi qui es fidèle à tes engagements, délivre-moi et mets-moi en lieu sûr ; (…) Tu as décidé de me sauver. Oui, tu es bien mon rocher, ma forteresse ! (…) C'est toi, Seigneur Dieu, qui es mon espoir. » (Ps 71)


 « En fin de compte, elle ne fait que passer cette ombre, même les ténèbres doivent passer. Un jour nouveau viendra et, lorsque le soleil brillera, il n'en sera que plus éclatant. », conclut Sam, l’ami de Frodon, en fin de film. En ce mois de novembre où les ténèbres gagnent sur la lumière, le message d’espérance du Christ retentit avec force : face à nos ténèbres les plus tenaces, Dieu ne nous oublie pas, il nous promet même, après notre croix, une vie en ressuscités.

dimanche 16 août 2015

En marche vers le Royaume

Prédication de mon culte d'adieux dans la paroisse de Belmont-Lutry (16.08.15)

Lectures bibliques

  • Genèse 12,1-5 
  • Matthieu 6, 25-34
  • Romains 12,1-2.9-15

Prédication dialoguée (avec JB Lipp)

Du fond du temple, Benjamin cherche le Royaume… De devant, JB l’appelle…

B : Vous ne l’auriez pas vu ? je le cherche… Non ?
JB : Benjamin ??? Benjaaaaamiiiin ??? 
B : Ah JB, euh attends, juste une minute, j’arrive…
JB : Tiens donc, ce genre de réponse, ça me rappelle mes enfants quand ils étaient ados … M'enfin, Benjamin, je te signale, à toutes fins utiles, que l'on doit prononcer la prédication de ton culte d’adieu... Tu ne voudrais quand même pas rater ça ???
B : Ouais ouais, j’arrive… (s’énerve) Oh mais c’est possible, je le cherche le cherche, mais je ne trouve pas… Tu sais pas où il est toi ?
JB : Ben si, élémentaire mon cher Whatsapson : « Demandez, on vous donnera ;  cherchez, vous trouverez ;  frappez, on vous ouvrira. »  (le doigt levé, le regard par-dessus les lunettes) Matthieu chapitre 7, verset 8 
B : Ah pasteur à lunettes, je t’ai pas demandé un verset biblique, y avait déjà assez avec les 3 lectures qui viennent d’être faites… Rho c’est pas possible…
JB : Mais qu’est-ce que tu tiens dans les mains ?
B : Mon bâton !
JB : Un bâton de berger ? Mmm, miam miam !
B : Mais non, c’est pas du sauciflard, c’est mon « bâton du consacré », aussi bâton de berger si l’on veut, je l’ai reçu à mon culte de consécration. Tu te rappelles ? D’ailleurs il me semble toi aussi tu vas bientôt célébrer ce culte à la cathédrale, c’est juste ? Pas une mince affaire…
JB : C’est le moins qu'on puisse dire, en effet ! Mais tu sais, c’est beau de voir le chemin de ces futurs consacrés ou agrégés. Voir des chemin de vie qui les mène d’un lieu à un autre, et parfois même d’un pays à un autre… Mais, bon, revenons à nos moutons, si tu veux bien !
B : Bon, pisque je trouve pas, je vais chercher ailleurs ! Allez, j’ vais chercher là-haut…
JB : Euh t’es vraiment sûr qu’on ne peut pas te retenir ici, un plus près du niveau du Lac?
B : (chante « Aller plus haut, aller plus haut, et dessiner ses souvenirs, aller plus, aller plus haut, et croire encore à l’avenir » )
JB : M'enfin, Benjamin, tu étais déjà pasteur des hauts de la paroisse de Belmont-Lutry, et maintenant, te voilà qui  veux être pasteur des toujours plus hauts !! Ici aussi,  nous sommes les serviteurs du Très-Haut !
B : Bah oui. Tu en entendu ce qu’a dit Dieu à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va dans le pays que je te montrerai. » C’est un peu un appel de cette sorte que j’ai reçu de Dieu…
JB : Oui, oui, je vois bien : tu reçois donc un appel à quitter la terre de tes ancêtres, un appel à quitter les vignes de ton grand-père vigneron, un appel à quitter ton coin des Corb’ et puis Corsy pour aller… ailleurs ! Bon Savigny-Forel, ce n’est pas un autre pays, ce n’est pas Canaan !
B : Non, comme me le disait un ami : ce n’est pas l’Afrique !
JB : Ah ben ça, c’est sûr, ce serait plutôt le Pôle Nord régional, (un brin moqueur) c'est carrément un « pays de loups » que ton nouveau pays de Savigny-Forel !
B : Mais c’est un ailleurs, une autre population, une autre mentalité et Dieu me dit : Va et aie confiance ! Alors j’y vais, et j’ai confiance. Enfin, j’essaie ! ;-) Et, habité comme Abram par la promesse de bénédiction que Dieu nous fait, je continue ma route…
JB : … avec ta femme Sarah (et ton fils Elie),... Dis-moi, il est quasiment biblique ton voyage ! 
B : Oui, c’est vrai. Mais surtout, je continue à chercher… Mais là ça commence sérieusement à m’inquiéter…  Je cherche, je cherche, et ne trouve pas… C’est inquiétant non ?
JB : Mais t’inquiète pas, cher collègue et néanmoins ami (à moins que ce ne soit le contraire) ! Tu connais, comme moi, ce passage du Sermon sur la Montagne que notre Seigneur aurait pu prononcer sur ta Montagne : « Ne t’inquiète pas pour ta vie de ce que tu mangeras, ni pour ton corps de quoi tu le vêtiras. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regarde les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent point dans des greniers ; et ton Père céleste les nourrit ! Ne vaux-tu pas beaucoup plus qu’eux ?"
B : Ben oui, en bon Vaudois que je suis, je le VAUD bien, ce bien joli canton qu’on a : des veaux, des vaches, des moutons, du chamois, du brochet, du cygne ; des lacs, des vergers, des forêts, même un glacier, aux Diablerets ; du tabac, du blé, de la vigne (en Lavaux), comme le disait ce cher Jean Villard-Gilles.
