mardi 27 novembre 2018

"Récré-glise": une version vaudoise des Messy Church



En novembre 2017, je me rendais en Angleterre pour un stage découverte sur les Fresh Expressions of Church (ci-après FreshX), les expressions d'Eglise "fraiches", nouvelles, novatrices. Un an plus tard, la première rencontre inspirée d'une rencontre observée là-bas a été mise en pratique à Forel- Lavaux (Vaud) le 25 novembre. Cette rencontre festive pour enfants appelée "Récré-glise" (alliant le côté récréatif, ludique et convivial au côté ecclésial et spirituel) s'inspire directement des Messy Church. Suite à plusieurs sollicitations, je propose ici de poser quelques notions sur ce concept et bien sûr d'expliquer ce qui a été vécu, en espérant susciter des améliorations par votre lecture attentive et créative...

Pas vraiment une FreshX

Première remarque liminaire: la Messy Church n'est en fait pas une FreshX au sens strict du terme. Pour lancer une FreshX, en effet, on dit qu'il faut au minimum une année de réseautage, de rencontres, de prières, de repas (très important, les repas!) AVANT de faire quoi que ce soit, l'idée étant de créer la communauté avant de créer quelque chose de plus large sur le terrain. En ce qui concerne la Messy Church, modèle dont s'inspire directement la Récré-glise, c'est davantage une manière de vivre l'Eglise pour les enfants et les familles qu'une Eglise propre. Mais cela pourrait le devenir si une communauté se forme autour de ce projet et que ce projet se pérennise avec une fréquence plus soutenue.

Deuxième remarque liminaire: une Eglise qui veut croître a besoin des enfants et des familles. Ou dans le sens inverse: sans enfants et sans famille, l'Eglise ne peut pas grandir. Dans le contexte ecclésial actuel plutôt morose, je suis convaincu de la force de vie que constituent les familles. Bien sûr que nous devons accompagner les personnes âgées au mieux, mais nous devons aussi offrir de nouveaux modèles ecclésiaux aux famille pour coller au mieux à leur réalité d'aujourd'hui. La rencontre Récré-glise en fait partie à mon sens.

Troisième remarque liminaire (promis, après je passe au concret): pour vivre l'Eglise, nous avons besoin de bénévoles qui donnent mais aussi qui par cet engagement reçoivent. Et de ma petite expérience sur le terrain, j'ai appris qu'il est toujours plus facile de demander une petite chose à plein de gens qu'une grosse chose à une seule personne. Au sein de notre société en mal d'engagement sur le long terme, dans laquelle le stress et le manque de temps pèsent sur chacun, il me semble que c'est la seule manière que cela marche: demander des petits coups de mains à beaucoup de personnes. Ce qui implique avoir déjà un réseau bien sûr. Mais la chose positive avec cela, c'est que cela implique les bénévoles qui acceptent de donner un coup de main. il peut donc être intéressant de chercher des bénévoles aux marges de nos cercles habituels: sans ce petit engagement, tel couple de jeunes mariés, tel jeune JACK ou telle veuve n'auraient peut-être pas pu tisser les liens qu'ils vont créer en devenant bénévoles pour ce petit moment. Le fait que la première ait lieu le jour du culte du souvenir et que 3 personnes se soient annoncées partantes à donner un coup de main à une prochaine édition de Récré-glise à la fin du culte me conforte dans ce sens avec ce "Clin Dieu".

Aller au-delà 

Un intervenant en Angleterre le disait: "Suivre Jésus c'est toujours aller au-delà vers les gens qui sont au dehors". Comment nous permettons-nous, aujourd'hui, de rejoindre les gens qui sont au dehors de l'Eglise ? C'est une vraie question. Récré-glise est un type de réponse, il y en a plein d'autres. Peut-être qu'il faut rappeler que l'essentiel est d'essayer, sans vouloir graver dans le marbre pour 10 ans, et développer aussi une certaine culture de l'échec aussi : on peut développer quelque chose mais si on rate ce n’est pas grave... Alors nous pourrions dire: « merci d’avoir essayé », plutôt que : « j’t’avais bien dit que cela ne marcherait pas »...

Alors.

Passons aux choses concrètes.

En rentrant d'Angleterre, je me suis dit: "ces Messy Church, c'est pas si différent que ça de ce que l'on peut proposer parfois à l'éveil à la foi"! Plusieurs points sont essentiels:

  • La rencontre est "messy", en petchi dirait-on en bon vaudois, pleine de vie, et très libre. Les familles et surtout les enfants doivent être accueillis pleinement comme ils sont. Cela semble bateau, mais dans nos Eglises cela n'est pas toujours le cas. Le terme "récré" aussi l'importance du jeu et de la convivialité.
  • C'est un temps pour tous les enfants, de 0 à 10 ans, accompagnés par leurs parents, ce qui est essentiel surtout pour les moins de 6 ans; là encore, le but est de rassembler les familles dans leur ensemble pour qu'elles puissent vivre un temps convivial et spirituel ensemble, et non pas de segmenter par âge comme nous avons tendance à le faire habituellement; par exemple, une famille avec des enfants de 5 ans (éveil à la foi) et 8 ans (culte de l'enfance) peut venir au complet à Récr-glise. NB: se pose la question des plus grands, c'est tout un défi de trouver des responsabilités pour les plus grands s'il y en a 
  • La rencontre se déroule le dimanche en fin de journée (après la sieste des petits et après le goûter) et se termine par un repas offert. L'idée étant là encore de décharger les parents afin qu'ils puissent, en rentrant, ne pas avoir à se soucier du repas du soir. La nourriture fait partie du concept, car elle représente non seulement la convivialité mais aussi c'est là, à mon sens, que se construisent les liens communautaires. 
  • Le concept cherche à coller à la réalité des familles: horaire court et dynamique (16h30-19h) et liberté de venir, donc pas d'inscriptions (avec les groupes WhatsApp on arrive quand même à sonder un peu). Concernant la fréquence, nous allons en faire 2 cet hiver et ferons le point ensuite. Le Messy Church ont lieu une fois par mois, c'est beaucoup, mais ils mobilisent du coup beaucoup de bénévoles. 
  • Le thème choisi doit être simple. Ici en l'occurence j'avais repris une séquence de l'éveil à la foi. L'idéal est d'avoir un texte biblique narratif. Pour la première, nous avons pris l'histoire de Bartimée.


