samedi 31 mars 2018

Non, Pâques ne sera pas "trop chou"

Prédication du dimanche 1er avril 2018, culte de Pâques à Savigny)


Chers paroissiens,

Avez-vous vu vous aussi cet article sur internet qui parlait de la dernière campagne d’une grande marque alimentaire suisse (dont la couleur est orange) pour Pâques ? Cet article révélait que la campagne de cette année avait été censurée ! Et pourquoi cela ? Parce que l’idée initiale des développeurs était de placer une croix du Christ sur les oeufs de Pâques en plaçant ainsi une forme de croix sur chaque oeuf en chocolat. Le slogan qui figurait sur ces pubs était le suivant : "Pâques, t'y croix?" 


Excellent, non ? Pour une fois que nos géants commerciaux remettent le sens au cœur de la fête… Gloire à Dieu, merci Seigneur… et puis je suis sorti de ma transe extatique de louange et j’ai réalisé que nous étions… le 1er avril ! (et je salue l'ami qui a fait ce montage sur ma demande). « I have a dream », a dit Martin Luther King dont nous fêterons mercredi le 50e anniversaire de son assassinat. J’ai rêvé d’un monde moins axé sur le consommation et l’argent, j’ai rêvé d’un monde qui assume ses fragilités et qui vive d’espérance.

Mais au lieu de cela, chers frères et sœurs, Dieu m’a donné cette grande chaîne alimentaire suisse, et son slogan (cette fois c’est le vrai, promis, pas de poisson d'avril): « Cette année, Pâques sera trop chou. » 

 Pâques, trop chou ? Quoi ??? J’ai dû mal comprendre, mais non c’est bien ce qui est écrit « trop chou ». Comme le théologien Pierre Bühler, je m’interroge : 
Certes, on s’adresse aux enfants, on les invite à venir chercher leur « lapinou » en peluche, en 3 variantes ! Et pour les obtenir, il faut collectionner des timbres, et pour avoir ces timbres, il faut que les parents achètent. La fête de Pâques, donc, est vue comme une bonne occasion de consommer ! Chaque temps de fête connaît sa commercialisation, plus ou moins efficace. D’ailleurs, à l’intérieur du dépliant où l’on colle les timbres, on voit une jeune vendeuse avec les bras pleins d’objets à acheter et la phrase « Nous réalisons nous-mêmes ce qui nous tient à cœur ». Acheter, acheter, pour réaliser ce qui nous tient à cœur…

Non Pâques n’est pas le monde des bisounours, ni des peluches adorables. Non Pâques n’est pas « trop chou ». En premier lieu, rappelons-nous que Pâques est ancré dans la souffrance de la croix de vendredi saint. Dans le sacrifice du Christ pour nous. Un sacrifice, ce n’est pas rien. Ce n’est en tout cas pas « trop chou ».

D’ailleurs l’actualité nous rappelle cela avec le sacrifice, à l’instar du Christ, du gendarme français Arnaud Beltrame qui, devant le terrorisme, a choisi de donner sa vie pour en sauver une autre. Comme le disait le journal La Vie, « cet acte est un miroir inversé de l’action terroriste qui, elle, consiste à se sacrifier en tuant. » Un sacrifice pour la vie, et non pour la mort. Comme le Christ l’a fait vendredi saint. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (Jn 15, 13), dit-il, lui-même, avant de quitter ses amis, alors qu’il sait le destin qui l’attend. Nous pouvons rendre grâce pour cet exemple que nous laisse ce gendarme. Son sacrifice portera du fruit, bien au delà de cette vie qu’il a permis de sauver.

Pâques, c’est donc d’abord un sacrifice qui n’est en tout cas pas « trop chou ».