JB : Ah, Gilles, je vois que notre jeune pasteur s'en va avec de bonnes références ! Alors c'est poétiquement prouvé : ne t’inquiète donc pas pour l’avenir, fais confiance dans ce beau Canton. Et même si je sais bien que c’est toujours plus facile à dire qu’à faire… Sois confiant. Et dans la confiance, il te faut chercher d’abord …
B : BEN OUI JE CHERCHE !!! C’EST CE QUE JE FAIS DEPUIS UN MOMENT, 5 ANS EXACTEMENT, ET JE CHERCHE TOUJOURS…
JB : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela - sous-entendu tout ce dont vous avez besoin, tout ce qui vous inquiète - tout cela vous sera donné en plus ! » Tiens ! … Tu as remarqué ? Ce n’est pas dit au singulier, c’est dit au pluriel : « Cherchez » ! E zed ! 
B : Ah, je vois ce que tu veux dire… C’est pour indiquer l’importance de la communauté, parce que dans cette recherche, nous avons besoin les uns des autres.
JB : Nous avons besoin de la communauté, c’est sûr et certain. Même chez nous, les protestants. Surtout chez nous, les protestants qui affirmons un lien personnel à Dieu. Certes, mais sans une communauté, la foi personnelle perd de sa saveur !
B : (tombe sur l’oriflamme du 850e) Oh regarde ce que j’ai trouvé ! C’est pas encore le Royaume, mais c’est un souvenir sympa !
JB : Joli ! L’oriflamme que nous avions réalisé ensemble pour la célébration œcuménique du 850e anniversaire de Belmont !  (JB lit les mots clés). Eh bien, tiens, voilà peut-être déjà quelques indices pour la poursuite de ta recherche...  
B : Attends, je descends, j’ai besoin de voir cela.
JB : Oui, c'est ça, reviens vers nous sur terre ! Je sais que tu aimes la hauteur, mais tu peux quand même condescendre à nous rejoindre, même si nous sommes pas à ton niveau de quête spirituelle !
B : Parce que… justement… je me demandais… si je ne trouve pas, c’est peut-être que je cherche mal… De quelle manière, comment chercher, tu sais toi ?
JB : Ben… c’est-à-dire que… 
B : Et l’ami Paul, qu’est-ce qu’il dit ?
JB : Paul Algento ? Le prêtre de Lutry ? Aucune idée… Je ne sais pas trop ce qu' Irak conte, notre collègue Paul ! 
B : Mais non, tu as écouté la lecture de l’épître aux Romains ? C’est tout un programme…  L’apôtre Paul commence avec : Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu.
JB : Se laisser transformer par Dieu ? Tiens, c’est peut-être bien la condition  sine qua non  pour chercher son Royaume. S'exposer au risque de se laisser transformer par Lui. 
B : Accepter que c’est Sa volonté et pas toujours la notre que nous avons à suivre, c’est ça ? 
JB : « Non pas comme je veux, mais comme tu veux », (le doigt levé) Matthieu 26, verset 39. Tout à fait cela. Mais pas facile à vivre…
B : Réécoute ce qu’a écrit l’apôtre Paul : Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection ; rivalisez d’estime réciproque. D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur. Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière. 
JB : Amour, service, espérance, patience, persévérance, tout un programme…
B : Oui, c’est un texte d’une telle richesse… On pourrait faire 10 prédications dessus ! Mais j’aime particulièrement ce verset 12 : Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière. Pour moi, il est un peu ce chemin chrétien que j’essaie de suivre…  Et en ce jour où je prends congé de vous, chers amis, c’est tout ce que je peux vous souhaiter : de la joie dans l’espérance, de la patience dans la détresse ou les difficultés, et de la persévérance dans la prière. D’ailleurs mon petit doigt m’a dit que …
JB : Qu'est-ce qu'il t'a dit, ton petit doigt ? 
B : Il m'a dit que nos prières avaient été entendues puisqu’une jeune pasteure viendra à la fin de l’année pour me succéder, ainsi la paroisse sera enfin au complet au niveau de son équipe pastorale ! 
JB : Ah oui, pour une bonne nouvelle, c’est une bonne nouvelle ! Tu peux aller en paix ! (un temps)  Mais dis-moi, alors, tu vas continuer à chercher, là-haut sur la montagne… de Savigny-Forel ?
B : Mais crois-tu qu’on puisse jamais le trouver, ce Royaume de Dieu ?
JB : Alors ça, mon cher Benjamin, c’est une excellente question ! Peut-on jamais trouver le Royaume... ? (un temps) Je ne sais pas, peut-être bien qu’on le cherche toute sa vie. 
B : « On est catéchumène toute sa vie », disait un collègue. Au fond, le Royaume, il est peut-être justement à goûter sur le chemin, en marchant, en cherchant… ensemble !
JB : Pour ta route, Benjamin, voici un souvenir de notre paroisse : le cierge pascal que nous avons utilisé l’an passé. Que la lumière de Dieu qui a rayonné à Belmont-Lutry illumine ta route !
B : Merci ! Même si je peux en déduire que pour toi je ne suis pas une lumière, je suis heureux du symbole : j’emporte un peu de vous et de votre lumière et cela me sera bien utile, surtout dans les hivers froids de la cure de Savigny !
JB : Alors bonne route à toi, cher Benjamin et bonnes recherches à Savigny-Forel ! Bonne suite de route vers le Royaume !
B : Alors bonne route à vous, chers paroissiens de Belmont-Lutry, et bonnes recherches ici en route vers le Royaume… habités par la joie dans l’espérance, la patience dans la détresse et la persévérance dans la prière…
JB+B : Amen !


