mercredi 1 août 2018

Discours du 1er août: le cervelas, symbole de la Suisse


Audio du discours 

Mesdames et Messieurs les Forellois et le Foreilloises, 

De retour de Madagascar avec 26 jeunes, j'ai une question à vous poser, aujourd'hui. Si vous deviez choisir un objet spécifiquement suisse qui symbolise le mieux notre beau pays, vous choisiriez quoi ? (sortir objets d’un sac) le lac Léman ? les montagnes ? oui mais, on est pas les seuls à en avoir… Alors quoi ? Le cénovis ? on aime ou on n’aime pas, mais en tout cas, il ne laisse pas indifférent… Pas très neutre, pas très suisse tout ça. Une topette de vin ? Bien sûr, nous savons que le vin d’ici VAUD alors que le vin d’ailleurs VALAIS, mais quand même… Le chocolat ? voyons, les Belges (et les Malgaches) notamment prétendraient que c’est une mauvaise blague… Les montres ? une panosse ? oui c’est vrai le Suisse moyen est ponctuel et propre mais est-il le seul à l’être?

Tiens ça me rappelle cette petite histoire d’un Autrichien qui désirait se lier d’amitié avec un Suisse.
-       Nos deux pays ont plein de choses en commun! », dit-il
-       Ah bon ? répond le Suisse. Et qu’avons-nous donc en commun ?
-       Eh bien les montagnes ; vous avez, tout comme nous, de magnifiques montagnes !
-       Minute, répond le Suisse, nos montagnes sont bien plus hautes que les vôtres !
L’Autrichien ne se laisse pas impressionner. 
-       Mais il y a aussi, chez vous comme chez nous, des lacs charmants et pittoresques.
-       Attendez, répond le Suisse, nos lacs à nous sont bien plus profonds !
L’Autrichien pourrait se décourager. Seulement il a de la Suisse dans les idées : 
-       Ecoutez, nous avons quand même tout pour nous entendre. Nos pays ont les mêmes couleurs sur leurs drapeaux : le rouge et le blanc. (je précise qu’il ne parlait pas de vin) Qu’en dites-vous ?
-       Ce que j’en dis ? rétorque le Suisse, c’est que notre drapeau est bien mieux que le vôtre : nous, dans notre drapeau, nous avons un plus, alors que vous, vous avez un moins !



C’est une blague racontée par un ami Autrichien, mais elle interpelle concernant le pluset le moins. Réfléchissez un instant à ce que vous mettriez dans la colonne des pluset dans la colonne des moinsconcernant notre patrie… J’en ai d’ailleurs déjà un peu parlé, de ces plus, avec les objets sortis : le paysage, les montagnes majestueuses, les plaisirs de la table (cénovis et chocolat, pas sûr que cela aille bien ensemble), le niveau de vie élevé (tout comme les factures d’assurances), la culture de la ponctualité et de la propreté …

On pourrait aussi ajouter d’autres éléments :
-       être à la pointe au niveau de la formation et de l’économie grâce à nos « cerveaux »
-       l’intégration réussie de diverses cultures en une seule confédération.
-       Etc.

Bon. Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps. L’objet que j’ai choisi, selon le site wikipédia, a été « inscrit en 2008 au patrimoine culinaire suisse (je ne savais même pas que cela existait !). Il pèse 100 grammes, pour une longueur de 12 cm et un diamètre de 3,8 cm. En 2007 il en a été consommé 25 000 tonnes en Suisse et annuellement il s’en produit 160 millions sur le territoire. Sa composition de base comprend environ 50 % de porc, un peu de bœuf, 20 % de veau, du lard, des couennes de lard, et d'eau (10 %), du jus de citron et du sucre, ce qui le rend craquant quand on le grille. » Je pense que vous avez deviné : il s’agit bien évidemment du cervelas !

Le cervelas, au-delà de son étymologie qui renvoie à « cerveau » et pourrait ainsi faire référence au haut niveau d’éducation de notre pays, c’est pour moi le symbole d’un mélange hasardeux qui finalement donne quelque chose de savoureux. C’est le symbole d’une intégration réussie, d’un mélange de divers éléments qui fonctionne. C’est le symbole de la convivialité, comme avec ce cervelas que vous grillez autour du feu. Bien sûr, ce n’est pas exactement de la haute gastronomie, bien sûr il n’est pas composé des matériaux les plus nobles qui soient. Bien sûr, il n’est parfait (ben oui c’est bien connu, le parfaitn’existe qu’en tube !). Oui  le cervelas a ses moins comme notre pays a bien sûr ses moinsaussi. Mais le message que je veux faire passer en ce jour, c’est que nous pouvons être reconnaissant pour notre patrie et tous ses plus. Vous rappelez-vous vos yeux brillants quand vous étiez enfant lorsqu’on vous annonçait qu’on allait griller un cervelas autour du feu ? Être dans la joie, être reconnaissant pour notre pays.



Dans la Bible, au moment de prendre congé, l’apôtre Paul exhorte ses frères de Thessalonique avec ces mots :
Soyez toujours dans la joie, 
priez sans cesse, 
rendez grâce en toute circonstance (…). (1 Thess 5, 16-18)

Alors ce 1eraoût 2017, plutôt que de se focaliser sur tous les moins, sur ce qui péclote chez nous, je vous exhorte, chers frères et sœurs, à être reconnaissant pour les plus. Merci pour notre pays, notre canton, notre village. Merci pour les hommes et les femmes qui les conduisent, qui s’y engagent pour le bien commun. Merci pour les étrangers, les immigrés d’Italie, d’Espagne du Portgual, d’ex-Yougoslavie, et de tous les autres pays, qui à travers l’histoire sont venus et continuent à venir apporter leur petite touche au « cervelas suisse ». Non aujourd’hui, même si les temps nous disent le contraire, nous ne devons pas avoir peur, mais être dans la joie, dans la reconnaissance, pour chacune et chacune, pour le partage qui fait grandir le bien être.

Car le saviez-vous: « Le bonheur est la seule chose qui se double si on le partage.». C’est Albert Schweitzer qui le disait. Tel est mon vœu pour vous, chers concitoyennes et concitoyens. Dieu vous bénisse ! Vive le Pays de Vaud ! Vive la Suisse ! et vive le cervelas !

Benjamin Corbaz, le 1eraoût 2018, Forel