Avant de passer à la description de chaque temps, il est important de se poser la question du lieu. Il est à la fois nécessaire d'avoir un lieu avec plusieurs salles (l'idéal étant une grande et une petite), avec un lieu de repas avec cuisine, et d'y ajouter un lieu de culte (temple ?) à proximité, mais pas dans le même lieu. Pour la première, nous avons dû reprendre la voiture pour aller manger au village d'à côté (à cause d'un problème de réservation de la grande salle), ce qui n'était vraiment pas idéal. A Forel, nous avons le temple juste à côté du bâtiment communal qui a 3 salles (2 petites et 1 grande avec cuisine), ce qui est idéal si nous pouvons bénéficier de l'ensemble du complexe.

Passons au descriptif des temps:
  • 1er temps, accueil: soigner l'accueil et le ritualiser. Nous avons proposé une ronde dansante autour de la chanson du Prince d'Egypte "Avec la foi". L'agrémenter de biscuits et sirops peut aider les enfants à se sentir tout de suite accueillis. Se pose la question des retardataires comme partout, cela pourrait être bien d'avoir un petit jeu "en attendant". A réfléchir.
  • 2e temps, atelier: l'idée est de découvrir le thème par des ateliers libres et variés. Là, plusieurs bénévoles sont mobilisés pour animer ces ateliers (durée : 10-15' max). Bricolages, bien sûr, adaptés aussi pour les plus petits, mais aussi pâte à modeler, danse, cuisine, grimage, jeux, etc. suivant les charismes des animateurs. Les enfants, accompagnés de leur(s) parent(s) peuvent aller là où ils veulent et c'est bien ainsi! Pour nous, avoir 3 ateliers était idéal.
  • 3e temps, célébration: la célébration au temple se fait avec beamer
    • Rituel de début et accueil
    • Prière et chant*
    • Vidéo de l'histoire de Bartimée
    • Saynète improvisée de l'histoire avec les enfants suivi d'une brève discussion (on peut se poser la question de la pertinence d'un jeu théâtral mais cela fait participer les enfants et cela constitue ainsi aussi une partie "récré-ative")
    • Chant*
    • Ballon de prière (ballon "mappemonde" lancé avec 3 possibilités pour celui ou celle qui le reçoit: soit le renvoyer, soit choisir pour la prière un pays, soit demander la prière pour lui/elle)  
    • Notre Père gestué
    • Chant* final
    • Rituel de fin
    • *les chants se font avec gestes, les paroles au beamer
  • 4e temps, repas final: les enfants sont fatigués et deviennent bruyants, mais c'est un moment clé pour tisser des liens communautaires. A la fin du repas, on pourrait imaginer une petite animation pour les enfants qui ont terminé de manger, mais  le fait qu'il n'y ait rien poussent les parents à ne pas "pedzer" trop longtemps. Prévoir une bonne équipe cuisine (2 minimum) et rangements (2 minimum aussi) qui ne soient pas les mêmes personnes que pour les ateliers et hors parents, car les parents, s'ils ont parfois envie de donner un coup de main, doivent surtout s'occuper de leurs bambins. ;-) Le repas n'a pas besoin d'être compliqué (les pâtes ça passe toujours) mais les petites attentions (par ex sur les dessert) sont très appréciées. Faire passer une croustille pour couvrir les frais de la journée est une option. Rendre la journée gratuite (soutenue par des dons) en est une autre.

Proposition d'horaire

16h30 arrivée des enfants/famille (salle) - sirop/biscuits
16h40 accueil et ronde dansante avec thème musical « Avec la foi » (salle)
16h45 Ateliers bricolages/danse/jeux (salle)
17h15 Célébration (temple) avec histoire biblique jouée
18h00 Repas du soir
19h00 fin et rangements


Le bilan de cette première est largement positif. Dans une paroisse où il n'y avait presque plus d'enfants il y a 3 ans, nous étions plus de 25 personnes au repas (la moitiés d'enfants). Nous espérons que ce modèle pourra plaire au famille et que cela pourra faire "boule de neige". Ceci dit, le bilan chiffré est une chose, mais c'est surtout le bilan "vécu" des familles qui compte. Les échos était très bons, les gens enchantés. A reprendre plus tard avec les familles pour essayer de coller au mieux à leurs besoins. Une boîte à idée pourrait ainsi être mise à disposition.

Dernier point intéressant: une maman célibataire, sans lien avec l'Eglise, a débarqué avec son fils de 2 ans après que ma femme lui en avait parlé. Cet exemple montre bien que pour que cela marche, il faut garder une grande ouverture et profiter des divers réseaux (école, mamans, etc.) pour pouvoir toucher des gens hors de nos réseaux habituels.

Je termine cet article en vous invitant vraiment à écrire un commentaire avec, pourquoi pas, des idées à partager. Nous sommes toujours plus intelligents à plusieurs!

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