dimanche 2 août 2015

Discours du 1er août 2015

Mesdames et Messieurs les Savignolans, sans oublier les Savignorapides, 
Chers inconnus que je me réjouis de connaître,

Vous avez vu ? Tout change… D’abord, le pasteur qui était à Savigny depuis 20 ans, François Rochat, a quitté la paroisse, et me voici, jeune pasteur enthousiaste pour lui succéder. Et là, je lis dans vos yeux ébahis : « comment ? ce jeune gaillard il est pasteur ? » Vous croyiez sûrement que tous les pasteurs ressemblaient au Père Fouras dans Fort Boyard, c-à-d chauve, avec une barbe blanche, et un peu comme dans cette petite histoire que voici :

Lors d'un vol en montgolfière, les occupants se retrouvent soudain perdus dans une nappe de brouillard à couper au couteau. Le pilote perçoit un village en dessous de la nacelle. Il crie : « Où sommes-nous ? » Du village une voix répond : « Dans une montgolfière ! » Dans la nacelle, le pilote se retourne alors vers son coéquipier et lui dit :
- Ca c'était la voix d'un pasteur !
- Ah bon, et comment le sais-tu ? lui demanda son coéquipier
- Eh bien c'est simple ... Premièrement : il a une voix forte. 2èmement, ce qu'il dit est vrai. Troisièmement, ce qu'il nous a dit ne nous sert strictement à rien !

Alors c’est un honneur, pour moi, nouveau pasteur arrivé dans la commune depuis exactement 3 jours, de pouvoir donc vous adresser un message en ce 1er août, pour essayer de dire des choses certes vraies mais qui soient toutefois aussi utiles pour le quotidien, pour changer, contrairement à cette histoire !