Mais Pâques, c’est aussi une exigence, que nous rappelle l’apôtre Paul dans la lettre aux Colossiens, celle de passer du vieil homme à l’homme nouveau. Faites donc mourir ce qui en vous appartient à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais et cette cupidité, qui est une idolâtrie. (…) débarrassez-vous de tout cela : colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté sortie de vos lèvres. Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques. Bam. Nous en prenons plein la figure. L’homme nouveau, la femme nouvelle, cela demande bien des efforts, presque une ascèse, une éthique de vie. Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait. Voilà qui nous paraît plus abordable, enfin, quoi que. Compassion, bienveillance, humilité, douceur, patience, pardon, amour… c’est aussi un chemin exigeant qui est loin d’être « trop chou ».

Pâques, c’est enfin des sentiments mélangés, comme l’expriment les femmes au tombeau. C’est la surprise, bien sûr, mais surtout la peur, la frayeur qui envahit ces femmes lorsque la pierre est roulée. Et même si l’homme en blanc leur dit « ne vous effrayez pas », elle finissent par sortir et s’enfuir « loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. », conclut l’Evangéliste Marc. Bien sûr, nous, chrétiens du XXIe siècle, nous avons tellement entendu cette bonne nouvelle, cette espérance transmise de génération en génération : « Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité, alléluia ! » Nous l’avons tellement entendu que nous en avons oublié son côté effrayant. Ces femmes ont peur, et je peux parier que nous aurions été tout autant effrayés si nous avions été à leur place. Non Pâques n’est pas « trop chou », Pâques est aussi « effrayant », avant de devenir « bonne nouvelle » et « joie ».

Alors vous l’aurez compris, je rejette complètement ce slogan « Pâques sera trop chou ». Mais demeure un vieux doute ancré en moi : et si ce slogan représentait tout ce dont la société de ce siècle se souvient de cette fête ? A la suite du théologien Pierre Bühler, je nous invite à ne pas oublier :
  • N’oublions pas ce que les évangiles racontent : Jésus est monté à Jérusalem à l’occasion de la Pâque juive ; n’oublions pas ces journées à Jérusalem qui furent ses dernières, où, rassemblé autour de la table avec ses amis, il insitua la Sainte Cène, celle représentée par De Vinci, ou cette version plus moderne publiée dans la Liberté.
  • N’oublions pas le jardin de Gethsémané où Jésus pria, pris par l’angoisse de l’attente avec ces mots : Père, si tu veux écarter de moi cette coupe… Pourtant, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise ! (Luc 22,42), où il fut jugé et condamné à mourir sur la croix ;
  • N’oublions pas que la foi chrétienne voit dans cette mort une victoire de la vie sur la mort, qui fait qu’elle appelle Jésus-Christ le crucifié ressuscité, proclamant que la vie est plus forte que la mort.
  • N’oublions pas que le mot même de Pâques vient d’un terme hébreu qui veut dire « passage », que donc la fête chrétienne de Pâques fait référence à la fête juive de la Pâque, Pessah, qui célèbre la sortie d’Égypte du peuple d’Israël. Une fête du passage de l’esclavage à la liberté, à laquelle la fête chrétienne fait écho en annonçant la libération à l’égard du règne de la mort.
  •  Et les lapins et les œufs, alors ? N’oublions pas qu’ils ne sont que des symboles qui renvoient à la fertilité, célébrant la renaissance de la vie au printemps, après un long hiver de la mort… 

Enfin, n’oublions pas que si Pâques est d’abord un passage, si éprouvant soit-il, il mène à la joie. Celle qui demeure. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite, dit le Christ à ses amis avant de les quiter.  Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. (…) Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. » Jésus, avant de s’en aller, savait que son sacrifice sur la croix mènereait à la joie : pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. La joie. Celle qui survient après avoir traversé tant d’épreuves et de difficultés. La joie inespérée. La joie imprenable, comme le dit la théologienne Lytta Basset.  La joie, par exemple de découvrir la vraie origine du lapin de Pâques dans cette icône. 


Que pour cette fête de Pâques, Dieu vous donne donc sa JOIE, parfaite, imprenable, pour ce passage. Non cette année, Pâques ne sera pas « trop chou », il sera plutôt un passage, semé de difficultés, mais un passage qui mène… à la joie !

Amen.

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