Le changement, c’est justement un thème qui nous touche tous. Vous le savez bien, on vit dans une société de constant changement, tout va très vite. Si vous regardez le paysage d’il y a 50 ans et celui de maintenant, vous voyez un sacré changement. Si vous regardez les lampions aujourd’hui, avec cette malheureuse ampoule en LED, on est loin des bougies de ma jeunesse avec lesquelles on pouvait « allumer le feu » : là aussi ça a bien changé... Et dire qu’ils veulent encore nous changer notre bel hymne national, alors que cela ne fait « que » depuis 1961 que nous l’utilisons… Autour de nous, donc, tout change.
Dans nos vies aussi, suivant les âges, nous devons vivre des changements. Changement de lieu de vie (ah les déménagements et leurs cartons adorés), changement avec les étapes de la vie des enfants, changements d’emploi, réorientations, changements de vie, deuils de relations, de personnes ou de situations, etc. Que de changements parcourent notre chemin de vie !

En patriote que je suis, j’avais envie de vous citer la première strophe de la prière patriotique
Seigneur accorde ton secours
Au beau pays que mon coeur aime 
Celui que j'aimerai toujours 
Celui que j'aimerai quand même.
Le pays que j’aimerai, au futur, quand même. Je l’aimerai quand même, même si j’en suis parfois déçu, même si parfois je ne suis pas tout à fait d’accord. Même si c’est plus comme avant, même si tout fout le camp, si vous me passez l’expression, même si tout change, je l’aimerais quand même.
Dans la Bible, on ne dit pas qu’il ne va pas y avoir de changement, ou de difficultés, mais ce que Dieu nous dit, c’est qu’Il nous aime, quels que soient les changements, et qu’Il est fidèle, comme dans ce passage d’Esaïe (Es 43,4-5) : 4 tu as du prix à mes yeux, tu comptes beaucoup pour moi et je t'aime. (…) 5N'aie pas peur, je suis avec toi.
Le message que je vous apporte donc en ce jour est un message de confiance : n’ayez pas peur, quels que soient les changements, quoi qu’il se passe dans notre pays ! Car dans le changement, Dieu nous rappelle qu’il nous aime lui aussi « quand même », et en retour nous sommes appelés nous aussi à aimer « quand même », les gens autour de nous, qui parfois nous tapent sur les nerfs, aimer « quand même » notre patrie, et par cet amour à construire un pays de paix et de prospérité, de rencontre et de partage, d’ouverture et de solidarité. Un pays dont on puisse être fier comme avec cette bonne nouvelle que Lausanne va accueillir en 2020 les JO de la jeunesse ! Car vous le savez, Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres pour agir sur la terre. A nous donc de faire que Savigny puisse continuer à être un village accueillant, un lieu de vie où les familles, comme la mienne avec ma femme Sarah et mon fils Elie, puissent venir y faire leur nid, un nid là où ça vit, à Savigny !

Longue vie à la Suisse, et longue vie à Savigny ! Je vous souhaite un joyeux 1er août !

dimanche 19 juillet 2015

Face aux situations qui nous semblent sans issue, accueillir l'espérance

Lectures bibliques

  • Lecture de Genèse 18, 1-15
  • Lecture de Hébreux 13, 1-3.5-6

Prédication (inspirée du CBOV 2015 sur le trio de la promesse: Abraham, Sarah et Hagar)*

Chers frères et sœurs en Christ,

Vous le savez, la vie est un chemin, que l’on aimerait dreoit et rectiligne, mais qui, selon nos expériences s’apparente rarement à une autoroute toute droite et facile. Oui, parfois le chemin est difficile à trouver. Parfois dans notre vie, nous avons même l’impression qu’il n’y a plus d’issue possible, que l’on se retrouve dans une impasse. Chômage longue durée, maladie sans espoir, impuissance devant les difficultés de la vie ou incapacité à résoudre des problèmes. Souvent, nous sommes comme dans une rue sans issue : il n’y a pas ou plus d’espoir, c’est fini, c’est mort, comme disent les jeunes.

Même quand c'est mort, l'impossible peut devenir possible

Pourtant le texte de la Genèse que nous venons d’entendre nous dit que même quand il n’y a plus d’espoir, même quand tout nous semble « mort », stérile (donc sans fruit, sans vie), même dans ce cas-là, eh bien l’impossible est encore possible. Comme ce couple qui désespérait de ne pas réussir à avoir d’enfants qui, après avoir décidé de laisser tomber, découvrirent quelques mois plus tard qu’elle était enceinte ! Comme cet homme, malade, à qui l’on donnait à peine quelques semaines à vivres, qui vit encore aujourd’hui. Comme des petits miracles du quotidien qui opèrent discrètement : un avenir tout à coup se débouche…

Oh cela ne veut pas dire que c’est magique, automatique, et qu’il n’y a pas de souffrance. Tout le monde n’a pas toujours la chance de vivre un tel retournement, il faut en être conscient et ne pas gommer ces souffrances-là. Mais Dieu nous dit, à chacune, à chacun, sa promesse pour nous: « je suis avec toi, quoi qu’il se passe. Et il y a toujours un espoir. »

A Abraham et Sarah, qui sont bien avancés en âge, Dieu a promis un fils. Sarah rit, c’est vrai, elle ne peut que rire, incrédule : comment serait-ce possible ?

Nous aussi, souvent nous n’y croyons pas : comment serait-ce possible ? Pris par les sentiments négatifs dans nos vies, par la tristesse, la colère, ou l’amertume, parfois, nous n’arrivons pas à voir la présence de Dieu à nos côtés, à la recevoir.  Savoir accueillir, c’est savoir recevoir, comme nous le dit ce récit aux chênes de Mambré.

Genèse 18: un récit onirique d'espérance

J’aime ce récit un peu fou, quasi onirique, d'Abraham, Sarah et ces trois visiteurs, avec les choses qui s’enchaînent en si peu de temps, un peu comme dans un rêve, comme dans ce tableau de Chagall (ci-contre). J’aime voir cet Abraham se démener pour accueillir ces trois hommes, « pour refaire vos forces » (dit-il au verset 5: pour vous réconforter, soutenir votre cœur). Et c’est un retournement : en fait de réconfort, c’est Abraham et Sarah qui en sont comblés après la visite des voyageurs. Au fond, Abraham est récompensé pour avoir accueilli avec faste et respect ces hôtes qui s’avéreront par la suite être Dieu ! J’aime le rire de Sarah qui est ce lien entre le virtuel et le réel, au seuil de la tente, le rire est comme un lieu de passage : comment cela est-il possible ? La question centrale est donc bien celle que pose Dieu : « Y a t-il une chose trop extraordinaire pour le Seigneur ? »

Savoir accueillir, vivre en pratique l’hospitalité, c’est donc accueillir et recevoir la nouvelle que, même quand nous sommes dans une situation qui semble bouchée, sans issue, même quand nous avons perdu toute espérance, comme Abraham et Sarah, Dieu vient nous dire que rien n’est perdu. En fait, dans notre récit du jour, l’hospitalité, l’accueil, ouvre sur un avenir, opère un renversement, un déplacement…

Dieu fait irruption dans l'ordinaire de nos vies

Dieu annonce en effet qu’Abraham et Sarah vont avoir un fils, ce fils tant attendu et inespéré. En fait,
il leur dit qu’ils sont en quelque sorte au seuil d’entrer dans la terre promise avec la réalisation de la promesse qui semblait impossible. Mais cette réalisation prend des chemins inattendus… Au fond, comme Dieu fait irruption dans la vie d’Abraham et de Sarah par ces 3 mystérieux visiteurs, il fait irruption dans l’ordinaire de nos vies. Par un (ou des) visiteur(s). Par une rencontre, comme lors des jeudi de l’été où ce temple de Belmont est ouvert. Dieu fait irruption dans l’ordinaire de nos vies. Alors, l’histoire humaine, notre histoire, nos histoires, deviennent « extraordinaires », et Dieu y révèle le germe de sa présence.

Ainsi, par l’hospitalité, où l’on s’ouvre à l’inconnu, c’est parfois Dieu qui vient nous révéler le germe de sa présence, qui vient nous redire que tout est possible. Cela fait écho à ces versets de l’épître aux Hébreux : 1Que l’amour fraternel demeure. 2N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. (et plus loin) 5Que l’amour de l’argent n’inspire pas votre conduite ; contentez-vous de ce que vous avez, car le Seigneur lui-même a dit : « Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas ! » 6Si bien qu’en toute assurance nous pouvons dire : « Le Seigneur est mon secours,  je ne craindrai rien ; que peut me faire un homme ? »

L'hospitalité qui ouvre sur la présence de Dieu

L’hospitalité, en ouvrant sur le monde de l’inconnu, ouvre sur la présence de ce Dieu fidèle qui ne nous abandonne pas, qui est notre secours. « Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas ! » Ce Dieu fidèle qui rend l’impossible possible, comme il l’a fait à la croix où la Vie a été plus forte que la mort (panneau sans issue Christ). « Chaque fois qu’on ouvre sa porte on s’ouvre soi-même à ce que l’invité nous offre. Je peux offrire à boire et à manger, mais je reçois toujours quelque chose de l’invité. » disait une campeuse du CBOV la semaine dernière (lors de la célébration ci-contre). Accueillir, c’est savoir aussi recevoir, se laisser enrichir et aussi se laisser déplacer par les visiteurs... et emprunter d'autres chemins comme sur ce panneau ci-dessous...

Dans notre paroisse, nous avons également à cœur d’accueillir, comme le décrivent les petits feuillets qui vous serons distribués à la sortie. Un feuillet pour redire l’importance de l’accueil de l’autre : savoir le recevoir sans l’étouffer ou le faire fuir, savoir accueillir ce qu’il peut nous donner. Le recevoir, comme si c’était un ange.

Que Dieu nous permette donc à tous d’ouvrir notre cœur et de vivre l’hospalité en vérité, en profondeur, en se laissant déplacer par les visiteurs, d’où qu’ils viennent, quels qu’ils soient ). Ainsi peut-être, nous pourrions accueillir des anges qui nous comblerons au-delà de nos espérances…

Amen.
Prédication prononcée le dimanche 19 juillet à Belmont

* = voir à ce sujet le Dossier Théologique du CBOV 2015 sur ce thème: DT2015

jeudi 16 juillet 2015

Je ne m'en vais pas je vole...

La vie n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Et Dieu nous réserve quelques surprises pour le moins... surprenantes! En février dernier encore, j'étais persuadé que j'allais faire 10 ans dans la paroisse de Belmont-Lutry, prêt à emménager dans une maison appartenant à la paroisse. Mais la porte que nous croyions sur le point de s'ouvrir s'est refermée, par deux fois, devant notre nez. Et comme me le disait un ami: "quand une porte se ferme deux fois devant toi, c'est peut-être un signe que tu dois te diriger vers une autre porte!"

Discerner l'appel de Dieu

J'ai prié. J'ai écouté. J'ai essayé de discerner l'appel de Dieu: que veux-tu, Seigneur? où me veux-tu ? Souvent l'appel de Dieu se fait ressentir, mais ce n'est pas forcément le chemin le plus facile, le plus confortable, qu'il nous invite à prendre. Il nous demande de dépasser nos peurs et nos inquiétudes, de quitter nos conforts pour le suivre... Pour moi aussi, ce fut le cas.

Alors soudain, tout a été clair. Et la lumière fut. Comme les pièces d'un puzzle qui enfin s'emboîtent les unes dans les autres: quitter le confort de Belmont-Lutry (confort professionnel dans une super paroisse, confort familial avec tout le monde autour) pour partir habiter dans la cure de Savigny, avec un mi-temps paroissial à Savigny-Forel, tout en conservant mon mi-temps régional "jeunesse". Même Sarah, pourtant réticente à habiter dans une grande cure (froide en hiver) était partante, et pas qu'à moitié! C'était le bon moment, le kairos, pour changer, pour prendre de la hauteur, et voler de nos propres ailes.

Prendre notre envol

Car après 5 belles années dans la paroisse de Belmont-Lutry, où j'ai vécu mon stage en 2010-2011 qui fut comme un feu d'artifice (sous la houlette de mon collègue et néanmoins amis JB Lipp), après 5 ans dans cette paroisse de mes débuts donc, 5 ans au coeur mes vignes de ma région (et de ma commune) d’origine, 5 ans dans mon cocon familial de Corsy, nous avons ressenti Sarah et moi l’envie de « prendre notre envol ». Aller plus haut, chantait Tina Arena.

Dès le 1er août, je serai donc pasteur de la paroisse de Savigny-Forel, à peine un peu plus au nord de Belmont. De « pasteur des hauts » de Belmont-Lutry, je passe à « pasteur de hauts plus plus » : assurément un sacré défi, tout en conservant mon autre mi-temps régional « jeunesse » ! Mais porté par tout ce que j’ai reçu, je peux partir le cœur empli de reconnaissance pour ces belles années, pour tout ce que nous avions partagé, avec la confiance que la paroisse va continuer à rayonner en témoignant de l’Evangile. Merci à chacune et à chacun !

« Je ne m’en vais pas, je vole », disait Sardou, dans cette chanson remise au goût du jour par le film
émouvant et profond "La Famille Bélier" : je m’envole avec en moi une part de ce que j'ai reçu de chacun, cette part qui m’accompagne et qui va m’inspirer pour la suite de mon ministère. J'en aurai besoin, c'est sûr, pour affronter ce nouveau défi (passionnant) qui est de reconstruire (ou construire avec mon souffle) une paroisse où l'ancien pasteur est resté 20 ans, ça fait un sacré bail...

La difficile transition à vivre dans la confiance

Cette période de transition, avec les cartons qui pointent à l'horizon, a été et est encore difficile à vivre. Non seulement l'attente est longue, j'ai hâte d'y être, et de prendre mon baluchon pour aller à la rencontre les gens, mais aussi je sais que 6 mois difficiles m'attendent, avec l'énergie qu'une arrivée implique, ainsi que l'organisationnel qui prend du temps, tout en tenant compte du fait que mon futur collègue paroissial ne me rejoindra qu'en février - avec une petite aide de remplaçants pour l'intérim avec ce 50% vacant. Pourtant, j'ai la foi, la confiance, que le Dieu de Jésus Christ, fidèle, chemine avec moi. Il m'a appelé à prendre la route du pays de Loups de Savigny, et me montre par différents signes que des paroissiens se réjouissent de ma venue. Un changement de vie à vivre donc dans la confiance dans le Christ Ressuscité.



mercredi 13 mai 2015

Les disciples et le doudou

Prédication du 14 mai 2015 (Ascension)

Textes bibliques

Lecture de Actes 1, 6-11
Lecture de Marc 16, 15-20
Lecture de Luc 15, 8-10

Texte de la prédication

Chers frères et sœurs en Christ,

L’autre jour, nous avons passé, ma femme et moi, par un temps de crise. Oh rassurez-vous, tout va bien dans notre couple, mais Elie, notre fils de 15 mois, pris par la fatigue, a soudain eu un besoin viscéral, fondamental, de son doudou, sa petite peluche éléphant qu’il aime tant et qu’il serre très fort contre lui, notamment pour s’endormir. Son doudou, ça le rassure, ça le réconforte, ça l’aide à traverser les émotions de la journée et à trouver le sommeil. Dans les termes médicaux, un doudou, on appelle cela un « objet transitionnel »: « Appelé "doudou" dans le langage courant, l'objet transitionnel peut être une peluche, un chiffon, une tétine ou le pouce. Dans tous les cas, l'objet transitionnel revêt toujours la même fonction : celle d'aider le nourrisson à réaliser la transition entre sa mère et le monde extérieur. » Le problème, dans la situation de l’autre jour que je vous contais, c’est que ledit doudou d’Elie était… introuvable. Et je vous laisse imaginer le drame. Avions-nous perdu notre planche de salut ?

La perte, c’est un thème qui nous touche tous, petits et grands, jeunes et vieux, avec des parfois petites, parfois grosses pertes qui jalonnent notre chemin de vie. « J’ai perdu mes clés », comme moi dimanche passé juste avant le culte Clin Dieu, coup de chaud. « J’ai perdu ma ‘mémé’ » comme cette famille d’amis que j’ai accompagnée en faisant mardi le service funèbre de la grand-maman, coup de froid. J’ai perdu… la foi, j’ai perdu la force, j’ai perdu la joie de vivre, comme tant de personnes autour de nous.

L'Ascension, une perte... déconcertante pour les disciples

Pour les disciples, on imagine bien le drame que la perte de Jésus a dû être. Eux aussi, si l’on veut, ils avaient perdu leur doudou version adulte… et bien plus ! D’abord quand Jésus est mort sur la croix. Les disciples ne pouvaient être qu’abattus. Puis la nouvelle se répand : « il est vivant, il vraiment ressuscité, alléluia ! » Et pourtant, 40 jours plus tard, à l’Ascension, il s’en va, définitivement. Pour les disciples, c’est encore une perte, même s’ils sont probablement moins triste et abattus qu’à la croix, mais davantage déconcertés : perte de ce repère qu’il était dans leur vie, perte de leur lien avec Dieu. «Comment va-t-on faire sans lui ? », on imagine assez bien la scène et ce que les disciples ont pu dire… Ils regardent le ciel, sans trop comprendre…  « Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? », disent deux hommes en vêtements blancs. « Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » (Ac 1,11) Face à leur perte, les disciples restent, vous l’avez remarqué, sans voix. Que faire désormais ? La question se pose avec une certaine acuité…

Oui quand on vit une perte, que faire ? Face à mes pertes, est-ce que je me laisse abattre ? est-ce que je pleure un bon coup, comme Elie, est-ce que je crie ma révolte ? est-ce je reste sans voix ? comment est-ce que je réagis ? comment est-ce que j’arrive, ou pas, à aller de l’avant et continuer mon chemin ?

Parabole de la pièce perdue

La perte, c’est évidemment un thème qui traverse donc nos existences, mais aussi la Bible avec
notamment ces 3 paraboles de l’Evangile de Luc au chapitre 15 avec deux paraboles parmi les plus célèbres : celles de la brebis perdue et celle du fils prodigue ou du fils retrouvé. Plusieurs fois dans les Evangiles, nous trouvons des doublets (deux paraboles sur le même thème), mais ici nous avons, et c’est je crois unique dans les Evangiles, un « triplet ».  Est-ce que cela veut dire que le thème est particulièrement important ?

Entre les 2 paraboles très connues, on trouve la petite parabole de la pièce perdue. Parabole mineure peut-être, courte, mais là, avec sa spécificité. Quelle est-elle ?

D’abord, à la différence de la brebis et du fils, la pièce d’argent ne s’est pas perdue par elle-même. Elle a été perdue, on ne sait pas comment ni par qui. La perte a lieu, sans qu’il n’y ait de coupable à accuser. C’est ainsi la parabole la moins moralisante des trois : elle évite d’avoir un regard trop sévère à son propre égard ou à l’égard des autres.  En fait, il faut bien avouer que nous ne savons pas toujours comment cela se fait qu’on perd, qu’on se perd, ou qu’on est perdu.

Ensuite, deuxième différence majeure, il s’agit d’une femme. A l’inverse du monde masculin du berger, cette parabole touche le monde féminin de la maison. Dieu se présente sous des traits féminins, à l’inverse du berger ou du père. D’ailleurs, la pièce n’est pas perdue à l’extérieur (comme la brebis et le fils) mais à l’intérieur de la maison. La maison représente ce qui a trait à la sécurité, à l’intimité, c’était domaine des femmes pendant longtemps. Nos pertes peuvent aussi toucher notre intérieur : et si c’était parfois à l’intérieur de nous que nous sommes perdus ?

Face à la perte, que faire ?

Face à la perte, qui est dans ce milieu modeste de la parabole, catastrophique, avec la pièce d’argent qui représente un salaire journalier, face à la perte donc, que faire ? Face à la perte du Christ pour les disciples, que faire ? face à nos pertes, que faire ?

Assez simplement, la femme de la parabole agit. Elle allume une lampe pour y voir clair. Elle balaie 
la maison pour y faire de l’ordre. Elle cherche avec soin jusqu’à ce qu’elle ait retrouvée la pièce. Sans se laisser abattre, elle prend les choses en main et fait tout ce qu’elle peut pour vivre des retrouvailles. Certes parfois, une perte est définitive, il ne peut y avoir, sur terre en tout cas, de retrouvailles. Mais la réaction de la femme est importante : elle nous montre que la perte ne doit pas nous abattre mais doit nous mettre en chemin. Au fond, cette petite parabole met en exergue une vraie démarche et un cheminement intérieur : apporter de la lumière,  pour y voir clair ; balayer pour faire de l’ordre, dans notre maison intérieure, cela commence par là. Et se mettre en marche pour vivre à nouveau la joie.

Pour les disciples aussi, leur perte déconcertante de leur maître les met inexorablement en mouvement, en marche. Pour eux, cela signifie aller dans la confiance. « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures. » (Mc 16,15) leur dit Jésus dans l’Evangile de Marc. Va avec confiance et sois témoin de la bonne nouvelle. Met de la lumière dans la vie des hommes et des femmes. Balaie, mets de l’ordre dans ta vie spirituelle et marche à ma suite. De disciples, qui m’a suivi, deviens apôtre, mon envoyé.  Avec la puissance de l’Esprit Saint, « vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Nous mettre en chemin

Pour nous, dans la position de ceux qui vivons la perte, cette parabole est aussi une exhortation à nous mettre en chemin, à faire de l’ordre dans notre maison intérieure et à aller avec confiance sur les chemins de vie témoigner de l’amour que nous avons reçu. Aller… vers l’autre, esseulé, retrouver celui qui est perdu, aller… à Taizé pour se retrouver, pour faire de l’ordre dans sa maison intérieure, pour aimer, pour vivre la joie, celle qui nous vient de Dieu. La même joie que Dieu ressent quand un homme pêcheur admet que Dieu le cherche et se laisse trouver, cette même joie est à vivre par le Christ retrouvé dans l’amour du prochain, dans la rencontre, dans le partage, comme on peut le vivre à Taizé.

Ainsi, face à nos pertes, comme les disciples ont vécu l’Ascension du Christ comme une perte, la parabole de la pièce perdue nous invite à nous mettre en mouvement : faire de l’ordre dans notre maison intérieure et nous engager à mettre l’Evangile au centre de nos vie pour vivre la joie des retrouvailles avec le Christ dans l’amour du prochain. Un cheminement à vivre, donc, dans la confiance que Dieu viendra toujours nous rechercher et nous offrir sa consolation et sa joie. Car le vrai doudou, c’est lui, le Dieu trois fois saint. Que sur notre chemin de vie jalonné de pertes, il nous bénisse et nous garde.


Amen